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Les cégeps refusent la facture de la grève

Arrestation d’un étudiant à la suite du blocage du port de Montréal. Les grévistes ont multiplié les coups d’éclat hier.
Photo : Jacques Nadeau
Arrestation d’un étudiant à la suite du blocage du port de Montréal. Les grévistes ont multiplié les coups d’éclat hier.
La poursuite de la grève étudiante alerte sérieusement les collèges, qui calculent que la reprise des journées de cours manqués pourrait entraîner une facture de plusieurs millions de dollars. Les cégeps préviennent qu'ils n'ont pas à assumer cette dépense.

Pour six des 35 cégeps en débrayage, la durée de la grève franchira dès vendredi un cap critique et... coûteux. La Fédération des cégeps a calculé que le nombre de journées de cours à reprendre, qui dépasse les 15 jours dans certains cas, nécessitera des réaménagements au calendrier scolaire, lesquels obligeront ces collèges à dépasser les périodes d'enseignement permises par les conventions collectives. Pour certains cégeps de fort volume, cette situation pourrait coûter 100 000 $ par jour en masse salariale seulement.

Comme l'a expliqué hier le président-directeur général de la Fédération des cégeps, Gaëtan Boucher, la situation est désormais «critique». «Les coûts pour les collèges pourraient être très élevés et se compter en millions de dollars», affirme M. Boucher, dont la fédération évalue à trois millions de dollars par jour de cours à reprendre au-delà du 15 juin le coût pour l'ensemble du réseau collégial.

Les cégeps font ce scénario en se basant à la fois sur le Régime d'études collégiales, qui «a force de loi» et qui les oblige à donner 82 jours de cours par session. Leurs calendriers scolaires, qui prennent fin lors des derniers jours de mai, ne permettent pas de prolonger au-delà du 15 juin, car c'est à ce moment que les conventions collectives situent le début de la période de vacances des enseignants.

«Je regarde le nombre de collèges qui pourraient s'ajouter aux six qui sont déjà en situation critique, et c'est inquiétant», explique M. Boucher, qui invite pour cela les deux parties à reprendre le dialogue pour «régler» le conflit.

Dans un collège de 5000 étudiants, si la direction dépasse la date du 15 juin pour reprendre les cours, elle devra payer, «100 000 $ par jour pour un collège de 5000 étudiants, 20 000 $ pour un plus petit», estime M. Boucher.

«Nous n'avons pas la santé financière pour assumer cette dépense. Il s'agit d'un conflit entre le gouvernement et les étudiants, dont nous ne pouvons pas faire les frais», prévient M. Boucher, qui affirme avoir communiqué ce message au cabinet du ministre de l'Éducation.

Au Cégep de Drummondville, où les étudiants sont en grève depuis bientôt un mois, la pression monte. «Passé vendredi, on est crucifiés», explique Normand Bernier, directeur du cégep de 1500 étudiants. Pour lui, la facture oscillera entre 25 000 et 35 000 $ par jour de cours à reprendre après le 15 juin, à moins d'en arriver à une entente avec le syndicat.

«À compter de la semaine prochaine, il faut s'asseoir et s'entendre avec nos syndicats, explique M. Bernier. Peu importe l'angle sous lequel on le prend, ça s'annonce complexe.»

Henri Massé donne des munitions au gouvernement Charest

La poursuite de la grève continue pendant ce temps de créer son lot de rebondissements quotidiens. De passage à Québec hier, le président de la FTQ, Henri Massé, a ainsi causé toute une surprise en donnant des munitions au gouvernement Charest. Alors que le conflit s'enlise, il a invité les étudiants à mettre de l'eau dans leur vin. «C'est clair que les associations étudiantes, si elles veulent négocier, devront faire des compromis. On ne peut pas régler des affaires comme ça sans compromis», a-t-il affirmé.

Les leaders étudiants devraient selon lui revoir leur principale revendication, soit le réinvestissement de 103 millions de dollars dans le régime des prêts et bourses. «Je ne dis pas qu'ils devraient abandonner les 103 millions. Mais au lieu de l'avoir sur un an, est-ce possible de l'avoir sur deux? [...] Quand on veut négocier avec le gouvernement, il faut faire quelques compromis, autrement le gouvernement ne voudra pas perdre la face et ne bougera pas», a-t-il expliqué.

Henri Massé n'appuie pas pour autant la proposition déposée par le ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier, à qui il reproche de s'être montré plutôt fermé à la négociation. «Je comprends les étudiants d'être insultés», a-t-il dit. Mais la communauté étudiante doit donner à ses leaders «un peu de marge de manoeuvre pour négocier» afin de faciliter un règlement du conflit, a-t-il ajouté.

Le ministre Fournier a fait ses choux gras de cette déclaration inattendue du chef syndical. «Si les étudiants veulent en arriver à un règlement, c'est à eux de faire des propositions, comme Henri Massé l'a dit. Ce n'est plus juste moi qui dis ça», a lancé le ministre à la presse parlementaire. M. Fournier a réitéré qu'il attend une contre-proposition des leaders étudiants, considérant qu'il a déjà fait «un grand bout de chemin».

Ceux-ci sont toutefois demeurés sur leurs positions. «On ne négocie pas sur la somme, on demande au gouvernement de revenir sur les 103 millions coupés, un point c'est tout», a indiqué le président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Pier-André Bouchard. «On n'en veut pas, de son offre, comment le lui faire comprendre autrement?», demande Julie Bouchard, présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ).

Le porte-parole de la Coalition pour une ASSE élargie (CASSEE), Xavier Lafrance, a promis sur les ondes de LCN que la grogne démontrée par les étudiants de maintes façons hier n'allait pas se calmer. «Nous allons multiplier les actions pour avoir des résultats concrets, pas des fausses solutions comme on en a eu jusqu'à maintenant.»

Tel qu'ils l'avaient promis, les étudiants ont poursuivi leurs actions de «perturbation économique» en bloquant l'accès des marchandises au port de Montréal, dans l'est de la ville. Une centaine d'étudiants membres de la CASSEE ont obstrué la rue Notre-Dame, immobilisant du coup quelque 70 camions-remorques prêts à se libérer de leur chargement. Six personnes ont été arrêtées.

En plus de ce barrage, les étudiants ont multiplié les coups d'éclat hier pour illustrer, de manière variée, leur intention de récupérer les 103 millions de dollars de bourses convertis en prêts. Deux étudiants ont entamé hier midi une «grève de la faim illimitée» pour protester à leur manière contre cette ponction.

Des sit-in ont été orchestrés par la FECQ devant les bureaux de comté des députés libéraux. Et la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, a aussi réitéré hier son soutien au mouvement étudiant, réclamant le retour des 103 millions dans la cagnotte des bourses.

La grogne contre le gouvernement Charest gagne également des écoles secondaires publiques et privées de la région de Québec. Les élèves de plusieurs établissements, dont l'école Joseph-François Perrault et le collège Saint-Charles-Garnier, ont voté massivement en faveur d'une grève de 24 heures. Le débrayage aura lieu demain, alors qu'une importante manifestation à l'Assemblée nationale est organisée par la CASSEE, qui attend des milliers de manifestants.






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  • Kaïs Demers
    Inscrit
    mercredi 23 mars 2005 23h08
    Désinformation à Radio-Canada
    « Sur les ondes de la télévision nationale, lors de l'émission Le Point du 22 mars 2005, le reportage concernant la grève étudiante a lié les actions regrettables de la CASSÉE, à celles tout à fait pacifiques de la FAÉCUM. Il s'agit d'une erreur inadmissible pour des journalistes professionnels.

    On a pu en entendre le journaliste Jacques Bissonet dire (textuellement): «La plupart de ces coups d'éclats sont planifiés et organisés par la CASSÉE: une coalition étudiante radicale qui prévoit au cours des prochains jours d'autres perturbations.»

    En même temps, on voyait des images du "sit-in" au Centre de Commerce Mondial de Montréal, organisé par la FAÉCUM (aucun lien avec la CASSÉÉ), qui s'est déroulé dans un climat très calme et paisible. J'ai d'ailleurs pu y voir mon visage et celui de mes collègues qui étions sur place...

    Ce n'est pas tout, car ceci a été immédiatement suivi du très cours témoignage d'un étudiant, disant que «Ça va ressembler à ce qu'on a vu ce matin», en faisant visiblement référence aux images tout à fait malheureuses des actions violentes qui avaient été montrées quelques secondes avant.

    Il est complètement impardonnable d'associer aussi délibérément les manifestations paisibles de la FAÉCUM avec celles, agitées, de la CASSÉÉ. En plus, le reportage laisse croire que l'ensemble des manifestations seraient dirigées par la CASSÉÉ. Cette dernière ne représente que cinq associations au cégep et quatre dans les universités de toute la province, tandis que la FAÉCUM rassemble 77 associations étudiantes de l'Université de Montréal.

    J'espère que Radio-Canada rectifiera les informations erronées qu'elle a présentées au cours de cette émission, qui est habituellement regardée à cause de sa crédibilité.

    Kaïs Demers
    Étudiant au doctorat
    Faculté de Musique de l'Université de Montréal


    Explication des sigles:
    FAÉCUM -- Fédération des associations étudiantes du campus de l'Université de Montréal;
    CASSÉÉ -- Coalition de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante Élargie. »

  • Kaïs Demers
    Inscrit
    jeudi 24 mars 2005 01h30
    Désinformation à Radio-Canada : correction
    « Une erreur s'est glissée dans le message que j'ai envoyé plus tôt.

    J'ai écris: «lors de l'émission Le Point du 22 mars 2005», il s'agit plutôt du Téléjournal... Veuillez pardonner mon erreur.

    Kaïs Demers
    kais.demers@umontreal.ca »

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