L'art de devenir chef
26 septembre 2005
Québec
L'affaire Boisclair n'est pas terminée. Elle ne le sera jamais. Maintenant qu'il est avéré que le candidat aux plus hautes fonctions publiques a commis un geste illégal lorsqu'il était ministre, cette erreur grave de jugement va demeurer une donnée du jeu politique.
Même s'il n'en était plus question d'ici au 15 novembre, la consommation de cocaïne restera, pour certaines personnes, une bonne raison de voter contre lui, contre son parti ou contre la souveraineté.
La société québécoise est peut-être permissive, mais la tolérance à l'égard des drogues dures n'est pas aussi répandue qu'elle ne l'est pour le cannabis. Il faut aussi se méfier de ce sondage qui indique une hausse de l'appui au plus jeune candidat de «la course» après les révélations de ses frasques. Les Québécois ont le pardon facile (c'est qu'ils veulent la même indulgence pour eux-mêmes), mais ils ont la mémoire longue.
Il ne reste à M. Boisclair qu'à mettre dans la balance suffisamment d'autre chose, de talent, de compétences, d'idées, de leadership, pour relativiser l'importance de ce qu'il appelle, en embellissant la vérité, des erreurs de jeunesse.
***
Il est tout à fait normal que les militants, puis les électeurs, tiennent compte de ce fait. On commet l'erreur de voir les élections, y compris l'élection d'un chef de parti, comme un débat d'idées. Or c'est mal comprendre le sens de l'exercice. Une élection est l'action de choisir une personne, de l'élever au-dessus de nous pour lui confier l'administration des affaires communes. C'est donc un homme ou une femme que l'on cherche et non pas un assortiment d'idées ou de slogans.
Les Québécois sont à la recherche d'un chef. Le taux d'insatisfaction à l'endroit du gouvernement Charest indique qu'ils ne l'ont pas trouvé en la personne du premier ministre actuel. Ils regardent du côté du PQ et sont à l'écoute (1,7 million de personnes ont regardé Tout le monde en parle dimanche dernier lors du passage de M. Boisclair). Ils jugent l'homme (ou la femme) à ses mérites. Y compris sur ses choix moraux, sur son mode de vie, sur ses loyautés amicales, familiales et autres. La mauvaise publicité faite contre son mari (l'ancien président de la Société générale de financement Claude Blanchet) joue contre Mme Marois.
L'une des qualités recherchées chez un chef est sans doute une certaine solidité sur le plan moral. Les scandales politico-financiers ont fait les manchettes. Des jeunes reprochent aux baby-boomers d'avoir fait la fête pendant 30 ans et de ne leur laisser qu'une lourde dette en héritage. Des sociétés d'État encouragent la consommation d'alcool et le jeu compulsif. On sent une certaine fatigue des Québécois à l'égard d'un relâchement généralisé sur le plan éthique.
Pour toutes ces raisons, les chefs politiques ne sont pas devenus moralistes, mais on s'attend à ce qu'ils représentent un certain modèle, non pas parfait puisqu'on veut qu'il nous ressemble un peu, mais quand même meilleur que nous. Dans les sociétés modernes, compliquées, mondialisées, où tant de choses semblent nous échapper, on attend d'un chef qu'il nous aide à y comprendre quelque chose, à discerner ce qui est important, à évaluer où nous en sommes et quel chemin nous devrions emprunter pour vivre dans un monde meilleur.
Ce que l'on attendrait des candidats à la direction du Parti québécois n'est pas un catalogue de propositions, mais leur lecture de la société québécoise. Où en sommes-nous, où allons-nous? Lorsque Gilles Proulx a demandé à André Boisclair ce qu'il ferait avec l'école québécoise, en précisant que l'école québécoise est médiocre, j'aurais aimé entendre le candidat d'abord mettre les pendules à l'heure. Dire que l'école québécoise n'est pas médiocre, énoncer ses réussites, féliciter ses artisans, puis relever les problèmes à régler et évoquer certaines solutions.
***
Jusqu'à présent, je n'ai rien lu ni entendu qui m'indique quelles sont, selon les différents candidats, les questions graves qui méritent que je m'intéresse à leurs discours. J'entends une certaine continuité. Ce sentiment est renforcé par le fait que le gouvernement libéral, incapable d'appliquer son propre programme électoral, gère l'héritage du gouvernement péquiste.
Je m'attends à ce que le nouveau chef du PQ propose une nouvelle social-démocratie québécoise. Or cette nouvelle social-démocratie, est-elle celle de Pierre Dubuc qui représente le club SPQ-libre dans la course, celle d'Amir Khadir qui est le porte-parole de l'UFP avec qui Pauline Marois veut faire une alliance électorale, ou celle de Joseph Facal qui penche vers une troisième voie à la Tony Blair?
Je n'entends, chez aucun candidat, une proposition de Nouveau PQ, comme Blair avait forgé le New Labour, en Grande-Bretagne. On assiste aux mêmes échanges, aux mêmes nuances, aux mêmes circonvolutions qui ont conduit le PQ au pire résultat électoral de son histoire en 2003.
Les candidats se cachent derrière le programme adopté en juin. Or un chef n'est ni un colporteur ni un attaché de presse chargé de distribuer des exemplaires du programme rédigé sous la gouverne du chef démissionnaire. La place du chef est devant, pas derrière. Son rôle est d'interpréter ce programme, de dégager des priorités, de rejeter les élucubrations que le processus d'adoption a laissées passer, de donner vie aux intentions du parti mais aussi d'infléchir ces positions et d'imposer sa couleur.
Il reste 50 jours.
Même s'il n'en était plus question d'ici au 15 novembre, la consommation de cocaïne restera, pour certaines personnes, une bonne raison de voter contre lui, contre son parti ou contre la souveraineté.
La société québécoise est peut-être permissive, mais la tolérance à l'égard des drogues dures n'est pas aussi répandue qu'elle ne l'est pour le cannabis. Il faut aussi se méfier de ce sondage qui indique une hausse de l'appui au plus jeune candidat de «la course» après les révélations de ses frasques. Les Québécois ont le pardon facile (c'est qu'ils veulent la même indulgence pour eux-mêmes), mais ils ont la mémoire longue.
Il ne reste à M. Boisclair qu'à mettre dans la balance suffisamment d'autre chose, de talent, de compétences, d'idées, de leadership, pour relativiser l'importance de ce qu'il appelle, en embellissant la vérité, des erreurs de jeunesse.
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Il est tout à fait normal que les militants, puis les électeurs, tiennent compte de ce fait. On commet l'erreur de voir les élections, y compris l'élection d'un chef de parti, comme un débat d'idées. Or c'est mal comprendre le sens de l'exercice. Une élection est l'action de choisir une personne, de l'élever au-dessus de nous pour lui confier l'administration des affaires communes. C'est donc un homme ou une femme que l'on cherche et non pas un assortiment d'idées ou de slogans.
Les Québécois sont à la recherche d'un chef. Le taux d'insatisfaction à l'endroit du gouvernement Charest indique qu'ils ne l'ont pas trouvé en la personne du premier ministre actuel. Ils regardent du côté du PQ et sont à l'écoute (1,7 million de personnes ont regardé Tout le monde en parle dimanche dernier lors du passage de M. Boisclair). Ils jugent l'homme (ou la femme) à ses mérites. Y compris sur ses choix moraux, sur son mode de vie, sur ses loyautés amicales, familiales et autres. La mauvaise publicité faite contre son mari (l'ancien président de la Société générale de financement Claude Blanchet) joue contre Mme Marois.
L'une des qualités recherchées chez un chef est sans doute une certaine solidité sur le plan moral. Les scandales politico-financiers ont fait les manchettes. Des jeunes reprochent aux baby-boomers d'avoir fait la fête pendant 30 ans et de ne leur laisser qu'une lourde dette en héritage. Des sociétés d'État encouragent la consommation d'alcool et le jeu compulsif. On sent une certaine fatigue des Québécois à l'égard d'un relâchement généralisé sur le plan éthique.
Pour toutes ces raisons, les chefs politiques ne sont pas devenus moralistes, mais on s'attend à ce qu'ils représentent un certain modèle, non pas parfait puisqu'on veut qu'il nous ressemble un peu, mais quand même meilleur que nous. Dans les sociétés modernes, compliquées, mondialisées, où tant de choses semblent nous échapper, on attend d'un chef qu'il nous aide à y comprendre quelque chose, à discerner ce qui est important, à évaluer où nous en sommes et quel chemin nous devrions emprunter pour vivre dans un monde meilleur.
Ce que l'on attendrait des candidats à la direction du Parti québécois n'est pas un catalogue de propositions, mais leur lecture de la société québécoise. Où en sommes-nous, où allons-nous? Lorsque Gilles Proulx a demandé à André Boisclair ce qu'il ferait avec l'école québécoise, en précisant que l'école québécoise est médiocre, j'aurais aimé entendre le candidat d'abord mettre les pendules à l'heure. Dire que l'école québécoise n'est pas médiocre, énoncer ses réussites, féliciter ses artisans, puis relever les problèmes à régler et évoquer certaines solutions.
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Jusqu'à présent, je n'ai rien lu ni entendu qui m'indique quelles sont, selon les différents candidats, les questions graves qui méritent que je m'intéresse à leurs discours. J'entends une certaine continuité. Ce sentiment est renforcé par le fait que le gouvernement libéral, incapable d'appliquer son propre programme électoral, gère l'héritage du gouvernement péquiste.
Je m'attends à ce que le nouveau chef du PQ propose une nouvelle social-démocratie québécoise. Or cette nouvelle social-démocratie, est-elle celle de Pierre Dubuc qui représente le club SPQ-libre dans la course, celle d'Amir Khadir qui est le porte-parole de l'UFP avec qui Pauline Marois veut faire une alliance électorale, ou celle de Joseph Facal qui penche vers une troisième voie à la Tony Blair?
Je n'entends, chez aucun candidat, une proposition de Nouveau PQ, comme Blair avait forgé le New Labour, en Grande-Bretagne. On assiste aux mêmes échanges, aux mêmes nuances, aux mêmes circonvolutions qui ont conduit le PQ au pire résultat électoral de son histoire en 2003.
Les candidats se cachent derrière le programme adopté en juin. Or un chef n'est ni un colporteur ni un attaché de presse chargé de distribuer des exemplaires du programme rédigé sous la gouverne du chef démissionnaire. La place du chef est devant, pas derrière. Son rôle est d'interpréter ce programme, de dégager des priorités, de rejeter les élucubrations que le processus d'adoption a laissées passer, de donner vie aux intentions du parti mais aussi d'infléchir ces positions et d'imposer sa couleur.
Il reste 50 jours.
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