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La course à la chefferie est engagée - PQ : que le meilleur gagne!

Le mode de scrutin retenu pourrait réserver des surprises

Robert Dutrisac   25 juin 2005  Québec
Photo : Agence France-Presse
Québec — Les principaux candidats dans la course à la direction du Parti québécois ont déjà des agendas bien remplis pour tout l'été. Ils ont même commencé à se croiser fortuitement sur le terrain. En fin de journée jeudi, Pauline Marois et Richard Legendre ont participé à la même activité de recrutement du PQ devant la statue de René Lévesque sur la colline parlementaire sans savoir qu'ils y seraient ensemble.

Autre signe que la course à la succession de Bernard Landry est bel et bien amorcée: jeudi, Richard Legendre a diffusé sur le fil de presse les activités qu'il avait inscrites à son agenda pour les 23 et 24 juin, un peu comme le font les premiers ministres ou encore les chefs de parti en campagne électorale. Pauline Marois fera de même sous peu, dit-on dans son organisation, et on peut croire qu'André Boisclair s'y mettra lui aussi. Les trois candidats feront une tournée du Québec cet été. En parcourant leur emploi du temps, on pourra connaître tout ce que le Québec compte de festivals d'été et d'épluchettes de blé d'Inde.

C'est dans les nuances qu'il faut trouver des différences dans les idées des trois candidats issus de la députation. Tous les trois doivent composer avec le carcan du nouveau programme de pays conçu sous la gouverne de Bernard Landry. En officialisant leur candidature, ils ont tous affirmé qu'ils se conformeraient à ce programme, à commencer par «tenir un référendum le plus rapidement possible dans le mandat». Ils n'ont pas non plus dérogé à la vision nettement social-démocrate qui se dégage du document.

Pour employer une image de la Formule 1, Richard Legendre est le mulet dans cette course à laquelle s'était préparé François Legault — la première voiture de l'écurie — depuis deux ans. Doté d'une partie de l'équipe réunie par M. Legault, Richard Legendre reprend les mêmes idées que celles de ce dernier. La plateforme du PQ lors de la prochaine campagne électorale, si le parti est dirigé par le député de Blainville, portera exclusivement sur un programme de pays. «Il y a urgence de faire la souveraineté», a-t-il dit.

Dans son discours de mercredi, Pauline Marois est apparue nettement moins pressée. La députée de Taillon a critiqué le gouvernement Charest, que le PQ, dirigé par elle, se promet de remplacer. Manifestement, Mme Marois se prépare à gouverner le Québec le temps qu'il faudra avant qu'il ne devienne souverain. De plus, «la candidate de l'expérience» a mis l'accent sur l'importance de créer une vaste coalition populaire pour réaliser la souveraineté et entend adopter «une attitude ouverte pour ceux et celles qui hésitent encore à faire ce choix de pays».

De son côté, André Boisclair s'est présenté comme celui le plus à même de faire le pont entre les différentes générations de souverainistes, comme celui aussi qui incitera les jeunes, plus intéressés par l'altermondialisme et par les enjeux environnementaux globaux qu'à la politique québécoise, à se joindre au PQ, «à se ressaisir de la politique». Se rapprochant du camp Legault-Legendre, M. Boisclair a affirmé que la prochaine campagne électorale devra porter sur le projet de pays et non pas sur un projet de gouverne de province. Toutefois, sans doute influencé par Jean-François Lisée, M. Boisclair a avancé l'idée de l'accession «naturelle» du Québec à la souveraineté. Il faut «travailler à faire apparaître le pays du Québec», a-t-il dit. Comme une photo à partir d'un négatif, c'est-à-dire graduellement, doit-on comprendre?

En dehors des trois candidats issus de la députation péquiste, seule la candidature de Louis Bernard a suscité de l'intérêt dans le caucus des députés péquistes. Si on lui prévoit la défaite, on lui accorde toutefois le mérite de relever le débat et d'apporter une certaine rigueur intellectuelle dans cette course. Âgé de 67 ans, cet homme de l'ombre qui a conseillé plusieurs premiers ministres est celui parmi les candidats qui apparaît comme étant le plus pressé à réaliser la souveraineté. S'il se joint à la course, c'est «qu'il y a une possibilité très réelle que, sous peu, le Québec devienne un pays indépendant», a-t-il dit en conférence de presse. Une fois le PQ au pouvoir, il devra préparer le référendum et non pas tenter de gouverner la province qui, pour presque toutes les décisions qui la concernent, doit en référer à Ottawa, que ce soit en santé, en éducation ou en infrastructures municipales, a fait valoir M. Bernard. Jeudi, il s'est rendu à Ottawa pour rencontrer les députés bloquistes et s'est dit encouragé par l'accueil qu'il a reçu depuis l'annonce-surprise de sa candidature, a-t-il déclaré au Devoir.

Les autres deux candidats qui ne viennent pas du sérail — l'écologiste Jean Ouimet et le psychiatre Hugues Cormier — apparaissent marginaux. M. Ouimet avait déjà songé à se présenter en 2001 dans une course contre Bernard Landry. C'est en escaladant une falaise qu'il avait présenté sa candidature, qui n'avait toutefois pas levé de terre: il lui avait manqué une centaine de signatures pour déclencher une course qui aurait coûté plusieurs centaines de milliers de dollars au PQ. Proche du député de Borduas, Jean-Pierre Charbonneau, qui a collaboré avec lui, Jean Ouimet propose un contrat social basé sur la démocratie participative et préconise l'abandon de l'American way of life au Québec pour des motifs de protection de l'environnement.

Dans un point de presse diffusé jeudi sur RDI, le sixième candidat, le Dr Hugues Cormier, debout à un coin de rue devant les trois tomes de la biographie de René Lévesque écrite par Pierre Godin, a livré une brève déclaration devant la caméra afin de présenter ses idées. Trois «idées forces [sic] pour le bien commun», a-t-il dit. Il propose un «Québec pays [sic]» de bien commun, de simplicité volontaire, dans une «société monde [sic]». Manifestement, ce psychiatre de l'hôpital Louis-H.-La Fontaine a un goût marqué pour les appositions. Âgé de 51 ans, M. Cormier s'est porté candidat pour le PQ dans Crémazie, où il a connu la défaite lors des élections de 2003.

Indépendantiste converti par Pierre Bourgault dans les années 60, M. Cormier a dû fournir quelques explications sur le fait qu'il est un important donateur individuel du Parti libéral du Canada. Il fait partie du Club Laurier, réservé aux personnes qui versent plus de 1000 $ par année au PLC. Appréciant échanger avec les fédéralistes, il a dit vouloir «établir des ponts avec des gens qui pensent autrement». Le «Québec pays» aura besoin de parler au «Canada anglais pays», estime M. Cormier.

Un septième candidat pourrait venir du SPQ libre (Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre). Le syndicaliste Marc Laviolette a toutefois confirmé cette semaine au Devoir qu'il ne se portera pas candidat. «J'ai une boîte à lunch, moi, et je ne suis pas indépendant de fortune», a-t-il dit. Quelques personnalités de la gauche québécoise ont été sollicitées, mais elles ont toutes décliné l'invitation, a révélé M. Laviolette, qui n'a pas voulu donner de noms. Le conseil d'administration du SPQ libre doit se réunir dans les semaines qui viennent afin d'étudier d'autres candidatures qui se sont manifestées.

En raison du mode de scrutin choisi par la direction du parti, l'élection du nouveau chef péquiste pourrait réserver des surprises. Jeudi, Jean Ouimet se réjouissait qu'un candidat qui ne serait pas dans le peloton de tête au premier tour puisse en théorie coiffer les favoris aux tours suivants.

Dans le cadre d'un scrutin postal, les membres du PQ devront indiquer sur leur bulletin de vote non seulement leur premier choix mais aussi leur deuxième, troisième et quatrième choix. Au terme du premier tour, si aucun des candidats n'obtient la majorité simple, les candidats qui n'auront pas recueilli 15 % des voix sont éliminés pour le deuxième tour. Le deuxième choix des membres qui ont voté pour ces candidats éliminés est alors reporté sur les candidats qui restent au deuxième tour. S'il n'y a toujours pas de vainqueur, le troisième choix intervient puis le quatrième, si d'aventure un quatrième tour est nécessaire.

Dans cette logique, les deux candidats favoris au premier tour — prenons l'exemple de Mme Marois qui aurait recueilli 34 % des voix et André Boisclair 30 % — pourraient mordre la poussière. Un candidat comme Richard Legendre, qui aurait obtenu 20 % des voix au premier tour, pourrait gagner si le deuxième choix des candidats éliminés, qui comptent pour 16 % des votes, se reportent sur lui.

Ce système à un seul bulletin à votes multiples, que le PQ a choisi pour des raisons budgétaires et d'organisation, favorise le candidat qui est le deuxième choix des membres dont le premier choix porte sur des candidats marginaux. C'est le même système que le Bloc québécois avait employé en 1997 pour choisir le successeur à Lucien Bouchard. Au premier tour, Gilles Duceppe avait reçu 49 % des voix et au deuxième tour, 53 %. M. Duceppe n'était donc pas le deuxième choix de bien du monde.

Au bout du compte, ce type de course sans délégués, où tous les membres du parti ont le droit de vote, se solde bien souvent par la victoire du candidat qui possède la meilleure organisation, celui qui est en mesure de vendre le plus grand nombre de cartes de membres. Toutefois, au PQ, rallier les membres existants - entre 50 000 et 75 000 personnes - est tout aussi important. Les organisations des candidats ne sont pas encore bien arrêtées, bien que Richard Legendre peut compter sur l'organisation constituée par François Legault et que André Boisclair, qui jouit de l'appui tacite de Bernard Landry, peut compter sur les conseils de Pierre Boileau, un ancien directeur général du PQ et un proche de l'ancien premier ministre.

Le course sera longue jusqu'au 15 novembre. «Il faut avoir du souffle», confiait Pauline Marois jeudi, qui se rappelle de la dernière course à la chefferie du PQ en 1985 dans laquelle elle avait terminé bonne deuxième. Que le meilleur gagne, à moins que ce ne soit que le meilleur deuxième gagne.
 
 
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