Le PQ à l'agonie
Doit-on mettre un point d'interrogation ou des points de suspension au titre qui coiffe cette chronique? Le parti fondé par René Lévesque, qui a retrouvé cette semaine sa fidèle, loyale et fragile compagne Corrine Côté, ce parti est en train d'agoniser sous nos yeux.
C'est le parti d'un rêve brisé, un parti qui s'empêtre dans ses dogmes, ses contradictions et sa lassitude intellectuelle. C'est un parti à la recherche de son âme, un parti dérouté, épuisé par ses querelles intestines, qui doute non seulement de lui-même mais surtout du peuple dont il est issu. C'est un parti dont le désarroi s'exprime à travers les candidats qui souhaitent le diriger. Ces candidats ne peuvent pas ignorer qu'ils ne sont, dans le meilleur des cas, que de pâles copies de ces figures emblématiques qui l'ont incarné depuis sa fondation. René Lévesque, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard, Bernard Landry: quel candidat actuel peut sans aveuglement penser être à la hauteur de ces chefs charismatiques qui ont porté, chacun à leur manière, un espoir de dépassement collectif?
C'est un parti qui s'est emprisonné lui-même dans des révisions de son objectif afin de s'ajuster à l'ambivalence du peuple auquel il le propose. En clair, on assiste à un remballage plus ou moins camouflé de la souveraineté. C'est un parti qui a la nostalgie des fièvres qu'il a jadis suscitées et qu'il tente sans succès de réanimer.
C'est donc un parti qui n'a plus le coeur à la fête et qui n'a peut-être plus le coeur à y croire. Ce parti est devenu triste, et l'enthousiasme apparent de certains jeunes militants relève davantage du réflexe conditionné que de l'émotion enflammée par l'espoir. En ce sens, les jeunes militants sont orphelins de la grandeur et du dynamisme d'un Parti québécois dont la contribution à l'évolution du Québec français moderne fut indiscutable, voire admirable.
C'est un parti qui offre actuellement, à travers cette campagne à la direction, un spectacle désolant, une sorte de caricature du processus démocratique. Ces mises en scène rigides de débats qui n'en sont guère, où chacun derrière son micro attend son tour pour réciter son boniment, illustrent douloureusement l'asphyxie d'un parti où pullulaient jadis les idées. Ces références obsessionnelles au programme du parti, dont on sait qu'il est devenu une sorte de catéchisme poussiéreux inapplicable à la société d'aujourd'hui, prouvent hors de tout doute que le printemps des idées auquel les militants avaient été conviés n'a été qu'une saison stérile.
C'est un parti qui fut modelé par la rigueur morale, la droiture, l'honnêteté, ces principes que René Lévesque portait à sa boutonnière comme un signe distinctif et qu'il imposait à tous, membres du gouvernement ou militants. Or ce parti semble aujourd'hui prêt à élire à sa tête un chef qui a commis un acte criminel dans l'exercice de ses fonctions ministérielles, un chef qui, une fois premier ministre, devra faire la loi et la faire respecter. Ce parti qui a toujours affiché sa vertu semble avoir perdu la tête dans son désir d'une nouveauté qui s'apparente davantage à une régression qu'à un progrès.
Ce parti est en train de mourir aussi, victime des chocs successifs suscités par les abandons brutaux de ses porte-étendards. René Lévesque d'abord, dont la fin politique fut si affligeante qu'on peut penser qu'elle précipita sa propre mort peu de temps après. Jacques Parizeau, qui abandonna le navire alors que jamais il n'avait été si près du port. Cette démission-là, le parti la vécut comme une déchirure. Puis Lucien Bouchard qui, sans préavis, quitta en accablant un certain nationalisme porteur d'antisémitisme, un prétexte qui blessa gravement le parti. Enfin, l'abdication de Bernard Landry, aussi imprévisible qu'impétueuse, qui a entraîné l'affaissement du parti. En quittant, les chefs successifs ont emporté le meilleur de ce qu'ils avaient donné au parti sans s'assurer que les militants qui avaient cru en eux puissent perpétuer leurs rêves.
Ce parti a subi l'usure du temps, l'usure des déceptions postréférendaires, l'usure d'un pouvoir qui n'a jamais pu être le tremplin pour projeter le Québec dans le camp des États indépendants. Ce parti est à l'agonie aussi parce que ses membres n'ont pas voulu admettre que leur foi indépendantiste n'était pas contagieuse et que le Québec qu'ils proposent, un Québec altruiste, ouvert, au grand risque, ne ressemble pas à celui dans lequel se retrouvent les nouvelles générations. Ces jeunes à qui on demande de rêver d'un pays ne peuvent même pas rêver d'un travail stable, de familles unies et d'amours qui durent.
À quoi pourrait servir la souveraineté si, au pays du Québec, l'aveuglement tient lieu de politiques économiques et sociales, si l'égoïsme des groupes convertis en lobbys impose les orientations sous couvert de progressisme, si l'éloge de l'individualisme triomphant se substitue à la morale publique, si une désespérance sourde déguisée en affranchissement enlève aux jeunes le désir de se perpétuer? Le PQ est à l'agonie aussi parce qu'une certaine idée du Québec est peut-être en train de mourir avec lui.
denbombardier@videotron.ca
C'est le parti d'un rêve brisé, un parti qui s'empêtre dans ses dogmes, ses contradictions et sa lassitude intellectuelle. C'est un parti à la recherche de son âme, un parti dérouté, épuisé par ses querelles intestines, qui doute non seulement de lui-même mais surtout du peuple dont il est issu. C'est un parti dont le désarroi s'exprime à travers les candidats qui souhaitent le diriger. Ces candidats ne peuvent pas ignorer qu'ils ne sont, dans le meilleur des cas, que de pâles copies de ces figures emblématiques qui l'ont incarné depuis sa fondation. René Lévesque, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard, Bernard Landry: quel candidat actuel peut sans aveuglement penser être à la hauteur de ces chefs charismatiques qui ont porté, chacun à leur manière, un espoir de dépassement collectif?
C'est un parti qui s'est emprisonné lui-même dans des révisions de son objectif afin de s'ajuster à l'ambivalence du peuple auquel il le propose. En clair, on assiste à un remballage plus ou moins camouflé de la souveraineté. C'est un parti qui a la nostalgie des fièvres qu'il a jadis suscitées et qu'il tente sans succès de réanimer.
C'est donc un parti qui n'a plus le coeur à la fête et qui n'a peut-être plus le coeur à y croire. Ce parti est devenu triste, et l'enthousiasme apparent de certains jeunes militants relève davantage du réflexe conditionné que de l'émotion enflammée par l'espoir. En ce sens, les jeunes militants sont orphelins de la grandeur et du dynamisme d'un Parti québécois dont la contribution à l'évolution du Québec français moderne fut indiscutable, voire admirable.
C'est un parti qui offre actuellement, à travers cette campagne à la direction, un spectacle désolant, une sorte de caricature du processus démocratique. Ces mises en scène rigides de débats qui n'en sont guère, où chacun derrière son micro attend son tour pour réciter son boniment, illustrent douloureusement l'asphyxie d'un parti où pullulaient jadis les idées. Ces références obsessionnelles au programme du parti, dont on sait qu'il est devenu une sorte de catéchisme poussiéreux inapplicable à la société d'aujourd'hui, prouvent hors de tout doute que le printemps des idées auquel les militants avaient été conviés n'a été qu'une saison stérile.
C'est un parti qui fut modelé par la rigueur morale, la droiture, l'honnêteté, ces principes que René Lévesque portait à sa boutonnière comme un signe distinctif et qu'il imposait à tous, membres du gouvernement ou militants. Or ce parti semble aujourd'hui prêt à élire à sa tête un chef qui a commis un acte criminel dans l'exercice de ses fonctions ministérielles, un chef qui, une fois premier ministre, devra faire la loi et la faire respecter. Ce parti qui a toujours affiché sa vertu semble avoir perdu la tête dans son désir d'une nouveauté qui s'apparente davantage à une régression qu'à un progrès.
Ce parti est en train de mourir aussi, victime des chocs successifs suscités par les abandons brutaux de ses porte-étendards. René Lévesque d'abord, dont la fin politique fut si affligeante qu'on peut penser qu'elle précipita sa propre mort peu de temps après. Jacques Parizeau, qui abandonna le navire alors que jamais il n'avait été si près du port. Cette démission-là, le parti la vécut comme une déchirure. Puis Lucien Bouchard qui, sans préavis, quitta en accablant un certain nationalisme porteur d'antisémitisme, un prétexte qui blessa gravement le parti. Enfin, l'abdication de Bernard Landry, aussi imprévisible qu'impétueuse, qui a entraîné l'affaissement du parti. En quittant, les chefs successifs ont emporté le meilleur de ce qu'ils avaient donné au parti sans s'assurer que les militants qui avaient cru en eux puissent perpétuer leurs rêves.
Ce parti a subi l'usure du temps, l'usure des déceptions postréférendaires, l'usure d'un pouvoir qui n'a jamais pu être le tremplin pour projeter le Québec dans le camp des États indépendants. Ce parti est à l'agonie aussi parce que ses membres n'ont pas voulu admettre que leur foi indépendantiste n'était pas contagieuse et que le Québec qu'ils proposent, un Québec altruiste, ouvert, au grand risque, ne ressemble pas à celui dans lequel se retrouvent les nouvelles générations. Ces jeunes à qui on demande de rêver d'un pays ne peuvent même pas rêver d'un travail stable, de familles unies et d'amours qui durent.
À quoi pourrait servir la souveraineté si, au pays du Québec, l'aveuglement tient lieu de politiques économiques et sociales, si l'égoïsme des groupes convertis en lobbys impose les orientations sous couvert de progressisme, si l'éloge de l'individualisme triomphant se substitue à la morale publique, si une désespérance sourde déguisée en affranchissement enlève aux jeunes le désir de se perpétuer? Le PQ est à l'agonie aussi parce qu'une certaine idée du Québec est peut-être en train de mourir avec lui.
denbombardier@videotron.ca
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