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Enseignement - Des syndicats dissidents préparent la riposte à une éventuelle entente de principe avec le gouvernement

Marie-Andrée Chouinard   13 octobre 2005  Québec
Gouvernement et enseignants n'ont pas encore assisté à la poignée de main officielle qui scellera une entente que, déjà, un front de syndicats dissidents songe à une offensive.

Une dizaine de syndicats membres de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ) tentent actuellement de se mobiliser pour convaincre le plus grand nombre d'enseignants de la province de ne pas accepter une entente à venir entre le ministère de l'Éducation, les commissions scolaires et le syndicat de 80 000 enseignants.

Ce front d'opposition se profile alors qu'il n'y a toujours pas d'entente de principe à célébrer dans le camp de l'éducation préscolaire, primaire et secondaire. Des discussions ont eu lieu hier entre les deux camps sur l'épineuse question des élèves handicapés et en difficulté d'apprentissage et d'adaptation (EHDAA). Elles devaient se poursuivre tard en soirée.

Le comité exécutif de la FSE doit encore évaluer aujourd'hui la teneur des derniers échanges et décider de s'en remettre ensuite au conseil fédéral du syndicat, instance suprême composée des 125 délégués issus des 44 syndicats membres. Il y a donc encore loin de la coupe aux lèvres.

«Nous sommes en stand-by», a expliqué hier Christian Saint-Louis, président du Syndicat de l'enseignement de la région de Laval (SERL), un des dix syndicats dissidents qui ont déjà affiché leur désaccord avec la ligne directrice majoritairement adoptée par la FSE. «Nous attendons de voir s'il y a d'abord une entente de principe et, après, nous démarrerons notre action.»

Le SERL, qui représente 5200 enseignants, et l'Alliance des professeurs de Montréal (APM), qui en compte 8000, comptent parmi ces syndicats qui ont exprimé la semaine dernière leur opposition non seulement au contenu de la contre-proposition présentée au ministre de l'Éducation mais aussi à la décision d'en recommander l'acceptation aux enseignants du Québec.

À Laval, les 500 membres du SERL présents ont rejeté à l'unanimité mardi le contenu de cette contre-proposition. «Si cette entente passe, c'est une baisse de services assurée pour les élèves et une diminution du soutien pour les enseignants», a expliqué M. Saint-Louis hier. «Les enseignants vont gérer la misère.»

Les syndicats dissidents en ont notamment contre cette fameuse «clause 8-9.00», qui donne des sueurs froides aux négociateurs des deux camps. Elle consacrerait une nouvelle ère dans la manière d'aider les élèves en difficulté, non plus à partir de catégories d'élèves mais sur une base préventive. L'Alliance des professeurs de Montréal a aussi l'appui unanime de ses délégués sur le caractère inacceptable de la contre-proposition de sa fédération.

Les deux syndicats tentent de convaincre les huit autres dissidents de se joindre à leur groupe pour orchestrer une offensive sur le front de l'information. Une conférence de presse conjointe et un site d'information serviraient à rejoindre le plus d'enseignants possible. «Nous voulons que l'information passe, a affirmé M. Saint-Louis. Notre but, c'est que les assemblées générales disent non à une entente.»

L'exécutif de la FSE doit de nouveau se réunir aujourd'hui pour assimiler les derniers développements. «Il doit ensuite s'en remettre à son conseil fédéral, au plus tôt vendredi [demain]», a ajouté hier le porte-parole de la FSE, Jean Laporte.

Un autre groupe d'employés surveille d'un oeil plus qu'attentif l'évolution des échanges entre enseignants et gouvernement. La Fédération des professionnels de l'éducation du Québec (FPPE-CSQ), qui représente 5500 professionnels des écoles du Québec (orthopédagogues, orthophonistes, psychologues, travailleurs sociaux, etc.), s'insurge du fait qu'une portion de ses propres revendications est discutée non pas avec elle mais avec les enseignants!

«C'est insultant, incompréhensible, inacceptable et inquiétant», a dénoncé le président de la FPPE, Pierre Bouchard. «Un ajout de professionnels dans les écoles du Québec ne peut être négocié qu'à un endroit, c'est dans notre convention.»

La discussion qui s'étire avec les enseignants comporte en effet une offre de 90 millions de dollars déployés sur trois ans, dont 30 millions pour un ajout de professionnels et d'employés de soutien. La FPPE demande 1000 professionnels de plus dans le réseau, pour environ 55 millions de dollars de plus par année, et tient à ce que ces nouveaux employés soient ajoutés à partir d'un ratio d'élèves.

«Il est surprenant que la FPPE s'inquiète alors que 30 millions seront peut-être investis au cours des trois prochaines années pour l'embauche de professionnels et d'employés de soutien», a répliqué le porte-parole du comité patronal de négociation, Jean-Pierre St-Gelais. Le camp patronal se montre ouvert à éventuellement «discuter de cet ajout probable de professionnels» avec les principaux intéressés mais se concentre pour l'heure sur sa proposition aux enseignants.
 
 
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