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Le PQ à l'agonie

Denise Bombardier   22 octobre 2005  Québec
Doit-on mettre un point d'interrogation ou des points de suspension au titre qui coiffe cette chronique? Le parti fondé par René Lévesque, qui a retrouvé cette semaine sa fidèle, loyale et fragile compagne Corrine Côté, ce parti est en train d'agoniser sous nos yeux.

C'est le parti d'un rêve brisé, un parti qui s'empêtre dans ses dogmes, ses contradictions et sa lassitude intellectuelle. C'est un parti à la recherche de son âme, un parti dérouté, épuisé par ses querelles intestines, qui doute non seulement de lui-même mais surtout du peuple dont il est issu. C'est un parti dont le désarroi s'exprime à travers les candidats qui souhaitent le diriger. Ces candidats ne peuvent pas ignorer qu'ils ne sont, dans le meilleur des cas, que de pâles copies de ces figures emblématiques qui l'ont incarné depuis sa fondation. René Lévesque, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard, Bernard Landry: quel candidat actuel peut sans aveuglement penser être à la hauteur de ces chefs charismatiques qui ont porté, chacun à leur manière, un espoir de dépassement collectif?

C'est un parti qui s'est emprisonné lui-même dans des révisions de son objectif afin de s'ajuster à l'ambivalence du peuple auquel il le propose. En clair, on assiste à un remballage plus ou moins camouflé de la souveraineté. C'est un parti qui a la nostalgie des fièvres qu'il a jadis suscitées et qu'il tente sans succès de réanimer.

C'est donc un parti qui n'a plus le coeur à la fête et qui n'a peut-être plus le coeur à y croire. Ce parti est devenu triste, et l'enthousiasme apparent de certains jeunes militants relève davantage du réflexe conditionné que de l'émotion enflammée par l'espoir. En ce sens, les jeunes militants sont orphelins de la grandeur et du dynamisme d'un Parti québécois dont la contribution à l'évolution du Québec français moderne fut indiscutable, voire admirable.

C'est un parti qui offre actuellement, à travers cette campagne à la direction, un spectacle désolant, une sorte de caricature du processus démocratique. Ces mises en scène rigides de débats qui n'en sont guère, où chacun derrière son micro attend son tour pour réciter son boniment, illustrent douloureusement l'asphyxie d'un parti où pullulaient jadis les idées. Ces références obsessionnelles au programme du parti, dont on sait qu'il est devenu une sorte de catéchisme poussiéreux inapplicable à la société d'aujourd'hui, prouvent hors de tout doute que le printemps des idées auquel les militants avaient été conviés n'a été qu'une saison stérile.

C'est un parti qui fut modelé par la rigueur morale, la droiture, l'honnêteté, ces principes que René Lévesque portait à sa boutonnière comme un signe distinctif et qu'il imposait à tous, membres du gouvernement ou militants. Or ce parti semble aujourd'hui prêt à élire à sa tête un chef qui a commis un acte criminel dans l'exercice de ses fonctions ministérielles, un chef qui, une fois premier ministre, devra faire la loi et la faire respecter. Ce parti qui a toujours affiché sa vertu semble avoir perdu la tête dans son désir d'une nouveauté qui s'apparente davantage à une régression qu'à un progrès.

Ce parti est en train de mourir aussi, victime des chocs successifs suscités par les abandons brutaux de ses porte-étendards. René Lévesque d'abord, dont la fin politique fut si affligeante qu'on peut penser qu'elle précipita sa propre mort peu de temps après. Jacques Parizeau, qui abandonna le navire alors que jamais il n'avait été si près du port. Cette démission-là, le parti la vécut comme une déchirure. Puis Lucien Bouchard qui, sans préavis, quitta en accablant un certain nationalisme porteur d'antisémitisme, un prétexte qui blessa gravement le parti. Enfin, l'abdication de Bernard Landry, aussi imprévisible qu'impétueuse, qui a entraîné l'affaissement du parti. En quittant, les chefs successifs ont emporté le meilleur de ce qu'ils avaient donné au parti sans s'assurer que les militants qui avaient cru en eux puissent perpétuer leurs rêves.

Ce parti a subi l'usure du temps, l'usure des déceptions postréférendaires, l'usure d'un pouvoir qui n'a jamais pu être le tremplin pour projeter le Québec dans le camp des États indépendants. Ce parti est à l'agonie aussi parce que ses membres n'ont pas voulu admettre que leur foi indépendantiste n'était pas contagieuse et que le Québec qu'ils proposent, un Québec altruiste, ouvert, au grand risque, ne ressemble pas à celui dans lequel se retrouvent les nouvelles générations. Ces jeunes à qui on demande de rêver d'un pays ne peuvent même pas rêver d'un travail stable, de familles unies et d'amours qui durent.

À quoi pourrait servir la souveraineté si, au pays du Québec, l'aveuglement tient lieu de politiques économiques et sociales, si l'égoïsme des groupes convertis en lobbys impose les orientations sous couvert de progressisme, si l'éloge de l'individualisme triomphant se substitue à la morale publique, si une désespérance sourde déguisée en affranchissement enlève aux jeunes le désir de se perpétuer? Le PQ est à l'agonie aussi parce qu'une certaine idée du Québec est peut-être en train de mourir avec lui.

denbombardier@videotron.ca






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  • Émile Ducharme
    Abonné
    samedi 22 octobre 2005 11h05
    Le PQ à l'agonie
    « Bravo! Vous n'avez donc pas peur des vaches sacrées! Ce que vous exprimez aujourd'hui, je le sentais par instinct au fond de moi-même sous forme d'un certain questionnement mais je ne pouvais me résoudre à y croire. Dans le temps, j'ai été impressionné par les Camille Laurin, les René Lévesque, les Jacques Parizeau, des modèles de droiture et d'honnêteté, et maintenant on est prêt à absoudre des gestes criminels posés durant l'exercise du pouvoir ministériel. Ça, je ne peux l'accepter. Je ne suis membre d'aucun parti politique. Merci.
    Émile Ducharme »

  • François Villeneuve
    Inscrit
    samedi 22 octobre 2005 17h55
    Désolant
    « Mme Bombardier, j'ai 22 ans, et si on me demandait de donner mon impression générale de vous (je ne connais de vous que cet article que je commente) je dirais que vous avez une vision réductrice et un négativisme nombriliste, mais surtout, vous êtes nostalgique de la grande ère où les jeunes hippies voulaient changer le monde. Pfff, lamentable. Vous n'avez aucune idée de comment le monde de demain va fonctionner, mais le piètre héritage que vous nous laissez nous rend fébriles d'activité et questionne sans cesse nos valeurs. Ouvrez-vous les yeux. Y'a qu'une manière d'unir les Québécois, c'est en faisant des ponts entre les générations. Mais si vous ne pouvez parler que de mort, laissez-nous donc vivre à votre place, puisque vous ne semblez pas y réussir très bien. Ce que vous faites dans cette lettre, c'est de la propagande pure et simple, et je sens un sourire complaisant et malsain derrière votre plume. Vous n'avez pas l'ombre d'une idée de ce que le futur nous réserve. Une chose que je sais: votre retraite arrivera bien. »

  • Claire Pigeon
    Inscrite
    dimanche 23 octobre 2005 07h57
    Le déclin de l'empire national-gauchiste.
    « Les vieux péquistes ressemblent désormais aux vieux intellos décadents des "Invasions barbares". L'idéologie abstraite ne vieillit pas bien, elle devient la proie des vers qui la décomposent, dans le cas en question, la partisanerie hypocrite des syndicalistes, "l'égoïsme des groupes convertis en lobbys... sous couvert de progressisme", comme vous dites bien, Mme Bombardier.
    En somme, le PQ est devenu le parti des vieux, les jeunes à l'esprit indépendant se ruant surtout vers l'ADQ. Avec quelques exceptions: d'un coté, les jeunes sans imagination qui répètent de vieux slogans souverainistes pour se faire remarquer dans les groupes d'adolescents bornés, et de l'autre côté, des vieux hommes honnêtes comme Lucien Bouchard, dont on s'ennuie beaucoup. »

  • Paul Paradis
    Inscrit
    dimanche 23 octobre 2005 16h17
    Un nationalisme tourné vers son propre nombril
    « De plus en plus, le nationalisme québécois est une attitude personnelle plutôt qu'un projet, une pose qu'on assume pour ce qu'on veut être ou paraître comme individu, plutôt que pour ce qu'on veut faire comme membre de la société. Comme disait un journaliste du Soleil, les élections au Québec ne servent guère à choisir un programme politique, mais surtout à déclarer qu'on est fier, ou pas tant que ça, d'être Québécois. Au point qu'on finit par démontrer le contraire: car élire, par exemple, un Bloc québécois sans programme clair, ce n'est pas quelque chose dont nous pouvons être fiers.
    Quant au programme du PQ, il est pratiquement devenu l'otage des syndicats. Ce qui est absurde: si on voulait survivre après l'indépendance, après la perte des rentes pétrolières de l'Alberta et des aides du fédéral, il faudrait faire comme l'Irlande, ouvrir grande la porte au capitalisme libéral. Au contraire, un gauchisme dirigiste navigue vers la déchéance, il suffit de penser à l'ancien bloc soviétique, ou encore aujourd'hui à la Corée du Nord ou à Cuba. Mais je suppose que nos chefs péquistes préfèrent être l'élite d'un pays pauvre, plutôt que des gens ordinaires dans un pays aisé. »

  • Fleurette Denis
    Inscrite
    mercredi 26 octobre 2005 11h05
    De flagrantes vérités
    « Comment peut-on prétendre qu'André Boisclair puisse nous mener à la souveraineté en enthousiasmant les moins de 35 ans qui, majoritairement, ne croient plus à la politique et pour qui le travail acharné, les convictions profondes ont été balayés de leurs valeurs? Les pro-Boisclair sont davantage interessés à «tripper» qu'à s'engager dans un processus démocratique qui les responsabiliserait. »

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