La valse des neurones
Mario Dumont n'est pas encore premier ministre, mais la soudaine irruption de l'ADQ dans le paysage politique québécois a déjà commencé à modifier de façon significative nos habitudes préélectorales.
Par le passé, la dernière année d'un gouvernement donnait immanquablement lieu à un petit jeu de cache-cache un peu enfantin, auquel tout le monde se prêtait cependant, au sujet de la date des élections. Cette fois-ci, la situation dramatique dans laquelle se retrouve son parti prive le premier ministre Landry de toute marge de manoeuvre. Il l'a reconnu clairement en fixant un horizon électoral de 300 jours: pour le PQ, ça passe ou ça casse au printemps 2003.
Pour la première fois, les Québécois auront un aperçu du genre de débat que permettrait la tenue d'élections à date fixe, comme le prévoit la vaste réforme de nos institutions démocratiques que propose le ministre Jean-Pierre Charbonneau. Tout le monde sachant à quoi s'en tenir à ce sujet, les cachotteries deviennent inutiles. Dans ces conditions, aussi bien mettre cartes sur table et donner à la population tout le loisir d'apprécier les propositions de chacun à leur mérite.
Le résultat est que péquistes et libéraux sont pris, ces jours-ci, d'une frénésie créatrice inhabituelle qui les fait tourbillonner dans une sorte de valse des neurones. C'est à qui accouchera de son programme le plus tôt.
***
Au PQ, la règle a toujours été d'attendre l'émission des brefs pour convoquer un conseil national spécial devant servir de lancement à la plate-forme électorale. Il existe bien sûr un programme officiel, mis à jour à l'occasion de congrès tenus à intervalles de plus en plus irréguliers, mais il ne s'agit que d'une lointaine référence, que sa lourdeur rend presque inutile.
En fin de semaine dernière, à Gatineau, M. Landry a rompu avec cette tradition en dévoilant près d'un an à l'avance les grandes orientations d'un gouvernement péquiste au cours d'un éventuel troisième mandat, notamment l'atteinte du plein emploi d'ici 2005, soit un taux de chômage d'environ 5 %.
Les stratèges péquistes sont convaincus que le programme de l'ADQ est son talon d'Achille. Il ne faut surtout pas laisser l'ADQ transformer les prochaines élections en concours de popularité entre les chefs. À ce jeu, Mario Dumont est imbattable. Il faudrait plutôt en faire un débat de fond, mais c'est infiniment plus difficile à dire qu'à faire. Au cours d'une campagne de 30 jours, il ne faut même pas y songer. Pour que les programmes deviennent réellement l'enjeu, le débat doit commencer dès maintenant.
C'est d'ailleurs un des arguments qu'ont fait valoir au premier ministre les membres de son cabinet qui s'opposaient à tout engagement ferme sur la tenue d'un référendum sur la souveraineté: il ne fallait à aucun prix que ça devienne le thème dominant de la campagne.
***
Le choc des élections partielles du 17 juin dernier, notamment dans Vimont, a été encore plus violent pour les libéraux. Même la victoire-surprise de l'ADQ dans Saguenay, quatre mois plus tôt, n'avait pas semblé convaincre Jean Charest, dont le penchant naturel est d'en faire le moins possible, de l'urgence de présenter ses orientations.
Depuis un an et demi, la commission politique du PLQ avait entrepris de colliger les engagements que prendrait M. Charest, mais rien ne pressait. De toute manière, après deux mandats péquistes, le pouvoir allait lui tomber dessus comme un fruit mûr. Les libéraux avaient eux aussi l'habitude de présenter un document d'orientation à la veille des élections. Une fois la campagne commencée, il suffit de les égrener en leur attachant une enveloppe budgétaire.
Cette méthode a l'avantage d'éviter un examen trop détaillé de ce qu'on promet. La contrepartie, c'est qu'elle ne laisse pas suffisamment de temps pour rectifier le tir si les choses tournent mal. C'est ce qui s'est produit en 1998, lorsque le document présenté au conseil général tenu à Saint-Jean-sur-Richelieu avait été interprété, à tort ou à raison, comme un virage à droite inspiré de la «révolution du bon sens» de Mike Harris. M. Charest avait eu beau se débattre comme un diable dans l'eau bénite, le mal était fait.
Le désastre des partielles a déclenché les sirènes d'alarme. Au cours de l'été, M. Charest s'est adjoint les services d'un ancien conseiller de Gérard D. Levesque, Pierre Saulnier, qui dirigeait le service des communications de la compagnie d'assurances Clarica jusqu'à sa récente fusion avec la Sun Life, et lui a confié le mandat de superviser la rédaction d'un document d'une quarantaine de pages, détaillé et surtout chiffré, qui sera dévoilé ce matin même à Québec. Ce sera la «carte de visite» d'un futur gouvernement Charest, dit-on. Le conseil général prévu pour la fin septembre a été considérablement élargi et prendra maintenant la forme d'un minicongrès d'orientation, à l'instar de celui que le PQ a annoncé pour mars 2003.
***
À l'ADQ, on ne voit aucune raison de changer le plan de match. Le congrès du début octobre sera consacré pour l'essentiel au thème de la santé. Quant aux engagements d'un gouvernement Dumont, ils ne seront dévoilés qu'au moment du déclenchement des élections.
Il est vrai que l'ADQ a déjà beaucoup contribué à nourrir le débat. Constitution mise à part, il y a très longtemps que le Québec n'a pas été aux prises avec une remise en question aussi radicale que celle proposée par Mario Dumont.
Maintenant qu'il est assis sur le siège du conducteur, ne comptez surtout pas sur lui pour donner d'autres munitions à ses adversaires en présentant quoi que ce soit qui ressemblerait à un budget de l'an 1 de l'ère adéquiste. On peut très bien être à la fois un jeune chef et un vieux singe.
mdavid@ledevoir.com
Par le passé, la dernière année d'un gouvernement donnait immanquablement lieu à un petit jeu de cache-cache un peu enfantin, auquel tout le monde se prêtait cependant, au sujet de la date des élections. Cette fois-ci, la situation dramatique dans laquelle se retrouve son parti prive le premier ministre Landry de toute marge de manoeuvre. Il l'a reconnu clairement en fixant un horizon électoral de 300 jours: pour le PQ, ça passe ou ça casse au printemps 2003.
Pour la première fois, les Québécois auront un aperçu du genre de débat que permettrait la tenue d'élections à date fixe, comme le prévoit la vaste réforme de nos institutions démocratiques que propose le ministre Jean-Pierre Charbonneau. Tout le monde sachant à quoi s'en tenir à ce sujet, les cachotteries deviennent inutiles. Dans ces conditions, aussi bien mettre cartes sur table et donner à la population tout le loisir d'apprécier les propositions de chacun à leur mérite.
Le résultat est que péquistes et libéraux sont pris, ces jours-ci, d'une frénésie créatrice inhabituelle qui les fait tourbillonner dans une sorte de valse des neurones. C'est à qui accouchera de son programme le plus tôt.
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Au PQ, la règle a toujours été d'attendre l'émission des brefs pour convoquer un conseil national spécial devant servir de lancement à la plate-forme électorale. Il existe bien sûr un programme officiel, mis à jour à l'occasion de congrès tenus à intervalles de plus en plus irréguliers, mais il ne s'agit que d'une lointaine référence, que sa lourdeur rend presque inutile.
En fin de semaine dernière, à Gatineau, M. Landry a rompu avec cette tradition en dévoilant près d'un an à l'avance les grandes orientations d'un gouvernement péquiste au cours d'un éventuel troisième mandat, notamment l'atteinte du plein emploi d'ici 2005, soit un taux de chômage d'environ 5 %.
Les stratèges péquistes sont convaincus que le programme de l'ADQ est son talon d'Achille. Il ne faut surtout pas laisser l'ADQ transformer les prochaines élections en concours de popularité entre les chefs. À ce jeu, Mario Dumont est imbattable. Il faudrait plutôt en faire un débat de fond, mais c'est infiniment plus difficile à dire qu'à faire. Au cours d'une campagne de 30 jours, il ne faut même pas y songer. Pour que les programmes deviennent réellement l'enjeu, le débat doit commencer dès maintenant.
C'est d'ailleurs un des arguments qu'ont fait valoir au premier ministre les membres de son cabinet qui s'opposaient à tout engagement ferme sur la tenue d'un référendum sur la souveraineté: il ne fallait à aucun prix que ça devienne le thème dominant de la campagne.
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Le choc des élections partielles du 17 juin dernier, notamment dans Vimont, a été encore plus violent pour les libéraux. Même la victoire-surprise de l'ADQ dans Saguenay, quatre mois plus tôt, n'avait pas semblé convaincre Jean Charest, dont le penchant naturel est d'en faire le moins possible, de l'urgence de présenter ses orientations.
Depuis un an et demi, la commission politique du PLQ avait entrepris de colliger les engagements que prendrait M. Charest, mais rien ne pressait. De toute manière, après deux mandats péquistes, le pouvoir allait lui tomber dessus comme un fruit mûr. Les libéraux avaient eux aussi l'habitude de présenter un document d'orientation à la veille des élections. Une fois la campagne commencée, il suffit de les égrener en leur attachant une enveloppe budgétaire.
Cette méthode a l'avantage d'éviter un examen trop détaillé de ce qu'on promet. La contrepartie, c'est qu'elle ne laisse pas suffisamment de temps pour rectifier le tir si les choses tournent mal. C'est ce qui s'est produit en 1998, lorsque le document présenté au conseil général tenu à Saint-Jean-sur-Richelieu avait été interprété, à tort ou à raison, comme un virage à droite inspiré de la «révolution du bon sens» de Mike Harris. M. Charest avait eu beau se débattre comme un diable dans l'eau bénite, le mal était fait.
Le désastre des partielles a déclenché les sirènes d'alarme. Au cours de l'été, M. Charest s'est adjoint les services d'un ancien conseiller de Gérard D. Levesque, Pierre Saulnier, qui dirigeait le service des communications de la compagnie d'assurances Clarica jusqu'à sa récente fusion avec la Sun Life, et lui a confié le mandat de superviser la rédaction d'un document d'une quarantaine de pages, détaillé et surtout chiffré, qui sera dévoilé ce matin même à Québec. Ce sera la «carte de visite» d'un futur gouvernement Charest, dit-on. Le conseil général prévu pour la fin septembre a été considérablement élargi et prendra maintenant la forme d'un minicongrès d'orientation, à l'instar de celui que le PQ a annoncé pour mars 2003.
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À l'ADQ, on ne voit aucune raison de changer le plan de match. Le congrès du début octobre sera consacré pour l'essentiel au thème de la santé. Quant aux engagements d'un gouvernement Dumont, ils ne seront dévoilés qu'au moment du déclenchement des élections.
Il est vrai que l'ADQ a déjà beaucoup contribué à nourrir le débat. Constitution mise à part, il y a très longtemps que le Québec n'a pas été aux prises avec une remise en question aussi radicale que celle proposée par Mario Dumont.
Maintenant qu'il est assis sur le siège du conducteur, ne comptez surtout pas sur lui pour donner d'autres munitions à ses adversaires en présentant quoi que ce soit qui ressemblerait à un budget de l'an 1 de l'ère adéquiste. On peut très bien être à la fois un jeune chef et un vieux singe.
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