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Guerre fratricide au PQ

«Lorsque Jean Lapierre et Jean Charest me poseront ces questions, ils verront que j’ai dit tout ce que j’avais à dire», a déclaré André Boisclair à Claude Charron au réseau TVA.
Photo : Jacques Nadeau
«Lorsque Jean Lapierre et Jean Charest me poseront ces questions, ils verront que j’ai dit tout ce que j’avais à dire», a déclaré André Boisclair à Claude Charron au réseau TVA.
À douze jours du choix de son prochain chef, le Parti québécois est plongé dans un combat fratricide. Sous la pression de quatre de ses adversaires qui le somment de dissiper les doutes en ce qui a trait aux conséquences pour le PQ de sa consommation de cocaïne, André Boisclair a maintenu hier son discours repentant alors que son équipe montait au front en invectivant ses détracteurs.

Voyant la controverse qui avait éclaté en début de campagne remonter à la surface, l'équipe de M. Boisclair a pris les devants et tenté hier de mettre le couvercle sur la marmite. Pendant que André Boisclair accordait une de ses rares entrevues au réseau TVA, ses lieutenants s'employaient à minimiser le poids politique des quatre candidats marginaux, allant même jusqu'à traiter l'un d'eux de personnage «méprisable» et d'«enculé de première».

Le changement de ton dans la campagne est apparu mercredi avec la publication dans Le Devoir des commentaires du candidat écologiste dans la course à la direction, Jean Ouimet et de ceux publiés dans le Journal de Montréal de l'écrivain Victor-Lévy Beaulieu. Le premier remettait en question le jugement de André Boisclair, estimant que ce dernier constituait une bombe à retardement pour le parti. M. Beaulieu réclamait que celui qui apparaît comme le meneur dans cette campagne se désiste. Les candidats Pierre Dubuc, Gilbert Paquette et Ghislain Lebel ont ajouté leur grain de sel au moment du débat en soirée en exigeant que leur adversaire éclaircisse la situation.

André Boisclair a donc choisi d'accorder deux entrevues au réseau TVA au cours desquelles il a refusé d'expliquer les circonstances de son passé de consommateur de drogue. Il a refait son mea culpa et s'en est remis au jugement des Québécois.

En parallèle, la garde rapprochée de M. Boisclair multipliait les entrevues, frappant à grands coups les adversaires. Le député Sylvain Simard a sorti les gros mots à l'endroit de Jean Ouimet. «Jean Ouimet, qui m'est apparu comme un gentil doux dingue jusqu'à maintenant, m'apparaît comme un enculé de première», a déclaré au Devoir M. Simard.

Le député de Richelieu juge «inacceptable que des candidats, profitant de la course, qui ont des chances d'être élus nulles et qui ont peu d'appuis, tout à coup, à la dernière minute, se mettent à attaquer le candidat qui est en tête sur des questions non pas d'idées — de gauche, de droite ou de souveraineté — mais sur une consommation de cocaïne qu'il a déjà admise il y a plusieurs semaines et sur laquelle ils n'ont rien de neuf à dire.»

Estomaqué par la dureté de ces propos, le principal intéressé a déclaré qu'un tel registre «révèle la vraie nature» de certaines personnes du clan Boisclair, que c'est du dérapage. «Je ne me suis pas livré à des attaques comme ça. [...] J'ai dit tout haut ce que beaucoup de gens pensaient tout bas», a commenté M. Ouimet.

Mais M. Simard n'est pas le seul à s'être attaqué à M. Ouimet. Le député Stéphane Bédard, lors d'une interview télévisée, l'a qualifié de «méprisable» et a estimé que «sa contribution est à peu près nulle sur le plan des idées». Sur le même ton, le député Luc Thériault a fait valoir que la campagne traversait «un milieu humide et marécageux».

Le bras droit de M. Boisclair, le député Nicolas Girard a soutenu à Radio-Canada que l'intervention des Jean Ouimet et consorts est «un geste désespéré de quatre candidats marginaux dont la campagne ne lève pas».

De son côté, André Boisclair a assuré à TVA qu'il n'y avait «rien d'autre» de caché qui pourrait le hanter. «La job d'un chef, ce sera de distinguer ce qui est essentiel de ce qui est accessoire. Ce qui est accessoire, c'est les pelures de bananes qu'on est en train de mettre sur mon chemin», a-t-il affirmé.

À ceux qui craignent que les fédéralistes ne fassent qu'une bouchée de lui, il réplique que lorsque «Jean Lapierre et Jean Charest me poseront ces questions, ils verront que j'ai dit tout ce que j'avais à dire».

Invité à préciser le contexte de sa consommation de drogue, lui demandant s'il tentait ainsi de se soulager d'un stress ou si cela s'était simplement produit dans le contexte d'une fête, si des amis lui en avaient fourni gratuitement, ou si quelqu'un l'achetait pour lui, M. Boisclair s'est retranché dans son mutisme habituel: «Je vois dans quel cercle cela m'enferme, je ne commencerai pas à donner des noms, des circonstances.»

«J'ai dit que c'était à quelques reprises, qu'il y avait plusieurs années de cela, là, qu'est-ce que je devrais dire de plus? Quel jour, quelle date, quelle heure? [...] Pensez-vous que j'ai un décompte, un boulier à la maison? Voyons donc! [...] Je n'ai jamais eu de problème de dépendance, mais je ne commencerai pas à dire des noms. Qu'est-ce que je peux ajouter de plus?», a déclaré M. Boisclair.

Il estime en avoir déjà amplement dit, ayant accepté de parler de son homosexualité et de ses «erreurs» passées. «Je suis sans doute l'homme politique au Canada sur lequel on a le plus cherché, qui a répondu au plus de questions, qui a mis sa vie le plus sur la table», a-t-il dit.

M. Boisclair a refusé de faire un lien entre ce qu'il a avoué et les accusations dont a fait l'objet son ancien chef de cabinet, Luc Doray, reconnu coupable de fraude pour avoir falsifié des comptes de dépenses afin de payer sa cocaïne. «M. Doray est un citoyen qui a payé sa dette à la société, qui l'a fait de façon correcte et digne, en répondant de ses actes devant la loi, et il n'y a aucun lien entre l'affaire de M. Doray et la mienne», a-t-il tranché, reconnaissant qu'il a lui-même commis une faute qu'il regrette.

Lors d'une autre entrevue à LCN, plus tard en soirée, M. Boisclair a déploré l'acharnement des médias. Devant l'insistance du journaliste qui l'interrogeait sur les effets de sa consommation, M. Boisclair a affirmé que «ce genre de questions tient du jaunisme».

Une autre ligne d'attaque de l'équipe Boisclair a consisté à rendre public l'appui de l'ancien ministre péquiste Jacques Léonard. Aussi, Ghislain Lebel a nuancé ses propos de la veille alors qu'il croyait que M. Boisclair devrait se retirer plutôt que de prêter flanc aux attaques des fédéralistes au moment d'une campagne électorale. Dans un communiqué émis hier, il se disait proche idéologiquement de M. Boisclair et prêt à voter pour lui au deuxième tour, «une fois la lumière faite sur cette affaire».

Au fil des entrevues, l'entourage d'André Boisclair insinuait que Pauline Marois orchestrait les attaques du groupe des quatre, soulignant la «coïncidence» avec laquelle ils ont tous exprimé des critiques le même jour.

Jointe au Saguenay, Pauline Marois s'est indignée de voir le camp Boisclair laisser entendre qu'elle aurait orchestré la fronde. «C'est très méprisant à l'égard des candidats qui ont donné leur opinion, de penser que je puisse les manipuler. [...] Je trouve ça inadmissible ce qu'on dit ou laisse entendre.»

«Que le clan Boisclair arrête de s'essuyer les pieds sur moi et que M. Boisclair assume!», a-t-elle lancé en entrevue à TVA.

Elle a répété qu'elle ne formulerait «aucun commentaire» sur le passé d'André Boisclair. «Quoi que je dise, soit je suis complice, soit je suis celle qui accuse.» Mme Marois déplore cependant que cette histoire «détourne le débat» des vrais enjeux.

Avec la collaboration de Robert Dutrisac






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  • Claude Champagne
    Abonné
    vendredi 4 novembre 2005 08h38
    La vraie raison...
    « Comment se fait-il que George W. Bush, le président de la plus grande puissance au monde, ait pu se faire élire dans un pays aussi puritain tout en ayant avoué avoir consommé de la cocaïne et abusé de l'alcool? Ah oui, il a découvert Dieu et demandé pardon.

    Malheureusement, au Québec, les Born Again Christians n'ont pas la cote. Comment se fait-il que René Lévesque, l'idole politique, ait pu renverser un piéton alors qu'il était sous l'effet de l'alcool et que cela n'ait pas remis en cause sa carrière? Ah oui, autre temps, autre moeurs, c'était l'époque où la ceinture de sécurité n'était pas obligatoire.

    Est-ce vraiment à cause de la cocaïne que certains militants du PQ s'en prennent à Boisclair? Il est assez ironique de voir un ex alcoolique comme Victor Lévy Beaulieu s'en prendre au candidat vedette du PQ. Les détracteurs de Boiclair clament tout haut leur crainte de voir les fédéralistes en train de fourbir leurs armes en vue d'une éventuelle élection. Et que cela nuise à l'accession à la souveraienté par conséquent.

    C'est drôle, j'ai plutôt l'impression qu'il s'agit d'autre chose. Je crois que c'est l'homosexualité de Boisclair qui les dérange. Mais comme il serait malvenu de le dire, les militants se rabattent sur la cocaïne. Si au moins ils invoquaient les idées de Boiclair comme étant trop à droite à leur goût, comme sa fixation sur le remboursement de la dette et les moyens poour y parvenir. Non, le débat n'est pas de ce niveau.

    Pour moi, la vraie raison de cette campagne de salissage c'est l'homophobie des patriotes en ceinture fléchée. Quel autre scandale ce dépravé de la luxure cache-t-il dans son placard? Si ces militants du PQ songent eux-mêmes à tout ça... ils doivent se dire que la population pourrait bien en faire tout autant. Malgré les sondages et enquêtes qui estiment le contraire. «Ouais, mais une fois dans l'isoloir, seul face à sa conscience, sa morale, et non sous les questions d'un sondeur devant qui on se doit d'afficher une rectitude politique...» On l'entend déjà, le murmure, il rampe... »

  • Marie-France Legault
    Inscrite
    vendredi 4 novembre 2005 09h24
    Union au sein du P.Q.
    « Aussi longtemps que le P.Q. sera divisé dans son sein, leur projet manquera de crédibilité.

    Il doit commencer a donner l'exemple de solidarité s'il veut que TOUS les QUÉBÉCOIS se rassemblent pour la Sécession. Inutile de sortir les discours sur la nâ...........tion si celle-ci est divisée par des luttes internes, des ÉGOS qui s'entrechoquent, des déchirements entre les candidats qui postulent la direction du parti.

    Pour ma part, si la Sécession DOIT se faire, ce ne sera pas par cette GANG de Star Academy...Si elle DOIT se faire, elle se fera par des hommes et des femmes détachés de leurs intérêts personnels, donnés a la cause, avec une VISION supérieure, a ces visions courte vue. Elle se fera peut-être sur le modèle de la Norvège qui en 1905, s'est séparée des pays scandinaves sans heurts, chicanes et avec l'approbation majoritaire des norvégiens. »

  • Guimont Rodrigue
    Inscrit
    vendredi 4 novembre 2005 10h08
    Assez...
    « Telle une meute insatiable de dindons enragés, les journalistes tant de la presse écrite que la presse parlée, ont trouvé un filon pour entretenir et maintenir cette sale affaire. Monsieur Boisclair s'est expliqué, a demandé à ce qu'on lui pardonne des fautes de jeunesse, à fait acte de contrition en disant aux jeunes que là n'était pas le bonheur, qu'il y avait des choses plus existantes dans la vie...

    Combien de députés voire même de ministres et chef de parti au Canada comme au Québec ont été pris en flagrant délit de vol ou autres infractions plus ou moins publics?

    Qu'attendons de plus de Boisclair, une prise de sang, une analyse d'urine, une flagellation publique, une retraite fermé à St-Benoît-du-Lac ou pire encore prendre un abonnement au journal « Vers Demain »?

    Souvent ceux qui seraient à même de mieux le comprendre adoptent une attitude rectificatrice que l'on pourrait qualifier d'hyper corrective. Assez de harcèlement, c'est à croire que nos journalistes et commentateurs puristes ont reçu une formation étasunienne.

    Quant aux autres qui craignent que l'opposition n'en fasse qu'une bouchée. cette opposition est-elle si exempte de scandales? Allons nous nous remettre à vider les placards pour trouver de vieilles bottines?

    Il y a des jours ou je me demande si Duplessis est aussi mort qu'on le pense. »

  • Jean Lachance
    Inscrit
    samedi 5 novembre 2005 12h43
    Le PQ: grand débat d'idées ou foire d'empoigne
    « J'espère que les Québécois se souviendront, fidèles à leur devise, de l'impact des courses à la chefferie fratricides. Presque tout le monde, avant cette course au leadership du PQ, plaidait pour cette course pour provoquer ce grand débat d'idées et pestait contre cette mauvaise habitude de dénicher le candidat idéal pour le couronner, comme si un tel choix était anti-démocratique et contreproductif. Où voyez-vous ce grand débat d'idées dans cette course ? Jusqu'ici la partie sert à séduire les militants péquistes plus qu'à les convaincre d'idées nouvelles. On ne débat pratiquement que de référendums ou d'autres sujets marginaux sur lesquels on est plus ou moins d'accord. Sera-t-on plus à gauche ou moins à gauche, plus agressif au niveau de la souveraineté ou moins agressif ?

    Toutefois, la tournure que vient de prendre la course montre bien le danger que de telles courses font courir à un parti, soit lorsque les concurrents, dans un geste désespéré pour faire tourner le vent en leur faveur, se mettent à jouer le jeu des autres partis en assénant des coups vicieux à celui qui, grâce à une forte avance, se destinait à être le prochain chef de ce parti. S'ils croyaient vraiment en ces positions, pourquoi ne pas les avoir exprimées dès le début de ces révélations ? Ils les ont plutôt gardées comme une carte cachée à sortir en temps opportun, alors que les journalistes ont tous embarqué dans cette attitude voyeuriste de prétendre que Boisclair ne sera pardonné que lorsqu'il nous aura donné tous les noms, toutes les dates et tout autre détail scabreux, sans réserve, la confession pleine et entière du repenti.

    Le coup le plus vicieux n'est même pas de défier les sondages pour dire que l'erreur passée de Boisclair est un obstacle majeur à son succès en politique, mais c'est plutôt d'avoir parti le moulin à rumeurs que d'autres squelettes dorment dans sa garde-robe. Ils ne se rendent pas compte que leurs flèches peuvent blesser non seulement leur adversaire mais aussi leur parti et leur cause ultime, en donnant à l'opposition, sur un plateau d'argent, la tête de leur propre frère. »

  • Marie-France Legault
    Inscrite
    dimanche 6 novembre 2005 09h10
    Bel exemple...
    « La guerre fratricide au sein du P.Q. entache la crédibilité du parti.Le P.Q. veut que nous soyons unis, solidaires, mais lui-même est divisé par des chicanes, des conflits de personnalité, des ÉGOS qui s'entrechoquent régulièrement. Il faudrait commencer par le commencement i.e. donner l'exemple d'un PARTI UNI. Quant a moi, je ne veux pas d'un sniffeux de coke a la tête du Québec. Je suis trop fière pour cela. Je veux un homme intègre, qui a toute sa tête et je ne crois pas être trop exigeante. C'est un minimum. Je ne lui demande pas d'être parfait, mais la COKE je ne peux pas accepter ce qui constitue un acte criminel aux yeux de la loi. Quand même les lois doivent être observées par tout le monde, que l'on soit coiffeur, politicien, pompier, policier, laveur de vitres, conducteur de calèches etc.. »

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