Gagnon-Tremblay contredit Pelletier
«Il est faux de prétendre» qu'Ottawa a fermé la porte dans ses négociations avec Québec
La ministre des Relations internationales du Québec, Monique Gagnon-Tremblay, s'est dissociée hier de son collègue aux Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, alors que celui-ci venait de subir les foudres du ministre fédéral des Transports, Jean Lapierre.
Selon Mme Gagnon-Tremblay, qui a accordé un entretien au Devoir hier matin, «il est faux de prétendre» — ce qu'a fait M. Pelletier mercredi — que le fédéral a «fermé la porte» dans ses négociations avec le gouvernement québécois en matière de relations internationales.
Certes, le fédéral ne la garde pas «grande ouverte non plus», a-t-elle reconnu. Mais lorsque M. Pelletier a parlé d'une impasse dans ses négociations avec Ottawa, il voulait sans doute parler, suppose la ministre, «des autres dossiers qu'il négocie avec le fédéral». Par exemple? «Il y a les garderies. Il y a d'autres dossiers que mon collègue continue à négocier. Il y a plusieurs déclarations de part et d'autre, et on a fait un certain mélange.»
Or, au cours d'un point de presse mardi, M. Pelletier a été on ne peut plus clair: Ottawa est «en train de refermer la porte» en ce qui a trait à ces négociations sur les relations internationales. C'est à M. Pelletier que le premier ministre Jean Charest a confié la tâche de négocier une entente avec Ottawa au sujet de la place du Québec sur la scène internationale.
M. Charest s'est d'ailleurs porté à la défense de M. Pelletier hier en mettant l'envolée de M. Lapierre sur le compte de la frustration. Le premier ministre a repris des propos semblables à ceux tenus par M. Pelletier sur la notion d'«intérêt national» avancée par le premier ministre Paul Martin. «Ce n'est pas un concept qui nous gouverne dans le partage de nos compétences», a dit M. Charest. Toute entente avec le fédéral n'est possible que «dans le respect de nos compétences», a-t-il ajouté.
À Ottawa, Jean Lapierre n'a pas modifié ses propos de la veille, dans lesquels il affirmait que le ministre Pelletier était le «noeud» du problème entre les deux gouvernements et le grand responsable du mauvais climat actuel entre Québec et Ottawa. «C'était clair et bien senti, c'était l'abondance du coeur», a-t-il dit, sourire aux lèvres, à sa sortie de la réunion du cabinet hier. «Ce n'était pas de l'agressivité du tout. C'était simplement l'expression de ma pensée sincère.»
Le ministre Lapierre a avoué que le gouvernement fédéral voulait délibérément faire passer un message. «J'ai été clair dans mes propos. Je visais un individu. Je voulais lui dire ma façon de penser et je l'ai fait. C'est fini», a-t-il lancé. Et pourquoi passer par les médias plutôt que de simplement prendre le téléphone? «Je savais que ça allait mieux se rendre avec vous», a-t-il répondu, moqueur.
Benoît Pelletier a qualifié de «regrettables» les commentaires de M. Lapierre. Ce sont «des attaques personnelles qui sont désagréables», a-t-il dit lors d'un point de presse. Les accusations de M. Lapierre sont «complètement injustes», estime-t-il. «Je ne suis pas un goulot d'étranglement, c'est tout le gouvernement qui est solidaire», a dit le ministre, qui semble avoir un point de vue quelque peu différent de celui de Mme Gagnon-Tremblay.
Ottawa et Québec traversent une période où «il y a un peu plus de tensions», a reconnu M. Pelletier. «C'est tout à fait normal lorsqu'un gouvernement comme le nôtre s'affirme et remet en question des thèses qui sont défendues à Ottawa, a-t-il expliqué. La thèse de l'intérêt national et ainsi de suite, l'usage du pouvoir fédéral de dépenser, le déséquilibre fiscal. Il est tout à fait normal qu'à un moment donné, ça suscite des réactions un petit peu plus virulentes.» Selon lui, M. Lapierre ne parlait pas au nom du gouvernement du Canada.
Lors de la période de questions à Ottawa, Paul Martin a cependant contredit M. Pelletier. Jean Lapierre parlait bel et bien «au nom d'un gouvernement qui entretient de bonnes relations avec le gouvernement Charest». À sa sortie du cabinet, Paul Martin avait envoyé le même message: tout va bien. «Je pense que les relations entre deux gouvernements doivent être des relations de respect, et nous avons beaucoup de respect pour le gouvernement Charest. Est-ce qu'il y a différence d'opinion? Oui. Il y a toujours eu des différences d'opinion et probablement qu'il va toujours y en avoir. Mais en général, on travaille très bien ensemble.»
Ces paroles n'ont pas impressionné le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe. «Si c'est ça, la bonne entente, j'aimerais voir ça quand ils se chicanent!», a-t-il lancé. M. Duceppe trouve «inacceptables» les propos de Jean Lapierre et reproche à Paul Martin de ne pas les avoir condamnés. «Ils font le "good cop, bad cop", lui et Jean Lapierre. C'est inquiétant. Ça nous démontre un peu en quelle estime ils tiennent le gouvernement du Québec, qu'il soit souverainiste ou fédéraliste.»
La ministre canadienne des Affaires intergouvernementales, Lucienne Robillard, juge quant à elle que c'est Benoît Pelletier qui a ouvert les hostilités mais qu'il est maintenant temps de passer à autre chose. «M. Pelletier a utilisé un langage qui a un peu fait monter la tension et je pense que ce n'est pas la bonne manière de faire que de discuter sur la place publique. Il faut s'asseoir et discuter», a-t-elle soutenu.
La thèse de l'intérêt national inquiète «un peu» Mme Gagnon-Tremblay. Mais au regard de ce qu'elle appelle «mon dossier» — les relations internationales —, elle soutient avoir récemment senti, de la part du fédéral, «une progression vers une meilleure compréhension de la position du Québec». Même qu'à la rencontre du 7 octobre à Montréal, où elle et M. Pelletier ont rencontré leurs homologues fédéraux Pettigrew et Robillard, il y avait à ses dires «une volonté d'en arriver à des solutions qui conviennent à toutes les parties», a-t-elle affirmé. À preuve, c'est à cette occasion qu'elle a convaincu le ministre Pettigrew de laisser la ministre de la Culture, Line Beauchamp, lire un texte québécois à l'UNESCO. «Auparavant, le fédéral tenait absolument à ce que ma collègue lise une partie du discours du gouvernement canadien.»
Autre preuve que la porte reste ouverte, selon elle: le fait que les sous-ministres québécois et fédéraux ont convenu d'avoir «un premier contact la semaine prochaine» pour circonscrire les «irritants» dans les pratiques actuelles. Elle continue donc d'espérer pouvoir s'entendre avec le fédéral afin de «formaliser et encadrer ces bonnes pratiques». Surtout que, dans le cas de la diversité culturelle, la collaboration entre Québec et Ottawa a conduit à un succès éclatant: l'adoption d'une convention internationale.
Avec la Presse canadienne
Selon Mme Gagnon-Tremblay, qui a accordé un entretien au Devoir hier matin, «il est faux de prétendre» — ce qu'a fait M. Pelletier mercredi — que le fédéral a «fermé la porte» dans ses négociations avec le gouvernement québécois en matière de relations internationales.
Certes, le fédéral ne la garde pas «grande ouverte non plus», a-t-elle reconnu. Mais lorsque M. Pelletier a parlé d'une impasse dans ses négociations avec Ottawa, il voulait sans doute parler, suppose la ministre, «des autres dossiers qu'il négocie avec le fédéral». Par exemple? «Il y a les garderies. Il y a d'autres dossiers que mon collègue continue à négocier. Il y a plusieurs déclarations de part et d'autre, et on a fait un certain mélange.»
Or, au cours d'un point de presse mardi, M. Pelletier a été on ne peut plus clair: Ottawa est «en train de refermer la porte» en ce qui a trait à ces négociations sur les relations internationales. C'est à M. Pelletier que le premier ministre Jean Charest a confié la tâche de négocier une entente avec Ottawa au sujet de la place du Québec sur la scène internationale.
M. Charest s'est d'ailleurs porté à la défense de M. Pelletier hier en mettant l'envolée de M. Lapierre sur le compte de la frustration. Le premier ministre a repris des propos semblables à ceux tenus par M. Pelletier sur la notion d'«intérêt national» avancée par le premier ministre Paul Martin. «Ce n'est pas un concept qui nous gouverne dans le partage de nos compétences», a dit M. Charest. Toute entente avec le fédéral n'est possible que «dans le respect de nos compétences», a-t-il ajouté.
À Ottawa, Jean Lapierre n'a pas modifié ses propos de la veille, dans lesquels il affirmait que le ministre Pelletier était le «noeud» du problème entre les deux gouvernements et le grand responsable du mauvais climat actuel entre Québec et Ottawa. «C'était clair et bien senti, c'était l'abondance du coeur», a-t-il dit, sourire aux lèvres, à sa sortie de la réunion du cabinet hier. «Ce n'était pas de l'agressivité du tout. C'était simplement l'expression de ma pensée sincère.»
Le ministre Lapierre a avoué que le gouvernement fédéral voulait délibérément faire passer un message. «J'ai été clair dans mes propos. Je visais un individu. Je voulais lui dire ma façon de penser et je l'ai fait. C'est fini», a-t-il lancé. Et pourquoi passer par les médias plutôt que de simplement prendre le téléphone? «Je savais que ça allait mieux se rendre avec vous», a-t-il répondu, moqueur.
Benoît Pelletier a qualifié de «regrettables» les commentaires de M. Lapierre. Ce sont «des attaques personnelles qui sont désagréables», a-t-il dit lors d'un point de presse. Les accusations de M. Lapierre sont «complètement injustes», estime-t-il. «Je ne suis pas un goulot d'étranglement, c'est tout le gouvernement qui est solidaire», a dit le ministre, qui semble avoir un point de vue quelque peu différent de celui de Mme Gagnon-Tremblay.
Ottawa et Québec traversent une période où «il y a un peu plus de tensions», a reconnu M. Pelletier. «C'est tout à fait normal lorsqu'un gouvernement comme le nôtre s'affirme et remet en question des thèses qui sont défendues à Ottawa, a-t-il expliqué. La thèse de l'intérêt national et ainsi de suite, l'usage du pouvoir fédéral de dépenser, le déséquilibre fiscal. Il est tout à fait normal qu'à un moment donné, ça suscite des réactions un petit peu plus virulentes.» Selon lui, M. Lapierre ne parlait pas au nom du gouvernement du Canada.
Lors de la période de questions à Ottawa, Paul Martin a cependant contredit M. Pelletier. Jean Lapierre parlait bel et bien «au nom d'un gouvernement qui entretient de bonnes relations avec le gouvernement Charest». À sa sortie du cabinet, Paul Martin avait envoyé le même message: tout va bien. «Je pense que les relations entre deux gouvernements doivent être des relations de respect, et nous avons beaucoup de respect pour le gouvernement Charest. Est-ce qu'il y a différence d'opinion? Oui. Il y a toujours eu des différences d'opinion et probablement qu'il va toujours y en avoir. Mais en général, on travaille très bien ensemble.»
Ces paroles n'ont pas impressionné le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe. «Si c'est ça, la bonne entente, j'aimerais voir ça quand ils se chicanent!», a-t-il lancé. M. Duceppe trouve «inacceptables» les propos de Jean Lapierre et reproche à Paul Martin de ne pas les avoir condamnés. «Ils font le "good cop, bad cop", lui et Jean Lapierre. C'est inquiétant. Ça nous démontre un peu en quelle estime ils tiennent le gouvernement du Québec, qu'il soit souverainiste ou fédéraliste.»
La ministre canadienne des Affaires intergouvernementales, Lucienne Robillard, juge quant à elle que c'est Benoît Pelletier qui a ouvert les hostilités mais qu'il est maintenant temps de passer à autre chose. «M. Pelletier a utilisé un langage qui a un peu fait monter la tension et je pense que ce n'est pas la bonne manière de faire que de discuter sur la place publique. Il faut s'asseoir et discuter», a-t-elle soutenu.
La thèse de l'intérêt national inquiète «un peu» Mme Gagnon-Tremblay. Mais au regard de ce qu'elle appelle «mon dossier» — les relations internationales —, elle soutient avoir récemment senti, de la part du fédéral, «une progression vers une meilleure compréhension de la position du Québec». Même qu'à la rencontre du 7 octobre à Montréal, où elle et M. Pelletier ont rencontré leurs homologues fédéraux Pettigrew et Robillard, il y avait à ses dires «une volonté d'en arriver à des solutions qui conviennent à toutes les parties», a-t-elle affirmé. À preuve, c'est à cette occasion qu'elle a convaincu le ministre Pettigrew de laisser la ministre de la Culture, Line Beauchamp, lire un texte québécois à l'UNESCO. «Auparavant, le fédéral tenait absolument à ce que ma collègue lise une partie du discours du gouvernement canadien.»
Autre preuve que la porte reste ouverte, selon elle: le fait que les sous-ministres québécois et fédéraux ont convenu d'avoir «un premier contact la semaine prochaine» pour circonscrire les «irritants» dans les pratiques actuelles. Elle continue donc d'espérer pouvoir s'entendre avec le fédéral afin de «formaliser et encadrer ces bonnes pratiques». Surtout que, dans le cas de la diversité culturelle, la collaboration entre Québec et Ottawa a conduit à un succès éclatant: l'adoption d'une convention internationale.
Avec la Presse canadienne
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