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Boisclair au premier tour

Robert Dutrisac   16 novembre 2005  Québec
André Boisclair poussant un cri de joie à l’annonce des résultats, hier soir, au Centre de foires de Québec. Un seul tour de scrutin lui aura suffi pour remporter la course à la direction du Parti québécois.
Photo : Jacques Nadeau
André Boisclair poussant un cri de joie à l’annonce des résultats, hier soir, au Centre de foires de Québec. Un seul tour de scrutin lui aura suffi pour remporter la course à la direction du Parti québécois.
Québec — André Boisclair est devenu, hier, chef du Parti québécois en remportant une victoire sans équivoque dès le premier tour avec 53,68 % des voix exprimées.

C'est une défaite crève-coeur pour Pauline Marois qui, avec 30,56 % des voix, n'a pas eu suffisamment d'appuis pour forcer un deuxième tour. Grosse déception aussi pour Richard Legendre, qui n'a pu faire mieux qu'un score de 7,4 %. Quatrième, Louis Bernard a récolté 5,49 % des voix et Pierre Dubuc, 1,22 %. Les trois autres candidats en lice — Jean-Claude St-André, Ghislain Lebel et Jean Ouimet — ont reçu chacun moins de 1 % des suffrages.

Dans son premier discours en tant que chef du PQ, André Boisclair a prévenu les péquistes que les prochaines élections générales au Québec ne seraient pas un scrutin comme les autres puisqu'elles précéderont le prochain référendum sur la souveraineté. «Ce sera le vrai test de nos convictions profondes et de notre capacité de rallier une majorité de Québécois», a-t-il dit.

Le nouveau chef a lancé un appel à la nouvelle génération pour qu'elle s'unisse aux précédentes qui ont réalisé la Révolution tranquille. «L'héritage qu'on a reçu d'eux, on va le prendre et on va aller le porter dans le monde, ensemble.»

«Lorsque nous sommes unis, tout devient possible», a-t-il lancé. Il a salué «la qualité et le talent» des autres candidats. Envers Pauline Marois en particulier, il a pris «l'engagement solennel» de lui réserver une grande place au sein du parti.

Au sujet du gouvernement Charest, André Boisclair a affirmé qu'au Québec, «jamais nous n'accepterons que le jeu de l'offre et de la demande dicte les conditions d'accès aux services publics», une allusion aux intentions des libéraux de faire plus de place au privé en santé.

En vertu des règles du parti, le poste de chef de l'opposition officielle, qu'occupe présentement Louise Harel, redevient en ballottage. Le caucus des députés devra choisir parmi eux le chef de l'opposition officielle. Ce choix sera soumis au conseil exécutif national puis à la Conférence nationale des présidents lors de leur prochaine réunion le 26 novembre.

Éclaboussé par les révélations sur sa consommation passée de cocaïne, André Boisclair aura gagné son pari.

Les membres du PQ ont posé leur jugement et lui ont accordé leur bénédiction. Durant sa campagne, M. Boisclair a répété à maintes reprises qu'il n'avait plus rien à ajouter à ses aveux d'avoir consommé de la cocaïne et que ce sera aux membres de le juger.

C'est devant une foule de 1500 militants enthousiastes que l'annonce de la victoire d'André Boisclair a été faite par la présidente d'élections Lyne Marcoux vers 21h hier au Centre de foires de Québec. Les membres ont participé en très grand nombre au scrutin téléphonique, qui s'est étendu sur trois jours et qui prenait fin à 17h hier. Au décompte final, un peu plus de 104 000 membres ont exercé leur droit de vote sur une possibilité de 140 000. Il s'agissait de la première course à la direction au PQ en 20 ans, quand Pierre Marc Johnson fut élu pour remplacer René Lévesque.

M. Boisclair n'est pas, à 39 ans, le plus jeune chef de l'histoire du parti, une marque qui appartient à Pierre Marc Johnson, de quelques mois moins âgé que lui au moment de son élection comme chef péquiste.

Pour Pauline Marois, la défaite est d'autant plus cuisante qu'elle a espéré jusqu'à la fin qu'un deuxième tour soit nécessaire. La candidate croyait que les deuxièmes choix exprimés par les membres lui reviendraient dans une large proportion. Pauline Marois apparaît aujourd'hui comme l'éternelle deuxième du PQ: en 1985, elle avait terminé au second rang aussi, sans compter la course qui n'a jamais eu lieu contre Bernard Landry en 2001.

La course s'est polarisée entre les deux principaux candidats. Richard Legendre et Louis Bernard n'ont certes pas obtenu les résultats qu'ils espéraient tandis que les autres candidats qui sont restés en lice jusqu'à la fin — Pierre Dubuc, Ghislain Lebel, Jean Ouimet et Jean-Claude St-André — ont récolté des appuis marginaux.

Le PQ est un parti qui a peur de mal vieillir et c'est pour un renouveau du PQ, qualifié de parti générationnel par certains, que les péquistes ont opté. Ils ont rejeté la candidate qui possédait la plus vaste expérience mais qui, associée aux gouvernements successifs du PQ depuis 1981, personnifiait la vieille garde. Pourtant, André Boisclair est loin d'être un politicien néophyte, ayant occupé un siège à l'Assemblée nationale pendant 15 ans et assumé des responsabilités ministérielles pendant huit ans sous les gouvernements Bouchard et Landry.

Toute course à la direction d'un parti sème son lot de divisions. André Boisclair aura donc à refaire l'unité de son parti. Le nouveau chef du PQ fut le choix d'une majorité de péquistes, mais c'est aussi le candidat qui suscitait la plus vive des oppositions de la part de certaines factions péquistes.

De tous les candidats, à l'exception du coloré mais marginal Ghislain Lebel, André Boisclair, qui s'est campé au centre, est celui qui est le plus à droite. Durant la course, il fut constamment la cible de Pierre Dubuc, du SPQ libre (Syndicalistes et progressistes pour le Québec libre), le candidat de la gauche. Gilbert Paquette, qui s'est retiré de la course en faveur de Mme Marois, a envoyé plusieurs salves en direction du favori. Le candidat écologiste Jean Ouimet, qui nourrissait une vieille rancune à l'endroit de l'ancien ministre de l'Environnement, y est allé de sa propre offensive.

André Boisclair devra aussi composer avec les purs et durs, dont la tendance, encore très vivante au PQ, était représentée par le candidat Jean-Claude St-André. Ils ne manqueront pas de remettre en question la résolution souverainiste de M. Boisclair.

Dès le début de la course, André Boisclair est apparu comme le favori. C'est lui qui a recueilli l'appui du plus grand nombre de députés péquistes et de personnalités souverainistes. C'est lui qui a recruté le plus grand nombre de nouveaux membres, de 30 000 à 40 000, selon certaines évaluations. C'est lui aussi qui a suscité le plus d'engouement avec sa tournée dans les cégeps et les universités.

Pourtant, il y a deux semaines, après une campagne laborieuse, Pauline Marois a senti que le vent pouvait tourner en sa faveur. Jean Ouimet, qui a accordé son appui à Mme Marois pour le deuxième tour, a accusé le favori d'être une «bombe à retardement» en raison des «squelettes» que pourrait receler son placard. L'ancien ministre Daniel Paillé a renchéri, critiquant la gestion que M. Boisclair a faite de la crise à propos de sa consommation passée de cocaïne.

Évitant les attaques personnelles directes, Mme Marois a déclaré que l'élection de M. Boisclair comme chef du PQ représentait un risque pour l'avenir du parti et pour l'option souverainiste. Le chef péquiste doit être «inattaquable», selon elle.

Sur le plan des idées, André Boisclair a joué de prudence, se référant continuellement au contenu du programme adopté lors du Congrès national de juin. Durant sa campagne, André Boisclair a promis d'élargir la base militante du PQ, de moderniser le discours péquiste sur la souveraineté et d'attirer les jeunes générations au parti. C'est à cette tâche ambitieuse qu'il devra se consacrer. Mais, avant tout, il devra s'assurer que le PQ remporte les prochaines élections générales, condition première à la tenue du prochain référendum sur la souveraineté.

***

Les résultats

Québec — Voici les résultats officiels du premier tour de scrutin dans la course à la direction du Parti québécois, dévoilés hier soir à Québec:

- Louis Bernard: 5775 voix, 5,5 %

- André Boisclair: 56 503 voix, 53,7 %

- Pierre Dubuc: 1280 voix, 1,22 %

- Ghislain Lebel: 458 voix, 0,4 %

- Richard Legendre: 7877 voix, 7,5 %

- Pauline Marois: 32 166 voix, 30,6 %

- Jean Ouimet: 247 voix, 0,2 %

- Jean-Claude Saint-André: 951 voix, 0,9 %

- Total des voix exprimées: 105 259

Presse canadienne
André Boisclair poussant un cri de joie à l’annonce des résultats, hier soir, au Centre de foires de Québec. Un seul tour de scrutin lui aura suffi pour remporter la course à la direction du Parti québécois. Moment de détente pour Pauline Marois lors de son arrivée au Centre de foires de Québec, hier soir. Mme Marois a terminé la course à la direction du PQ en deuxième place.
 






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Vos réactions

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  • Diane Tremblay
    Inscrite
    mercredi 16 novembre 2005 09h59
    Bravo
    « Bravo André Boisclair. Les Québécois viennent de faire la démonstration de leur capacité à se fier à leur jugement et leur instinct. André Boisclair représente pour nous l'avenir d'un pays fort et uni. Les «qu'en dira-t'on» n'ont pas de prise sur les membres du PQ. Dans notre coeur, André était le meilleur et on s'est fiés à notre sentiment. Les plus grands chefs auraient aussi semé autant de controverses si leurs squelettes avaient aussi été sortis de leur placard. Nous sommes maintenant prêts à commencer le vrai travail pour se bâtir notre pays. »

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