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Kyoto: Québec hausse le ton vis-à-vis Ottawa

Mulcair veut une entente sur les GES avant la conférence de Montréal sur les changements climatiques

15 septembre 2005 19h31  Québec
Ottawa — Toujours sans entente avec Ottawa sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, Québec hausse le ton et presse le gouvernement fédéral de céder devant ses revendications avant que la grande visite n'arrive à Montréal, fin novembre.

À un peu plus de deux mois de la conférence internationale sur les changements climatiques qui se déroulera à Montréal, le ministre québécois de l'Environnement et du Développement durable, Thomas Mulcair, lance une mise en garde à son homologue fédéral et hôte de cette rencontre, Stéphane Dion.

«Ce serait très embarrassant pour Ottawa de venir dans la province qui produit le moins de gaz à effet de serre [GES] par habitant, qui est vraiment un modèle au niveau mondial, et de ne pas réussir à s'entendre avec nous», a souligné M. Mulcair en entrevue à la Presse canadienne.

Depuis 2003, Québec réclame du gouvernement fédéral qu'il prenne en considération, dans l'établissement des quotas inscrits dans son plan de mise en oeuvre de réduction des émissions de GES, les particularités du contexte québécois et les efforts consentis par la province pour diminuer ces émissions avant même l'entrée en vigueur du protocole de Kyoto.

Le ministre Mulcair estime que le «plan vert» d'Ottawa, rendu public au printemps dernier, met toutes les provinces dans le même sac à partir d'une approche basée sur l'Ouest canadien. En vertu de ce plan, Québec part perdant, argue le ministre du gouvernement de Jean Charest.

«On refuse de se faire punir, martèle M. Mulcair. On a déjà consenti des efforts importants, on a déjà dépensé beaucoup d'argent pour réduire de beaucoup les émissions de gaz à effet de serre. Maintenant, le fédéral est en train de dire: "C'est bien beau, félicitations pour votre beau programme, c'est vrai que vous émettez moitié moins de gaz à effet de serre que les autres Canadiens, mais on ne comptera pas vos efforts que vous avez déjà payés."»

Le Canada sera l'hôte dès le 28 novembre du sommet de Montréal, où des milliers de délégués de 189 pays discuteront de changements climatiques. Il s'agira de la première rencontre du genre depuis la mise en oeuvre du protocole de Kyoto. Il y sera question notamment de ce qui est désigné comme le «post-Kyoto», c'est-à-dire des stratégies à mettre en place après 2012.

Bien qu'il hausse le ton, le ministre Mulcair semble mettre la faute sur la bureaucratie fédérale et tend une perche à son homologue, se disant confiant que le ministre Dion saura répondre aux revendications de Québec.

Réticent à négocier par le truchement des médias, le ministre Dion a tout de même indiqué qu'il était confiant de parvenir bientôt à une entente avec Québec. Il a affirmé que les «négociations vont très bien» et qu'Ottawa «sera très juste envers la province de Québec».

M. Dion a fait observer que le plan est déjà plus exigeant envers les provinces plus polluantes.

«Le plan est équitable pour tout le monde, exigeant pour tout le monde et en fonction de leur situation, a déclaré le ministre fédéral. C'est pourquoi il y aura 22 mégatonnes à aller chercher en Alberta, contre seulement trois au Québec, pour l'industrie.»

En entérinant le protocole de Kyoto, le Canada s'engageait, d'ici 2012, à réduire de 6 % ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à leur niveau de 1990. Pour arriver à cet objectif, il doit s'entendre avec toutes les provinces puisque l'environnement est de leur compétence. À titre d'appui pour atteindre les cibles, Ottawa a promis d'investir dix milliards de dollars dans divers projets d'ici 2012.

Selon M. Mulcair, l'attitude du gouvernement fédéral favorise des provinces comme l'Alberta, où l'industrie pétrolière et gazière émet beaucoup de GES et où il reste beaucoup à faire.

«M. Dion met dix milliards de dollars des contribuables canadiens sur la table, y compris des Québécois bien entendu, et ce qu'il est en train de me dire, c'est: "Non seulement je ne reconnaîtrai pas les efforts du passé [de Québec], mais en plus je vais prendre l'argent de tes payeurs de taxes et je vais le "shipper" en Alberta, où il font un surplus de dix milliards". Pour nous, ça accroche, on ne va jamais embarquer là-dedans», a affirmé M. Mulcair.

Reprenant à peine son souffle, le ministre a enfilé les exemples pour appuyer son point de vue.

«J'ai beaucoup d'éoliennes, a-t-il fait valoir. Ils sont en train de me dire que les éoliennes que j'ai construites et que je vais construire ne seront pas comptées, à moins que ça déplace du charbon. Le problème, c'est que je n'ai pas [d'émissions dues au] charbon.»

Le plan fédéral ne tient pas compte qu'au Québec, l'énergie est produite par l'hydroélectricité, a ajouté M. Mulcair, qui veut obtenir des compensations.
 
 
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