Le pari de Charest n'est pas gagné
Le financement accru de l'éducation post-secondaire n'est pas la priorité de toutes les provinces
Banff — Y aura-t-il un front commun des provinces pour réclamer d'Ottawa un financement accru en matière d'éducation post-secondaire? C'est l'objectif que s'est fixé le premier ministre Jean Charest pour la réunion du Conseil de la fédération, mais il sera difficile à atteindre.
Car chacun des 10 premiers ministres provinciaux s'est pointé à Banff avec ses propres priorités, qui vont parfois dans d'autres directions. En point de presse, M. Charest a affirmé hier matin que la majorité des premiers ministres «souscrit à cette volonté, mais pas la totalité».
Certains premiers ministres aimeraient faire avancer d'autres dossiers en priorité. Par exemple, même si Québec le considère comme un allié dans le dossier de l'éducation, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Bernard Lord, souhaite un consensus des provinces en faveur de l'énergie nucléaire, ce qui va à l'encontre des orientations et priorités du Québec. Le premier ministre albertain, Ralph Klein, veut surtout parler de développement économique, de compétitivité et de renforcement du Conseil de la fédération.
Les premiers ministres du Manitoba, Gary Doer, et de la Colombie-Britannique, Gordon Campbell, veulent bien parler de financement de l'éducation, mais dans une perspective beaucoup plus large, qui inclurait toute la question de la formation et du perfectionnement des travailleurs, en vue d'accroître la position concurrentielle du Canada dans le monde. «Franchement, si on fait une conférence fédérale-provinciale uniquement pour parler d'argent, on n'accomplira rien», a tranché M. Campbell, en point de presse, à propos de la proposition du Québec. «Nous devons définir quel est l'ordre du jour du pays. Comment faire pour faire avancer le Canada. Nous avons besoin d'une économie fondée sur une main-d'oeuvre qualifiée. Nous avons besoin d'une initiative nationale pour accroître les qualifications des travailleurs. Nous devons être plus compétitifs», a-t-il dit.
Une conférence fédérale-provinciale
Le Québec souhaite en priorité que les premiers ministres s'entendent pour réclamer d'Ottawa une conférence fédérale-provinciale sur le financement de l'éducation post-secondaire. «Rappelons-nous que Paul Martin avait pris un engagement formel de faire une conférence annuelle, présidée par lui, avec agenda ou un ordre du jour conjoint», rappelle M. Charest, en appui à sa proposition. À ses yeux, il n'y a aucune raison pour que le premier ministre fédéral refuse.
En 2004, le premier ministre du Québec avait réussi à rallier ses homologues sur la question du financement de la santé. Une conférence fédérale-provinciale avait suivi, en septembre, et Québec avait réussi à signer une entente asymétrique avec Ottawa et à accroître sensiblement le financement fédéral en santé. Il tente cette année de répéter l'opération avec le financement de l'éducation post-secondaire.
Le rodéo des premiers ministres
Par ailleurs, ce fut une journée plutôt festive hier. C'est sur un train historique, le Royal Canadian Pacific, qu'ils se sont rendus de Calgary à Banff. Façon de souligner le centenaire de l'Alberta, mais aussi de rendre hommage aux chemins de fer à l'importance mythique pour le «dominion». D'ailleurs, sur le train qui sillonnait les Rocheuses, le CP a remis à tous les passagers un livre souvenir intitulé La Voie de l'unité. Plusieurs centaines d'Albertains se tenaient en bordure de la voie ferrée, sous la pluie, drapeau canadien en main, pour saluer le passage du train historique à locomotive H1b Hudson à vapeur, faisant d'authentiques tchou-tchou et tirant des wagons pleins de passagers notoires.
À mi-chemin, aux environs de Kananaskis, ils se sont arrêtés pour assister à un spectacle de rodéo. «Ça me fait penser à mon rapport avec les médias», a lancé à la blague le premier ministre Jean Charest, interrogé par un animateur.
L'activité «sociale» devait constituer une pause touristique dans cette journée préparatoire aux discussions des 10 premiers ministres provinciaux et des représentants des territoires. Mais à cause du froid (il faisait 10 degrés tout au plus), des averses incessantes et du sol boueux, la compétition et le spectacle typique western se sont rapidement transformés en pensum pour la délégation de quelque 200 personnes présentes et pratiquement livrées aux éléments sous des tentes largement ouvertes. «J'ai eu très froid», a d'ailleurs dit le premier ministre, qui portait jeans, chemise et veste, mais était toutefois chaussé de bottes de cow-boy.
Ralph Klein, superstar
Les hôtes albertains ont pourtant tout fait pour rendre le moment agréable et faire oublier les pieds mouillés. D'abord, les premiers ministres aux sourires figés ont défilé devant la foule transie dans de grandes voitures antiques tirées par des chevaux et accompagnés par les «hee ha» de l'animateur, selon qui «les premiers ministres des provinces sont la force du Canada». Le coloré premier ministre Ralph Klein est même allé jusqu'à jouer le premier rôle dans une comédie western. Chevauchant un étalon blanc, il est apparu déguisé en justicier masqué chargé de libérer une jolie cow-girl blonde prise en otage par de faux hors-la-loi. Après trois ou quatre coups de feu à blanc du premier ministre masqué, les truands gisaient sur le sol. Nul n'a pu dire si la scène, surréaliste à souhait, constituait quelque métaphore des relations fédérales-provinciales à venir.
Le Conseil de la fédération se termine demain.
Car chacun des 10 premiers ministres provinciaux s'est pointé à Banff avec ses propres priorités, qui vont parfois dans d'autres directions. En point de presse, M. Charest a affirmé hier matin que la majorité des premiers ministres «souscrit à cette volonté, mais pas la totalité».
Certains premiers ministres aimeraient faire avancer d'autres dossiers en priorité. Par exemple, même si Québec le considère comme un allié dans le dossier de l'éducation, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Bernard Lord, souhaite un consensus des provinces en faveur de l'énergie nucléaire, ce qui va à l'encontre des orientations et priorités du Québec. Le premier ministre albertain, Ralph Klein, veut surtout parler de développement économique, de compétitivité et de renforcement du Conseil de la fédération.
Les premiers ministres du Manitoba, Gary Doer, et de la Colombie-Britannique, Gordon Campbell, veulent bien parler de financement de l'éducation, mais dans une perspective beaucoup plus large, qui inclurait toute la question de la formation et du perfectionnement des travailleurs, en vue d'accroître la position concurrentielle du Canada dans le monde. «Franchement, si on fait une conférence fédérale-provinciale uniquement pour parler d'argent, on n'accomplira rien», a tranché M. Campbell, en point de presse, à propos de la proposition du Québec. «Nous devons définir quel est l'ordre du jour du pays. Comment faire pour faire avancer le Canada. Nous avons besoin d'une économie fondée sur une main-d'oeuvre qualifiée. Nous avons besoin d'une initiative nationale pour accroître les qualifications des travailleurs. Nous devons être plus compétitifs», a-t-il dit.
Une conférence fédérale-provinciale
Le Québec souhaite en priorité que les premiers ministres s'entendent pour réclamer d'Ottawa une conférence fédérale-provinciale sur le financement de l'éducation post-secondaire. «Rappelons-nous que Paul Martin avait pris un engagement formel de faire une conférence annuelle, présidée par lui, avec agenda ou un ordre du jour conjoint», rappelle M. Charest, en appui à sa proposition. À ses yeux, il n'y a aucune raison pour que le premier ministre fédéral refuse.
En 2004, le premier ministre du Québec avait réussi à rallier ses homologues sur la question du financement de la santé. Une conférence fédérale-provinciale avait suivi, en septembre, et Québec avait réussi à signer une entente asymétrique avec Ottawa et à accroître sensiblement le financement fédéral en santé. Il tente cette année de répéter l'opération avec le financement de l'éducation post-secondaire.
Le rodéo des premiers ministres
Par ailleurs, ce fut une journée plutôt festive hier. C'est sur un train historique, le Royal Canadian Pacific, qu'ils se sont rendus de Calgary à Banff. Façon de souligner le centenaire de l'Alberta, mais aussi de rendre hommage aux chemins de fer à l'importance mythique pour le «dominion». D'ailleurs, sur le train qui sillonnait les Rocheuses, le CP a remis à tous les passagers un livre souvenir intitulé La Voie de l'unité. Plusieurs centaines d'Albertains se tenaient en bordure de la voie ferrée, sous la pluie, drapeau canadien en main, pour saluer le passage du train historique à locomotive H1b Hudson à vapeur, faisant d'authentiques tchou-tchou et tirant des wagons pleins de passagers notoires.
À mi-chemin, aux environs de Kananaskis, ils se sont arrêtés pour assister à un spectacle de rodéo. «Ça me fait penser à mon rapport avec les médias», a lancé à la blague le premier ministre Jean Charest, interrogé par un animateur.
L'activité «sociale» devait constituer une pause touristique dans cette journée préparatoire aux discussions des 10 premiers ministres provinciaux et des représentants des territoires. Mais à cause du froid (il faisait 10 degrés tout au plus), des averses incessantes et du sol boueux, la compétition et le spectacle typique western se sont rapidement transformés en pensum pour la délégation de quelque 200 personnes présentes et pratiquement livrées aux éléments sous des tentes largement ouvertes. «J'ai eu très froid», a d'ailleurs dit le premier ministre, qui portait jeans, chemise et veste, mais était toutefois chaussé de bottes de cow-boy.
Ralph Klein, superstar
Les hôtes albertains ont pourtant tout fait pour rendre le moment agréable et faire oublier les pieds mouillés. D'abord, les premiers ministres aux sourires figés ont défilé devant la foule transie dans de grandes voitures antiques tirées par des chevaux et accompagnés par les «hee ha» de l'animateur, selon qui «les premiers ministres des provinces sont la force du Canada». Le coloré premier ministre Ralph Klein est même allé jusqu'à jouer le premier rôle dans une comédie western. Chevauchant un étalon blanc, il est apparu déguisé en justicier masqué chargé de libérer une jolie cow-girl blonde prise en otage par de faux hors-la-loi. Après trois ou quatre coups de feu à blanc du premier ministre masqué, les truands gisaient sur le sol. Nul n'a pu dire si la scène, surréaliste à souhait, constituait quelque métaphore des relations fédérales-provinciales à venir.
Le Conseil de la fédération se termine demain.
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