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Île René-Levasseur: les Innus veulent imposer leurs conditions

4 août 2005  Québec
Québec — La compagnie forestière Kruger devra se plier aux conditions fixées par les Innus si elle veut récolter le bois brûlé sur l'île René-Levasseur, sur la Côte-Nord, a indiqué hier le chef Raphaël Picard, du conseil de bande de Pessamit (Betsiamites).

Du bout des lèvres, les Innus ont donné leur accord pour une rencontre tripartite, en présence des représentants du gouvernement du Québec et de la direction de la papetière, aujourd'hui, à Québec, en vue de discuter des modalités de la récolte du bois. Mardi, les Innus avaient refusé que Kruger participe à une première rencontre avec le gouvernement dans ce dossier.

En fait, les Innus n'ont pas d'objection de principe à ce que Kruger débarque sur l'île pour récupérer le bois des forêts dévastées par les incendies de juin dernier. Mais si on se fie aux propos tenus hier par le chef Picard, aucun chèque en blanc ne sera donné à la papetière.

À ses yeux, Kruger n'est pas un interlocuteur à la table de négociations. M. Picard, qui représente quelque 4000 autochtones, entend bien négocier «de gouvernement à gouvernement» avec Québec, tandis que Kruger est ramené au rang de simple «bénéficiaire» de la ressource, a-t-il expliqué, lors d'une conférence de presse.

Partisan de la cogestion des forêts, M. Picard dit être désormais «un acteur indispensable» à la gestion forestière dans son ensemble, et s'engage à minimiser l'impact environnemental de la présence sur l'île de la compagnie. «Les Innus ne sont pas contre le développement. Mais il faut maintenant non seulement axer sur le bénéfice des actionnaires. Il faut axer notre méthode sur le développement durable», a-t-il fait valoir.

Il a dit craindre les «méthodes sauvages» utilisées par Kruger, selon lui, et prévient que les Innus demanderont à ses porte-parole, aujourd'hui, «d'expliquer comment elle va se comporter sur le terrain»

Mais le ministre des Ressources naturelles, Pierre Corbeil, ne partage pas les vues des Innus. «On veut enlever de la pression sur la forêt saine qui est adjacente. C'est le gros bon sens» à tous points de vue, a-t-il dit, lors d'un point de presse, à l'issue d'une réunion du conseil des ministres.

Les Innus en veulent au ministère des Ressources naturelles de s'être entendu avec Kruger pour récolter le bois de l'île René-Levasseur sans les avoir consultés au préalable. Or, a fait valoir M. Picard, la décision de la juge Danielle Grenier, de la Cour supérieure, le 17 juin, stipule «l'obligation constitutionnelle de consulter» et la suspension des coupes forestières sur l'île. «Au premier pas, on fait une fausse-couche», déplore-t-il.

Depuis, le gouvernement et les Innus ont entrepris une escalade de recours judiciaires. Demain, les parties doivent se présenter devant le juge Pierre Dalphond, de la Cour d'appel, pour rendre compte de l'état de leurs discussions. La semaine dernière, le juge avait imposé aux parties de négocier en vue de trouver un terrain d'entente. Si aucun accord ne survient, il rendra une décision le 10 août.

Appui du public

Les Innus et Greenpeace avaient convoqué les médias en vue de rendre public un sondage mené auprès d'un millier de répondants et portant sur leur perception de la gestion forestière.

Le sondage Léger Marketing, effectué entre le 6 et le 10 juillet, ne comporte que quatre questions. Au total, 65 % des répondants se disent «tout à fait d'accord» ou «plutôt d'accord» avec le jugement Grenier, 70 % se disent favorables à la cogestion de la ressource forestière, et 34 % blâment Kruger si elle perd des emplois en étant empêchée de récolter le bois de l'île René-Levasseur.

En direct du Groenland par téléphone, le porte-parole de Greenpeace, Steven Guilbault, a retenu de ce sondage que Kruger avait fait une campagne de peur, en brandissant la menace de la perte de 150 emplois, et que cette campagne avait échoué. «Quand c'est pas les écolos, c'est les Indiens. C'est toujours la faute des autres, c'est jamais leur faute. Ces gens-là ont un exercice de conscience à faire», selon lui.

Pour être jugé utilisable par l'industrie, le bois brûlé doit être récupéré sans tarder, dans les mois qui viennent, d'où l'urgence de trouver un terrain d'entente.

Le 6 juillet, parce qu'il voyait l'urgence d'agir, le juge André Rochon, de la Cour d'appel du Québec, avait autorisé la compagnie Kruger à récolter d'ici novembre 190 000 mètres cubes de bois, mais depuis les Innus tentent d'obtenir un sursis d'application de cette décision.
 
 
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