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La succession de Bernard Landry - Une course à deux vitesses

Robert Dutrisac   10 septembre 2005  Québec
Pauline Marois
Photo : Jacques Grenier
Pauline Marois
Québec — À cinq jours de la fin de la période de mise en candidature en vue de l'élection du nouveau chef du Parti québécois, une course à deux vitesses se dessine. Quatre protagonistes — André Boisclair, Pauline Marois, Richard Legendre et Louis Bernard — sont invités à des débats à la télévision d'État tandis que les quatre autres candidats — Jean-Claude St-André, Ghislain Lebel, Pierre Dubuc et Gilbert Paquette — sont relégués au second plan.

Mardi, l'environnementaliste Jean Ouimet doit se joindre à leur rang en déposant son bulletin de candidature avec 1400 signatures, 400 de plus que le minimum requis. Après le retrait loufoque du psychiatre Hugues Cormier qui a eu la drôle d'idée de vendre des cartes de membres à ses patients pendant ses consultations et les désistements des discrets Gilles Paquette et Gilles Hébert, sans oublier Bernard Landry lui-même qui a renoncé à se présenter à sa propre succession, la course à la direction du PQ version 2005 comptera neuf candidats, deux de plus qu'il y 20 ans quand Pierre-Marc Johnson fut choisi pour remplacer René Lévesque. IParmi ces sept candidats, cinq étaient ministres du gouvernement et jouissaient donc d'une bonne notoriété.

La télévision d'État a rapidement conclu que les débats à neuf n'ont rien de bien médiatiques. On s'en tiendra surtout aux échanges entre les quatre principaux candidats. Malgré cette précaution, le débat, animé par Dominique Poirier au Point jeudi soir, entre les Bernard, Boisclair, Legendre et Marois a sombré à quelques reprises dans la cacophonie. La semaine prochaine, Marie-France Bazzo a invité les quatre comparses à son émission télévisée Il va y avoir du sport. Les cinq autres candidats devront se trouver d'autres tribunes.

Au PQ, on s'arrache toujours les cheveux pour trouver la formule qui permettra de tenir les sept débats officiels, prévus tous les mercredis soir à compter du 21 septembre, avec les neuf candidats en lice. On cherche à éviter que l'exercice ne distille le plus profond ennui ou qu'il donne cours à des échanges criards et désordonnés. La direction du PQ a choisi le mot tribune plutôt que débat pour désigner ces événements.

Entre-temps, on assistera à des répétions générales en régions. Tous les candidats en lice ont été invités par l'Association péquiste de la région de la Gaspésie-Les Îles à participer à un échange aujourd'hui à Pabos Mills, un village près de Chandler. Déjà, six candidats ont confirmé leur présence: Jean-Claude St-André et Ghislain Lebel rejoindront les quatre protagonistes. Un autre échange doit avoir lieu le lendemain dans la circonscription de Matapédia.

Que nous a réservé ce premier débat télévisé à quatre? Essentiellement, une variation sur le thème de l'empressement relatif à tenir le référendum au cours d'un premier mandat. À cet égard, le plus âgé des candidats à 68 ans et le plus pressé, Louis Bernard, propose de tenir un référendum trois mois après la victoire électorale du PQ. Richard Legendre y va de sa nuance personnelle: il n'y aura qu'un seul budget de province avant la tenue du référendum. André Boisclair et Pauline Marois s'en tiennent à la formulation contenue dans le programme péquiste adopté au congrès de juin: le plus rapidement dans le mandat. M. Boisclair a ajouté que le parti n'était pas prêt à tenir ce référendum, ce qui justifie un délai d'au plus deux ans. Hier, au cours d'une conférence de presse, Mme Marois a pris à contre-pied son adversaire: le PQ est fin prêt mais il manque encore l'ingrédient essentiel à un référendum gagnant, soit la constitution d'une vaste coalition.

On le voit: même si Louis Bernard qui cherche à se distinguer en s'adressant davantage aux membres du PQ qu'à la population en général, tous les candidats jouent dans les nuances. D'ici le 15 novembre, le temps risque d'être long.

À la décharge des candidats, il faut souligner que les candidats sont engoncés dans le carcan du programme du parti que les militants, après deux années de la Saison des idées, ont adopté il y a quelques mois. «Le corridor idéologique est très étroit», fait remarquer un député péquiste.

André Boisclair l'a bien compris. Il n'a pas l'intention de se casser la tête: les idées qu'il défendra lors de la course sont celles du programme. C'est en se présentant comme le candidat le plus apte à susciter la confiance de la population, à défendre l'idée de la souveraineté dans la sérénité et à rallier les souverainistes des autres formations politiques — Action démocratique du Québec, Union des forces progressistes et Option citoyenne — qu'il entend remporter la course. Il ne veut pas non plus soulever de controverses qui pourraient alimenter les libéraux et nuire au travail d'opposition des élus péquistes. Parmi les candidats, il est celui qui dispose de la meilleure organisation constituée en bonne partie des supporters de Bernard Landry.

Pauline Marois voudrait bien être la première femme élue première ministre du Québec. Elle joue aussi la carte de la compétence et de l'expérience, deux qualités essentielles pour «réussir l'indépendance», comme le dit son slogan. Sa campagne n'a jusqu'ici guère levé. Mme Marois est celle qui jouit de la plus grande notoriété parmi les candidats, mais pour cette raison même, elle pourrait avoir plus de mal à voir ses appuis progresser. Elle a reçu l'appui de cinq députés péquistes et de huit députés bloquistes ainsi que celui de l'ex-vice-présidente du PQ, Marie Malavoy.

Comme Richard Legendre est parti de zéro en quelque sorte, il n'a pas donc pu que marquer des points depuis le début de la course. Il bénéficie en outre du réseau mis en place par François Legault. Il a reçu l'appui de neuf députés péquistes, davantage que Mme Marois, et de cinq élus bloquistes. L'ex-ministre des Finances, Jean Campeau, lui a aussi accordé son appui. Depuis le début de la campagne, M. Legendre s'est évertué à se présenter comme celui qui va tout mettre en oeuvre rapidement pour tenir un référendum et le gagner.

Candidat surprise, Louis Bernard lui aussi part de zéro. Il a réussi à se hisser dans le peloton des candidats qui intéressent les médias électroniques. Son discours de l'«empressé» à réaliser la souveraineté vise avant tout à rallier les membres du PQ et non pas la population en général. En revanche, il insiste sur l'importance d'une transition harmonieuse et prévisible vers la souveraineté après un OUI au référendum, un argument essentiel pour gagner la population au projet d'indépendance, selon lui. Dans cette optique, il entend respecter les principes énoncés par la Cour suprême dans son renvoi sur la sécession du Québec et estime essentiel de négocier les modalités de l'accession à la souveraineté avec le Canada avant de faire une déclaration d'indépendance.

Le député d'Assomption, Jean-Claude St-André défend une démarche, élaborée notamment par le directeur de la revue L'Action nationale, Robert Laplante, qui a été défait au congrès national de juin dernier: les gestes de rupture avant le référendum et la déclaration unilatérale d'indépendance une fois le référendum remporté.

L'ancien député bloquiste, Ghislain Lebel, est certainement le plus imprévisible des candidats. Il est là pour susciter les débats, dit-il, notamment sur l'entente avec les Innus, négociée par Louis Bernard au nom du gouvernement péquiste, à laquelle il s'oppose. Il a accusé les élus péquistes de s'être embourgeoisés et de s'être complus dans la gestion provincialiste du Québec en mettant sous le boisseau l'option souverainiste, dont ils ont peur.

Enfin, le candidat du club des Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ libre), l'aile gauche du PQ, Pierre Dubuc, en annonçant cette semaine sa candidature, a tiré à boulets rouges sur André Boisclair. C'est un «jeune vieux» qui compromet le virage progressiste du PQ et qu'il a comparé à Mario Dumont.

C'est le genre de propos qui a déplu à la chef de l'opposition officielle, Louise Harel, qui a mis en garde les candidats contre les attaques personnelles. Au PQ, on doit savoir débattre sans combattre, a-t-elle dit.
Pauline Marois André Boisclair
 






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