Chronique d'un suicide annoncé
Que comprendre de ces 300 jours et de ces 1000 jours de Bernard Landry qui doivent non seulement faire mentir les sondages unanimes mais mener les Québécois à une indépendance dont ils ne veulent pas? Stratégie fine de sauvetage en misant sur la base résolument indépendantiste qui n'osera pas faire le saut vers l'ADQ et qui conservera au PQ un nombre minime de comtés, sûrement moins de dix?
Ou encore aveuglement généralisé, ignorance totale du sentiment profond qui anime le bouleversement politique dont nous sommes aujourd'hui témoins, voire incapacité congénitale de réinventer le discours, de dire «mea culpa» mais surtout d'admettre que l'objectif ultime, l'indépendance, ne correspond maintenant qu'à un objectif de militants sincères mais nostalgiques et non de société? Le refus du PQ de faire face à la tornade qui s'abat sur lui, sinon en actionnant d'illusoires moulins à vent, ressemble curieusement aux symptômes d'un suicidaire qui édifie inconsciemment mais méthodiquement les conditions qui entraîneront sa disparition.
Il ne faut pas être sorcier pour conclure des derniers sondages que la disparition du PQ n'est plus une hypothèse de travail farfelue mais une possibilité sérieuse, sinon une probabilité. Le mode de scrutin étant toujours malheureusement ce qu'il est, c'est-à-dire une imposture démocratique, et la concentration du vote libéral dans la grande région de Montréal perdurant, il n'est pas difficile d'imaginer un Parti québécois qui ne remporterait pas plus de cinq sièges. Louise Harel dans son fief de l'est, Jean-Pierre Charbonneau peut-être, Bernard Landry peut-être.
***
J'évoquais cette sombre possibilité avec un militant de la première heure au lendemain du conseil national qui a décidé de recentrer le parti sur la souveraineté. C'est un homme qui ne se définit pas comme souverainiste mais comme indépendantiste. Il faisait partie de l'aile progressiste du parti. J'ai été stupéfait par sa réaction. Il se demandait s'il ne voterait pas pour l'ADQ, disant que seule une quasi-disparition de son parti permettrait qu'une véritable formation progressiste sorte des dépouilles. Comme j'évoquais l'objectif de l'indépendance, il a rétorqué qu'il y a des choses plus urgentes à réaliser. Construire une société plus juste, une démocratie qui inclut les citoyens, donner du pouvoir aux régions, développer le logement social. Après, on pourrait toujours se demander si l'indépendance demeure un objectif nécessaire.
Cette argumentation aurait dû me remplir de contentement. J'ai souvent soutenu que seuls l'abandon de l'objectif de l'indépendance par le PQ ou sa scission en deux partis, l'un indépendantiste, l'autre social-démocrate, permettraient l'émergence au Québec d'une formation progressiste possédant de larges assises populaires. Et je me suis entendu répondre que non, le Québec ne peut pas se permettre que le parti de René Lévesque disparaisse. Pourquoi parler du parti de Lévesque? Parce qu'il incarnait une fibre profondément québécoise, celle du pragmatisme progressiste, qui s'appuie sur un respect profond de la population. Cette fibre, elle existe encore chez les militants et les sympathisants de base même si elle est complètement occultée par la froide ardeur comptable des principaux dirigeants de ce gouvernement.
L'Union nationale est disparue, malgré son importance historique, et le Québec ne s'est pas appauvri politiquement, au contraire. Ce n'est pas le cas du PQ. Si l'ADQ peut récupérer et assimiler la veine souverainiste, nationaliste, du PQ, aucune formation existante ne peut poursuivre sa veine social-démocrate. Et celle-là, pour le Québec, est bien plus fondamentale que la veine nationaliste que se partagent de manières diverses toutes les formations politiques québécoises et qui ne disparaîtra jamais.
***
On me dira qu'on ne peut pas demander à des femmes et à des hommes convaincus de renoncer à leur rêve. Dans la vie de tous les jours, non. Mais dans la vie d'une société, cela peut devenir une exigence démocratique, la preuve que les objectifs immédiats de la population doivent, dans l'urgence, prendre le pas sur le rêve, tout légitime qu'il soit, de quelques personnes sincères. C'est ce que fit un des plus grands hommes politiques de l'histoire moderne de l'Italie, Enrico Berlinguer. Durant les années 70, ce grand penseur marxiste dirigeait le Parti communiste italien. Avec quelques alliés, notamment des syndicalistes, il convainquit le parti d'abandonner les deux principes fondateurs du marxisme, la dictature du prolétariat. Le PC s'est depuis transformé en une large alliance progressiste et dynamique. Les temps changent, les rêves aussi doivent changer.
Malheureusement, je ne vois personne au Parti québécois qui possède la hauteur de vue, la qualité de réflexion et d'analyse ainsi que le sens de l'abnégation démocratique qui ont animé, il y a une trentaine d'années, Enrico Berlinguer. Et j'ai bien l'impression que j'aurai 300 jours pour regarder tristement un parti courir au suicide politique. À moins qu'un dernier réflexe de survie ne leur donne le cynique courage d'instaurer le scrutin proportionnel avant les prochaines élections... une promesse péquiste qui date de 32 ans et dont la réalisation assurerait aujourd'hui la survie du parti qui n'en a jamais voulu.
Ou encore aveuglement généralisé, ignorance totale du sentiment profond qui anime le bouleversement politique dont nous sommes aujourd'hui témoins, voire incapacité congénitale de réinventer le discours, de dire «mea culpa» mais surtout d'admettre que l'objectif ultime, l'indépendance, ne correspond maintenant qu'à un objectif de militants sincères mais nostalgiques et non de société? Le refus du PQ de faire face à la tornade qui s'abat sur lui, sinon en actionnant d'illusoires moulins à vent, ressemble curieusement aux symptômes d'un suicidaire qui édifie inconsciemment mais méthodiquement les conditions qui entraîneront sa disparition.
Il ne faut pas être sorcier pour conclure des derniers sondages que la disparition du PQ n'est plus une hypothèse de travail farfelue mais une possibilité sérieuse, sinon une probabilité. Le mode de scrutin étant toujours malheureusement ce qu'il est, c'est-à-dire une imposture démocratique, et la concentration du vote libéral dans la grande région de Montréal perdurant, il n'est pas difficile d'imaginer un Parti québécois qui ne remporterait pas plus de cinq sièges. Louise Harel dans son fief de l'est, Jean-Pierre Charbonneau peut-être, Bernard Landry peut-être.
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J'évoquais cette sombre possibilité avec un militant de la première heure au lendemain du conseil national qui a décidé de recentrer le parti sur la souveraineté. C'est un homme qui ne se définit pas comme souverainiste mais comme indépendantiste. Il faisait partie de l'aile progressiste du parti. J'ai été stupéfait par sa réaction. Il se demandait s'il ne voterait pas pour l'ADQ, disant que seule une quasi-disparition de son parti permettrait qu'une véritable formation progressiste sorte des dépouilles. Comme j'évoquais l'objectif de l'indépendance, il a rétorqué qu'il y a des choses plus urgentes à réaliser. Construire une société plus juste, une démocratie qui inclut les citoyens, donner du pouvoir aux régions, développer le logement social. Après, on pourrait toujours se demander si l'indépendance demeure un objectif nécessaire.
Cette argumentation aurait dû me remplir de contentement. J'ai souvent soutenu que seuls l'abandon de l'objectif de l'indépendance par le PQ ou sa scission en deux partis, l'un indépendantiste, l'autre social-démocrate, permettraient l'émergence au Québec d'une formation progressiste possédant de larges assises populaires. Et je me suis entendu répondre que non, le Québec ne peut pas se permettre que le parti de René Lévesque disparaisse. Pourquoi parler du parti de Lévesque? Parce qu'il incarnait une fibre profondément québécoise, celle du pragmatisme progressiste, qui s'appuie sur un respect profond de la population. Cette fibre, elle existe encore chez les militants et les sympathisants de base même si elle est complètement occultée par la froide ardeur comptable des principaux dirigeants de ce gouvernement.
L'Union nationale est disparue, malgré son importance historique, et le Québec ne s'est pas appauvri politiquement, au contraire. Ce n'est pas le cas du PQ. Si l'ADQ peut récupérer et assimiler la veine souverainiste, nationaliste, du PQ, aucune formation existante ne peut poursuivre sa veine social-démocrate. Et celle-là, pour le Québec, est bien plus fondamentale que la veine nationaliste que se partagent de manières diverses toutes les formations politiques québécoises et qui ne disparaîtra jamais.
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On me dira qu'on ne peut pas demander à des femmes et à des hommes convaincus de renoncer à leur rêve. Dans la vie de tous les jours, non. Mais dans la vie d'une société, cela peut devenir une exigence démocratique, la preuve que les objectifs immédiats de la population doivent, dans l'urgence, prendre le pas sur le rêve, tout légitime qu'il soit, de quelques personnes sincères. C'est ce que fit un des plus grands hommes politiques de l'histoire moderne de l'Italie, Enrico Berlinguer. Durant les années 70, ce grand penseur marxiste dirigeait le Parti communiste italien. Avec quelques alliés, notamment des syndicalistes, il convainquit le parti d'abandonner les deux principes fondateurs du marxisme, la dictature du prolétariat. Le PC s'est depuis transformé en une large alliance progressiste et dynamique. Les temps changent, les rêves aussi doivent changer.
Malheureusement, je ne vois personne au Parti québécois qui possède la hauteur de vue, la qualité de réflexion et d'analyse ainsi que le sens de l'abnégation démocratique qui ont animé, il y a une trentaine d'années, Enrico Berlinguer. Et j'ai bien l'impression que j'aurai 300 jours pour regarder tristement un parti courir au suicide politique. À moins qu'un dernier réflexe de survie ne leur donne le cynique courage d'instaurer le scrutin proportionnel avant les prochaines élections... une promesse péquiste qui date de 32 ans et dont la réalisation assurerait aujourd'hui la survie du parti qui n'en a jamais voulu.
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