Boisclair pourrait entraver une victoire du OUI
Photo : Pascal Ratthé
Pauline Marois
Si André Boisclair devient le chef du Parti québécois, sa consommation passée de cocaïne menace de faire manquer au mouvement souverainiste son rendez-vous avec l'histoire, croit Pauline Marois.
Alors que les sondages tendent à montrer que la souveraineté obtient plus de 50 % d'appui populaire, qu'à l'inverse, le mécontentement envers le gouvernement de Jean Charest atteint des sommets et que le Bloc québécois vient d'accorder à son chef un soutien quasi unanime, la consommation de drogue dure de M. Boisclair alors qu'il était ministre pourrait être une entrave à la victoire du OUI. Le risque apparaît d'autant plus grand que la conjoncture est actuellement «exceptionnelle pour faire l'indépendance et la réussir comme on n'en a pas eue depuis Meech», estime la principale adversaire de M. Boisclair, qui rencontrait hier l'équipe éditoriale du Devoir.
Si Mme Marois a toujours refusé de commenter l'aspect éthique du comportement d'André Boisclair, elle en mesure toutefois l'impact politique pour le Parti québécois et son option. «Ce qui peut se passer, c'est qu'il y ait des rendez-vous que l'on puisse manquer. C'est là le vrai problème», a déclaré Pauline Marois.
En effet, selon elle, le Parti québécois a suffisamment de «ressort» pour affronter la turbulence actuelle qui pourrait se poursuivre au-delà du 15 novembre si André Boisclair devient chef péquiste. «Il affrontera la réalité. S'il est choisi comme chef, on verra à ce moment-là si le risque se matérialise. On se retroussera les manches et on remontera le parti. [...] Je me préoccupe de l'avenir du parti, sauf que ce parti-là est passé à travers pas mal de tempêtes dans le passé et a survécu. De Lévesque à Parizeau en passant par Johnson, il y en a eu, des moments difficiles. On a toujours réussi à sortir de là et à diriger le Québec de façon responsable», a affirmé Mme Marois.
Depuis quelques jours, les critiques sur la consommation de cocaïne d'André Boisclair ont refait surface dans les rangs du PQ. Mme Marois dit constater de l'inquiétude chez les militants. «C'est évident. C'est palpable quand on les rencontre», assure-t-elle.
Mais elle refuse de préciser si elle-même est satisfaite des explications de M. Boisclair, qui esquive toutes les questions concernant les circonstances, la fréquence de sa consommation ainsi que ses sources d'approvisionnement. «Ses réponses me semblent correctes, me semblent franches. Est-ce que c'est suffisant? Est-ce que ça ferme toutes les portes? Il semble vouloir les fermer comme ça», constate-t-elle.
Mais, contrairement à ceux qui ont dit voir dans la possible accession de M. Boisclair à la tête du PQ une bombe à retardement, Mme Marois situe le risque à une autre échelle, ce qui touche bien plus que les quelque 137 000 membres du Parti québécois. C'est toutefois à ces derniers qu'incombe la tâche de trancher la question lors du vote téléphonique des 13, 14 et 15 novembre.
«Il y a un risque, et c'est aux militants d'évaluer si ce risque est trop grand ou si c'est un risque qu'ils acceptent de prendre parce que la valeur ajoutée est plus grande. C'est ça, le jugement que doivent porter nos militants», a expliqué Mme Marois.
Cette dernière analyse que la réaction de M. Boisclair et de son équipe aux interrogations sur le bon jugement de son adversaire a été disproportionnée. En clair, ça sent la panique. Pendant que M. Boisclair répétait pour la énième fois son mea-culpa, ses loyaux soldats montaient au front. «Ils en ont envoyé combien? Noëlla Champagne, Sylvain Simard, Stéphane Bédard, Luc Thériault, Nicolas Girard. Ils ont décidé de faire une sortie en bloc et les propos tenus n'ont aucun sens. Ça, c'est inadmissible parce que après, on n'est plus capable de rassembler ce monde-là», a fait valoir Mme Marois, qui souhaite qu'André Boisclair lance un appel au calme à ses troupes.
Dans ce contexte, Pauline Marois fait valoir ses talents de rassembleuse et rappelle qu'elle a le respect des différentes factions qui composent le Parti québécois. «J'ai une plus grande force pour réunir les forces du parti. On a vu le clan Boisclair se déchaîner, mais moi, je n'ai pas de clan. J'ai un certain nombre d'appuis solides qui vont de Jean-Pierre Charbonneau à Joseph Facal. Je trouve que le spectre est pas mal», lance-t-elle en offrant un style de leadership plus collégial, moins autoritaire. Elle insiste: je suis une femme d'équipe.
Du coup, elle souligne qu'elle s'accommode fort bien de la dissidence pour autant qu'on soit capable d'adhérer aux orientations fondamentales. Elle montre également beaucoup de tolérance envers les «purs et durs», rejetant l'idée que ce courant puisse être un boulet pour le prochain chef comme ce fut le cas pour les précédents.
«Peut-être suis-je d'une autre génération qui est capable de vivre avec ça. Je ne les vois pas comme une entrave. Les chefs en ont fait un drame chaque fois. [...] J'ai eu l'impression qu'il fallait que tout point de vue qui s'écartait du programme principal devait être écrasé. Moi, ça ne me dérange pas de l'écouter», a indiqué Mme Marois.
Son ouverture va jusqu'à proposer de faire appel à des leaders plus charismatiques lors d'un éventuel référendum. «J'ai un style de leadership différent. Ma grande force, c'est d'aller chercher des gens parfois plus forts que moi dans certains secteurs. Est-ce qu'il s'appellera Lucien Bouchard, Jacques Parizeau ou Gilles Duceppe ou un autre? Ma capacité de rassembler les gens qui peuvent faire équipe et ensuite relever le défi, c'est peut-être ce qui ferait la différence. [...] Le partage du pouvoir, ça ne me dérange pas. Une personne n'a pas tous les talents», indique-t-elle.
Mais il ne faut pas y voir une quelconque mollesse de sa part, ajoute Mme Marois, qui rappelle sa longue feuille de route à la barre des plus importants ministères. Seulement en éducation, elle a implanté la maternelle à plein temps, créé les centres de la petite enfance, transformé les commissions scolaires devenues linguistiques et enclenché la réforme.
«J'ai toujours été mise dans des situations difficiles où j'avais à partir de très loin et où on me donnait peu de chances de sauver ma peau. Ç'a été vrai à la Santé, à l'Éducation et dans d'autres circonstances. Je suis passée au travers en atteignant les cibles fixées et en réussissant à mobiliser les ressources, sans drame. C'est mon style de leadership et je suis fière de ça», a-t-elle souligné.
Sur le même ton qu'elle veut sobre, Mme Marois remet en question l'analyse financière préparée par le député François Legault et qui laisse voir qu'un Québec souverain empocherait des milliards de plus par année. Elle refuse de distribuer cet argent comme l'a fait jusqu'à maintenant André Boisclair.
«Je ne promets pas que tout d'un coup ça va devenir un jardin de roses et qu'on n'aura plus aucun problème. [...] Je ne promets pas qu'on va augmenter les budgets de ceci et augmenter les budgets de cela. Pourquoi? Parce que je suis très consciente qu'au lendemain de l'indépendance on n'aura pas trois, quatre, cinq milliards qui vont nous tomber dessus, qu'on va pouvoir mettre où l'on veut et que ça va être tout à coup le paradis sur terre. Je suis assez responsable pour ne pas le promettre. Sinon, c'est de la pensée magique», tranche-t-elle.
Cette dernière rappelle que beaucoup de travail attend le Parti québécois avant d'atteindre la souveraineté. Il faudra travailler à mobiliser les péquistes, à créer une vaste coalition avec d'autres souverainistes, à préparer soigneusement la transition. Mais dans l'immédiat, le Parti québécois devra se rendre au 15 novembre pour se choisir un chef.
Alors que les sondages tendent à montrer que la souveraineté obtient plus de 50 % d'appui populaire, qu'à l'inverse, le mécontentement envers le gouvernement de Jean Charest atteint des sommets et que le Bloc québécois vient d'accorder à son chef un soutien quasi unanime, la consommation de drogue dure de M. Boisclair alors qu'il était ministre pourrait être une entrave à la victoire du OUI. Le risque apparaît d'autant plus grand que la conjoncture est actuellement «exceptionnelle pour faire l'indépendance et la réussir comme on n'en a pas eue depuis Meech», estime la principale adversaire de M. Boisclair, qui rencontrait hier l'équipe éditoriale du Devoir.
Si Mme Marois a toujours refusé de commenter l'aspect éthique du comportement d'André Boisclair, elle en mesure toutefois l'impact politique pour le Parti québécois et son option. «Ce qui peut se passer, c'est qu'il y ait des rendez-vous que l'on puisse manquer. C'est là le vrai problème», a déclaré Pauline Marois.
En effet, selon elle, le Parti québécois a suffisamment de «ressort» pour affronter la turbulence actuelle qui pourrait se poursuivre au-delà du 15 novembre si André Boisclair devient chef péquiste. «Il affrontera la réalité. S'il est choisi comme chef, on verra à ce moment-là si le risque se matérialise. On se retroussera les manches et on remontera le parti. [...] Je me préoccupe de l'avenir du parti, sauf que ce parti-là est passé à travers pas mal de tempêtes dans le passé et a survécu. De Lévesque à Parizeau en passant par Johnson, il y en a eu, des moments difficiles. On a toujours réussi à sortir de là et à diriger le Québec de façon responsable», a affirmé Mme Marois.
Depuis quelques jours, les critiques sur la consommation de cocaïne d'André Boisclair ont refait surface dans les rangs du PQ. Mme Marois dit constater de l'inquiétude chez les militants. «C'est évident. C'est palpable quand on les rencontre», assure-t-elle.
Mais elle refuse de préciser si elle-même est satisfaite des explications de M. Boisclair, qui esquive toutes les questions concernant les circonstances, la fréquence de sa consommation ainsi que ses sources d'approvisionnement. «Ses réponses me semblent correctes, me semblent franches. Est-ce que c'est suffisant? Est-ce que ça ferme toutes les portes? Il semble vouloir les fermer comme ça», constate-t-elle.
Mais, contrairement à ceux qui ont dit voir dans la possible accession de M. Boisclair à la tête du PQ une bombe à retardement, Mme Marois situe le risque à une autre échelle, ce qui touche bien plus que les quelque 137 000 membres du Parti québécois. C'est toutefois à ces derniers qu'incombe la tâche de trancher la question lors du vote téléphonique des 13, 14 et 15 novembre.
«Il y a un risque, et c'est aux militants d'évaluer si ce risque est trop grand ou si c'est un risque qu'ils acceptent de prendre parce que la valeur ajoutée est plus grande. C'est ça, le jugement que doivent porter nos militants», a expliqué Mme Marois.
Cette dernière analyse que la réaction de M. Boisclair et de son équipe aux interrogations sur le bon jugement de son adversaire a été disproportionnée. En clair, ça sent la panique. Pendant que M. Boisclair répétait pour la énième fois son mea-culpa, ses loyaux soldats montaient au front. «Ils en ont envoyé combien? Noëlla Champagne, Sylvain Simard, Stéphane Bédard, Luc Thériault, Nicolas Girard. Ils ont décidé de faire une sortie en bloc et les propos tenus n'ont aucun sens. Ça, c'est inadmissible parce que après, on n'est plus capable de rassembler ce monde-là», a fait valoir Mme Marois, qui souhaite qu'André Boisclair lance un appel au calme à ses troupes.
Dans ce contexte, Pauline Marois fait valoir ses talents de rassembleuse et rappelle qu'elle a le respect des différentes factions qui composent le Parti québécois. «J'ai une plus grande force pour réunir les forces du parti. On a vu le clan Boisclair se déchaîner, mais moi, je n'ai pas de clan. J'ai un certain nombre d'appuis solides qui vont de Jean-Pierre Charbonneau à Joseph Facal. Je trouve que le spectre est pas mal», lance-t-elle en offrant un style de leadership plus collégial, moins autoritaire. Elle insiste: je suis une femme d'équipe.
Du coup, elle souligne qu'elle s'accommode fort bien de la dissidence pour autant qu'on soit capable d'adhérer aux orientations fondamentales. Elle montre également beaucoup de tolérance envers les «purs et durs», rejetant l'idée que ce courant puisse être un boulet pour le prochain chef comme ce fut le cas pour les précédents.
«Peut-être suis-je d'une autre génération qui est capable de vivre avec ça. Je ne les vois pas comme une entrave. Les chefs en ont fait un drame chaque fois. [...] J'ai eu l'impression qu'il fallait que tout point de vue qui s'écartait du programme principal devait être écrasé. Moi, ça ne me dérange pas de l'écouter», a indiqué Mme Marois.
Son ouverture va jusqu'à proposer de faire appel à des leaders plus charismatiques lors d'un éventuel référendum. «J'ai un style de leadership différent. Ma grande force, c'est d'aller chercher des gens parfois plus forts que moi dans certains secteurs. Est-ce qu'il s'appellera Lucien Bouchard, Jacques Parizeau ou Gilles Duceppe ou un autre? Ma capacité de rassembler les gens qui peuvent faire équipe et ensuite relever le défi, c'est peut-être ce qui ferait la différence. [...] Le partage du pouvoir, ça ne me dérange pas. Une personne n'a pas tous les talents», indique-t-elle.
Mais il ne faut pas y voir une quelconque mollesse de sa part, ajoute Mme Marois, qui rappelle sa longue feuille de route à la barre des plus importants ministères. Seulement en éducation, elle a implanté la maternelle à plein temps, créé les centres de la petite enfance, transformé les commissions scolaires devenues linguistiques et enclenché la réforme.
«J'ai toujours été mise dans des situations difficiles où j'avais à partir de très loin et où on me donnait peu de chances de sauver ma peau. Ç'a été vrai à la Santé, à l'Éducation et dans d'autres circonstances. Je suis passée au travers en atteignant les cibles fixées et en réussissant à mobiliser les ressources, sans drame. C'est mon style de leadership et je suis fière de ça», a-t-elle souligné.
Sur le même ton qu'elle veut sobre, Mme Marois remet en question l'analyse financière préparée par le député François Legault et qui laisse voir qu'un Québec souverain empocherait des milliards de plus par année. Elle refuse de distribuer cet argent comme l'a fait jusqu'à maintenant André Boisclair.
«Je ne promets pas que tout d'un coup ça va devenir un jardin de roses et qu'on n'aura plus aucun problème. [...] Je ne promets pas qu'on va augmenter les budgets de ceci et augmenter les budgets de cela. Pourquoi? Parce que je suis très consciente qu'au lendemain de l'indépendance on n'aura pas trois, quatre, cinq milliards qui vont nous tomber dessus, qu'on va pouvoir mettre où l'on veut et que ça va être tout à coup le paradis sur terre. Je suis assez responsable pour ne pas le promettre. Sinon, c'est de la pensée magique», tranche-t-elle.
Cette dernière rappelle que beaucoup de travail attend le Parti québécois avant d'atteindre la souveraineté. Il faudra travailler à mobiliser les péquistes, à créer une vaste coalition avec d'autres souverainistes, à préparer soigneusement la transition. Mais dans l'immédiat, le Parti québécois devra se rendre au 15 novembre pour se choisir un chef.
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