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«Le Canada doit parler d'une seule voix»

Pettigrew relègue aux oubliettes la doctrine Gérin-Lajoie

Robert Dutrisac   2 septembre 2005  Québec
Québec — Le ministre des Affaires étrangères du Canada, Pierre Pettigrew, relègue aux oubliettes la doctrine Gérin-Lajoie, la pierre d'assise des relations internationales du Québec depuis 40 ans, qu'il juge dépassée. En cette ère de mondialisation, il importe plus que jamais que le Canada parle d'une seule voix sur la scène internationale.

«Nous sommes dans une ère de mondialisation. Cette doctrine date de l'ère de l'internationalisation», a affirmé M. Pettigrew au cours d'un point de presse qui a suivi son allocution devant les membres de la Chambre de commerce de Québec.

«On va essayer de trouver une façon de travailler avec le gouvernement du Québec de 2005 vers 2010 et 2020 plutôt que de prendre une doctrine qui a été passée [sic] par un homme pour qui j'ai la plus grande estime [Paul Gérin-Lajoie] mais qui date d'une autre époque», a dit M. Pettigrew.

Cette remise en question de la doctrine Gérin-Lajoie par un ministre des Affaires étrangères du Canada — la première qui soit aussi clairement exprimée de mémoire d'homme — survient au moment où Ottawa vient d'accepter de tenir une rencontre avec Québec pour discuter du rôle accru de la province sur certaines tribunes internationales, comme l'UNESCO. Comme le premier ministre Paul Martin s'y était engagé au printemps, M. Pettigrew et la ministre des Affaires intergouvernementales Lucienne Robillard rencontreront en octobre leurs vis-à-vis québécois, soit la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, et le ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, chargé de ces négociations.

Le premier ministre Jean Charest ambitionne d'élargir le rayonnement du Québec à l'étranger en s'appuyant sur la doctrine Gérin-Lajoie. «Ce qui est de compétence québécoise chez nous est de compétence québécoise partout», avait-il déclaré dans cette optique l'an dernier. La doctrine Gérin-Lajoie veut que les compétences du Québec se prolongent sur la scène internationale. Le Québec peut ainsi signer des ententes internationales visant ses compétences de façon autonome, sans se soucier de l'imprimatur d'Ottawa. Le Canada n'a pas l'exclusivité des relations internationales, a déjà affirmé M. Charest, une conception reprise par le ministre Pelletier.

Mais hier, Pierre Pettigrew a clairement contredit cette vision des choses. Dans son allocution devant les membres de la Chambre de commerce de Québec, le ministre a abordé la question du «rôle international des provinces». Si une province veut intervenir sur la scène internationale, elle doit le «faire de manière coordonnée et avoir l'appui du gouvernement canadien. Mon ministère, Affaires étrangères Canada, aura donc un mandat de pilier, de pivot central, pour la coordination de l'action et de la planification gouvernementales canadiennes dans les affaires internationales».

«Il est important et même essentiel que le Canada parle d'une seule voix sur la scène internationale», a poursuivi M. Pettigrew. Les provinces et territoires «jouent un rôle important au sein des délégations canadiennes» dans les organisations internationales qui traitent de santé publique, de culture, des droits de la personne, du travail et de l'environnement, a-t-il mentionné.

Pour M. Pettigrew, le Québec possède certaines «expertises» qui pourraient l'amener à s'exprimer sur des tribunes internationales comme l'UNESCO en collaboration avec le Canada. «Il est intéressant que se développe entre le gouvernement du Canada et le gouvernement du Québec une façon de collaborer où le Québec pourra renforcer la voix canadienne», a-t-il dit.

Le ministre a bon espoir de s'entendre avec Québec. «Soyons clairs: le gouvernement Charest ne veut pas faire la promotion de l'indépendance et veut faire progresser le Québec dans le Canada.» Ce gouvernement n'utilisera pas les tribunes internationales «pour faire des points de politique constitutionnelle ou pour miner la crédibilité du Canada au plan international, comme ç'a été le cas dans le passé», croit M. Pettigrew. Il s'agit donc «d'une occasion historique de renforcer la voix canadienne dans le monde», estime-t-il.

La voix du Québec à l'étranger devra donc se fondre dans celle du Canada. «Les Québécois sont très bien servis par une voix canadienne forte au plan international», a fait valoir M. Pettigrew. Une grande majorité de Québécois sont d'accord avec la politique étrangère du Canada, que ce soit sur la guerre en Irak ou sur le bouclier antimissile, a-t-il souligné, De plus, il est lui-même québécois et ministre des Affaires étrangères, a-t-il rappelé. «Moi, quand je parle, je suis parfaitement conscient de parler également au nom des Québécois.»

Singulièrement, l'argument de la mondialisation est invoqué tant par M. Pettigrew pour justifier que le Canada parle d'une seul voix à l'étranger que par M. Pelletier, qui souhaite que le Québec puisse s'exprimer sur les tribunes internationales. L'internationalisation des années 60 et la mondialisation des années 2000, ce sont des phénomènes très différents, a expliqué M. Pettigrew. Auparavant, ce sont les États qui entretenaient des rapports «inter-nationaux». Or les choses sont beaucoup plus complexes avec la mondialisation: les acteurs ne sont plus seulement des États souverains. «Il y a beaucoup de non-États qui interviennent de toutes sortes de manières», a avancé le ministre fédéral. C'est justement un des arguments avancés par Benoît Pelletier pour défendre la position du Québec.
 
 
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  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    vendredi 2 septembre 2005 08h47
    Une seule voix, mais une fausse note!
    La position exprimée par le ministre des Affaires étrangères, Pierre Petigrew, ne peut que laisser songeur. On pourrait rappeler ce qui se fait ailleurs et que la mondialisation, invoquée ici par le ministre, ne remet pas en question.

    Voici ce que dit la «Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999 (État le 29 mars 2005)»« Art. 55 Participation des cantons aux décisions de politique extérieure1 Les cantons sont associés à la préparation des décisions de politique extérieure affectant leurs compétences ou leurs intérêts essentiels.2 La Confédération informe les cantons en temps utile et de manière détaillée et elle les consulte.3 L'avis des cantons revêt un poids particulier lorsque leurs compétences sont affectées. Dans ces cas, les cantons sont associés de manière appropriée aux négociations internationales.

    Art. 56 Relations des cantons avec l'étranger
    1 Les cantons peuvent conclure des traités avec l'étranger dans les domaines relevant de leur compétence.

    2 Ces traités ne doivent être contraires ni au droit et aux intérêts de la Confédération, ni au droit d'autres cantons. Avant de conclure un traité, les cantons doivent informer la Confédération.

    3 Les cantons peuvent traiter directement avec les autorités étrangères de rang inférieur; dans les autres cas, les relations des cantons avec l'étranger ont lieu par l'intermédiaire de la Confédération.»

    Cette position (datée de 2005) est parfaitement compatible avec la position du Québec énoncée par R. Dutrisac : «Le Québec peut ainsi signer des ententes internationales visant ses compétences de façon autonome, sans se soucier de l'imprimatur d'Ottawa. Le Canada n'a pas l'exclusivité des relations internationales, a déjà affirmé M. Charest, une conception reprise par le ministre Pelletier.» (Le Devoir, 2 septembre 2005)
    Un autre exemple, celui de la Catalogne, en Espagne. Il faudrait citer ici tout l'article de Caterina García, «L'aventure internationale de la Catalogne », paru dans Le Devoir du 9 mars 2005, pour suivre l'évolution de la position internationale de la Catalogne. Retenons cette phrase: «La normalisation des activités internationales de la Catalogne fait référence au fait que celle-ci a réussi à changer la perception du gouvernement central selon laquelle toutes les activités extérieures des États autonomes étaient une menace pour l'unité et la cohérence de la politique étrangère de l'Espagne.»
    En Belgique, la dernière révision constitutionnelle a mis fin aux débats sur le partage des compétences et permis aux Communautés et aux Régions de devenir de véritables acteurs internationaux, ce qui inclut le pouvoir de signer des traités avec des États souverains. «La structure fédérale de l'État du Royaume de Belgique et l'attribution de compétences internationales dont le "ius tractati" aux Communautés et aux Régions ont des conséquences importantes pour la conclusion des traités. En fonction de la répartition des compétences entre l'autorité fédérale et les entités fédérées, l'on distingue les traités exclusivement fédéraux, exclusivement communautaires et régionaux et les traités mixtes.» (Belgique, Affaires étrangères)
    « ...une chose est aujourd'hui particulièrement évidente : les États fédéraux n'ont plus le monopole de la politique étrangère. Les États fédérés sont de plus en plus actifs sur la scène internationale et leurs actions sont généralement utiles et légitimes... » (Stéphane Paquin, Maître de conférences en relations internationales, «L'exemple belge et espagnol», Tribune libre) «Les transformations internationales depuis 1945 ont contraint de nombreux pays (Belgique, Allemagne, Espagne, Suisse, États-Unis... ) à partager une partie des responsabilités avec les entités fédérées en matière de politique étrangère.» (Stéphane Paquin, «Les provinces et les relations internationales», Le Devoir, 24 février 2004).

    Inutile d'insister davantage. La position défendue par Pierre Petitgrew va à l'encontre des tendances actuelles en matière de relations internationales dans les États de type fédéral. Sans compter que cette nouvelle attitude va causer des réactions négatives inutiles, mais justifiées, dans une province comme le Québec. La politique que le gouvernement fédéral devrait suivre en matière de relations internationales a besoin d'ouverture et non de fermeture. Et le fédéral pourrait utilement s'inspirer de ce qui se fait ailleurs et fonctionne bien. Pourquoi n'en irait-il pas de même chez nous?

  • Marie-France Legault
    Inscrit
    mardi 13 septembre 2005 09h43
    Le Québec est une province...
    La Confédération est formée de 10 PROVINCES et non de 10 états. Donc monsieur Pettigrew est justifié de parler d'une "seule voix". Le Québec n'étant pas un ÉTAT. D'ailleurs le Canada n'est pas un assemblage de 10 ÉTATS, mais de 10 provinces. Les USA sont un assemblage de 50 ÉTATS ayant chacun leurs particularités ex: peine de mort appliquée dans certains états mais pas dans tous les états. Mais Monsieur Pettigrew "peut consulter" le Québec et joindre NOTRE VOIX aux 10 partenaires de la Confédération.
    Province ne veut pas dire ÉTAT...
    à moins de faire Sécession le Québec fait toujours partie du Canada.

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