«Les jeunes ont senti l'odeur du sang»
Les sommets d'impopularité du gouvernement Charest favorisent le mouvement étudiant
Photo : Jacques Nadeau
«On pense au fardeau fiscal que notre génération va devoir assumer à cause du vieillissement de la population. Si en plus nos dettes sont élevées, cela va être un fardeau lourd à porter. On veut bien repeupler le Québec, mais des couches, ça se
Plus de la moitié des étudiants du Québec ont fait la grève cette semaine contre la conversion de 103 millions de dollars de bourses en prêts. Amorcée le 24 février par moins d'une dizaine d'associations, la grève prend toujours de l'ampleur: 32 collèges fréquentés par 92 000 étudiants sont paralysés et 78 000 universitaires sont en grève. Mercredi, une marée étudiante a déferlé dans les rues de Montréal au lendemain d'une offre gouvernementale jugée insuffisante.
Du Sommet des Amériques à la guerre en Irak, une génération de jeunes qui ont fait leurs premières armes lors de mobilisations à caractère international s'approprie maintenant des enjeux nationaux où ils construisent eux-mêmes un rapport de force.
Et quel rapport de force! La grève et la manifestation de mercredi sont les plus importantes de l'histoire du mouvement étudiant au Québec. Les universitaires, généralement frileux à l'idée de sécher les cours, sont entrés de plain-pied dans la danse amorcée par les collégiens et quelques associations de facultés plus militantes, la contagion gagnant même des facultés traditionnellement plus conservatrices comme les sciences, le génie et la médecine. Même l'École de gestion de l'UQAM entament une grève d'une semaine.
Mercredi, nombreux étaient les manifestants qui essayaient de mesurer la foule à l'aune des manifestations antiguerre. «Dans notre génération de militants, beaucoup sont arrivés au mouvement étudiant à cause de la mondialisation», explique la présidente de la Fédération étudiante collégiale, Julie Bouchard, qui a été sur toutes les tribunes ces derniers jours. Elle-même a scandé des slogans pour la première fois lors d'une manifestation contre la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA).
«Les gens voient maintenant concrètement que la mobilisation peut donner quelque chose. Les militants voient que c'est un gouvernement qui réagit à la pression», poursuit cette jeune femme de 20 ans au ton posé.
Étudiant en travail social à l'Université de Sherbrooke, Pierre-Luc rappelle que depuis 10 ou 15 ans, les stages de coopération internationale au secondaire sont légion. «Les jeunes en reviennent avec une conscience sociale dont ils ne savent pas quoi faire. La semence s'enracine maintenant dans des débats tangibles», observe le jeune homme, soulignant que la moitié de la population est en colère contre le gouvernement.
Cette mouvance altermondialiste teinte aussi l'allure de la grève. «Le côté festif est beaucoup plus présent que dans les grèves passées. Cela vient peut-être du mouvement altermondialiste, où la dimension culturelle est très vive. C'est beaucoup plus motivant pour les jeunes qui ont le goût de vivre une expérience militante», constate un ancien de l'Association nationale des étudiants et étudiantes du Québec (ANEEQ), Claude Rioux, qui a aussi milité au sein du Mouvement pour le droit à l'éducation (MDE) pendant la grève de 1996. Il associe également la participation, inattendue, d'associations d'étudiants en sciences à la forte conscientisation des dernières années sur les enjeux environnementaux. «Avant, les sciences n'étaient pas aussi politisées», observe-t-il.
Une cause
À la base, la cause suscite l'indignation. Les mains liées par une promesse de maintenir le gel des frais de scolarité — arrachée par les fédérations étudiantes en campagne électorale —, le gouvernement a choisi de hausser le plafond des prêts de 57 % au collégial et de 88 % au premier cycle universitaire. Contrairement aux frais de scolarité payés par tous, la mesure n'affecte qu'une minorité d'étudiants, soit 12 % au collégial et 17 % à l'université, mais ceux-ci sont touchés de plein fouet.
«Je ne reçois pas d'aide financière. Je fais la grève par solidarité. La moitié des étudiantes dans mon programme en reçoivent», explique Marie-Chantal, 21 ans, étudiante en orthophonie à l'Université de Montréal. Manifestant avec six autres copines, dont plusieurs sont durement touchées, elle pense que l'impact de la mesure dépasse les poches des étudiants. «On pense au fardeau fiscal que notre génération va devoir assumer à cause du vieillissement de la population. Si, en plus, nos dettes sont élevées, ça va être un lourd fardeau à porter. On veut bien repeupler le Québec, mais des couches, ça se paye!», lance-t-elle avec un clin d'oeil à sa camarade, qui sourit à l'évocation du rêve de fonder une famille.
Pour la présidente de la FECQ, le gouvernement a sous-estimé la riposte. «C'est une décision prise sur un coup de tête. Le gouvernement a misé sur le fait que tous les étudiants ne sont pas touchés et que la réplique ne serait pas trop grande. Il a fait fausse route.»
Pour le plus grand malheur du gouvernement, le ciment de la revendication a pris. Une année de sensibilisation a été nécessaire, mais ce ciment n'en est que plus solide. «Ce n'est pas pour rien que la grève n'a pas fonctionné à l'automne [malgré des tentatives de l'ASSE], le bois n'était pas sec. Quand les gens ont reçu leur relevé du ministère, ils se sont eux-mêmes transformés en agents de sensibilisation. On les voit dans les classes, les cafés étudiants. Quand est venu le temps de l'action, les gens ont trouvé ça légitime», observe Frédéric Lapointe, un ancien du mouvement étudiant qui a présidé la FECQ à ses tout débuts puis été vice-président de la FEUQ à l'époque de la grève contre le dégel, en 1996.
«Ce n'est pas juste un exercice de leadership de la part de la tête du mouvement», poursuit l'ancien militant, qui termine maintenant un doctorat en sciences de l'éducation.
La mobilisation était à point. Depuis un an, tant les fédérations étudiantes (FECQ-FEUQ) que l'ASSEE (l'Association pour une solidarité syndicale étudiante, qui a formé une coalition élargie pour la grève) sensibilisent les étudiants, selon leurs méthodes respectives, sur la conversion des bourses en prêts.
«Depuis un an, on a fait du lobby auprès des députés, des sondages, on a même fait signer des pétitions dans les foyers pour personnes âgées. Quand on a vu que, malgré tout ça, malgré l'opinion publique, malgré les éditoriaux, le gouvernement ne bougeait pas, on a décidé d'aller vers une grève», raconte le président de la FEUQ, Pier-André Bouchard, dont les membres ont décidé de se diriger vers la grève en janvier dernier.
La fougue des militants plus gauchistes conjuguée au pragmatisme et à l'argumentaire des fédérations étudiantes pour lesquelles la grève est un moyen ultime ont allumé un feu qui prend des allures de véritable incendie. «Ce n'est pas un coup de sang. Ce n'est pas une grève champignon. Ça arrive après un an d'efforts pour interpeller le gouvernement. La grève n'arrive pas comme un moyen prématuré», affirme Gérald Larose, professeur de travail social et ancien syndicaliste, qui a aussi milité avec l'Union générale des étudiants (UGEQ) dans son jeune temps.
Il y a aussi un effet cyclique. Le Québec n'avait pas connu de grève étudiante depuis celle contre le dégel des frais de scolarité, en 1996. «Neuf ans ont passé, la population étudiante s'est renouvelée. C'est un moyen d'action nouveau pour tout le monde. Personne ne la voit comme un moyen dépassé», fait valoir Claude Rioux qui, en sa qualité d'ancien, a présidé quelques assemblées générales au cours des dernières semaines.
Un contexte favorable
Si les étudiants sont convaincus que leur cause est juste et que la grève est nécessaire, ils sont aussi confortés par l'état d'esprit qui règne dans l'ensemble de la population. Les sommets d'impopularité qu'atteint le gouvernement Charest depuis son arrivée au pouvoir et la grogne qui s'exprime tant chez les syndicats que parmi les groupes communautaires et environnementaux donnent de l'aplomb au mouvement.
Les étudiants font la grève avec fierté, comme en témoignent les appels téléphoniques d'associations habituellement moins combatives dans les salles de nouvelles pour signifier qu'elles se joignent au mouvement. «Le rejet du gouvernement Charest est très partagé dans la population, ça rend le terreau très fertile. C'est une grève qui se fait avec le sourire. Les étudiants n'ont pas la mentalité d'assiégés que leurs prédécesseurs avaient lors des dernières grèves», constate Claude Rioux, maintenant secrétaire de rédaction de la revue de gauche À bâbord. Depuis deux semaines, les gens qu'il croise dans le métro lui sourient à la vue du carré rouge qui orne son manteau.
Les noms de deux dossiers ressortent dans les propos de presque tous les grévistes: la centrale du Suroît et le financement des écoles privées juives. Si ces deux volte-face donnent de l'espoir à cette génération en colère, elles font aussi craindre un sursaut d'orgueil d'un gouvernement qui pourrait se braquer pour ne pas perdre la face, d'autant plus que les syndicats suivent avec les négociations du secteur public. «On n'a pas à payer le prix des autres gaffes du gouvernement», tonne Julie Bouchard, de la FECQ.
Après plus de trois semaines de grève, aucun signe d'essoufflement n'apparaît encore à l'horizon. Au contraire, de nouvelles associations se joignent au mouvement. Et les parents ne sont pas loin derrière: «Les étudiants crient "À nous la rue!". Nous, les parents, on devrait scander "À nous le trottoir!" et manifester à leurs côtés», s'exclamait une mère de trois jeunes adultes rencontrée à la manifestation monstre de mercredi.
«Si le gouvernement ne bouge pas, il ne fait qu'étirer son supplice. En bout de course, il n'aura pas le choix de régler autour des 103 millions», croit Gérald Larose, joint quelques minutes après un avant-midi de piquetage où il a entendu les nombreux coups de klaxon d'appui des automobilistes.
Quel impact aurait une défaite sur ce mouvement étudiant gonflé à bloc? «Il y a un danger que les deux extrêmes se fortifient, qu'un courant radical mène des actions sur le mode des groupes d'affinité [anarchiste] en renonçant à s'adresser à la masse étudiante et que les associations plus conservatrices se disent que la grève, ce n'est pas leur jeu», craint Claude Rioux.
Également vétéran du mouvement étudiant, à l'époque dans une organisation rivale, Frédéric Lapointe ne craint pas la démotivation: «Les gens ont senti l'odeur du sang. Ils ont senti que ce gouvernement pouvait être déstabilisé. C'est un apprentissage qui va être durable sur le plan de la confiance en ses propres moyens.»
Cette expérience, ils risquent d'en avoir bien besoin. Après les prêts et bourses, la bataille des frais de scolarité attend probablement dans le corridor que son tour arrive.
Du Sommet des Amériques à la guerre en Irak, une génération de jeunes qui ont fait leurs premières armes lors de mobilisations à caractère international s'approprie maintenant des enjeux nationaux où ils construisent eux-mêmes un rapport de force.
Et quel rapport de force! La grève et la manifestation de mercredi sont les plus importantes de l'histoire du mouvement étudiant au Québec. Les universitaires, généralement frileux à l'idée de sécher les cours, sont entrés de plain-pied dans la danse amorcée par les collégiens et quelques associations de facultés plus militantes, la contagion gagnant même des facultés traditionnellement plus conservatrices comme les sciences, le génie et la médecine. Même l'École de gestion de l'UQAM entament une grève d'une semaine.
Mercredi, nombreux étaient les manifestants qui essayaient de mesurer la foule à l'aune des manifestations antiguerre. «Dans notre génération de militants, beaucoup sont arrivés au mouvement étudiant à cause de la mondialisation», explique la présidente de la Fédération étudiante collégiale, Julie Bouchard, qui a été sur toutes les tribunes ces derniers jours. Elle-même a scandé des slogans pour la première fois lors d'une manifestation contre la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA).
«Les gens voient maintenant concrètement que la mobilisation peut donner quelque chose. Les militants voient que c'est un gouvernement qui réagit à la pression», poursuit cette jeune femme de 20 ans au ton posé.
Étudiant en travail social à l'Université de Sherbrooke, Pierre-Luc rappelle que depuis 10 ou 15 ans, les stages de coopération internationale au secondaire sont légion. «Les jeunes en reviennent avec une conscience sociale dont ils ne savent pas quoi faire. La semence s'enracine maintenant dans des débats tangibles», observe le jeune homme, soulignant que la moitié de la population est en colère contre le gouvernement.
Cette mouvance altermondialiste teinte aussi l'allure de la grève. «Le côté festif est beaucoup plus présent que dans les grèves passées. Cela vient peut-être du mouvement altermondialiste, où la dimension culturelle est très vive. C'est beaucoup plus motivant pour les jeunes qui ont le goût de vivre une expérience militante», constate un ancien de l'Association nationale des étudiants et étudiantes du Québec (ANEEQ), Claude Rioux, qui a aussi milité au sein du Mouvement pour le droit à l'éducation (MDE) pendant la grève de 1996. Il associe également la participation, inattendue, d'associations d'étudiants en sciences à la forte conscientisation des dernières années sur les enjeux environnementaux. «Avant, les sciences n'étaient pas aussi politisées», observe-t-il.
Une cause
À la base, la cause suscite l'indignation. Les mains liées par une promesse de maintenir le gel des frais de scolarité — arrachée par les fédérations étudiantes en campagne électorale —, le gouvernement a choisi de hausser le plafond des prêts de 57 % au collégial et de 88 % au premier cycle universitaire. Contrairement aux frais de scolarité payés par tous, la mesure n'affecte qu'une minorité d'étudiants, soit 12 % au collégial et 17 % à l'université, mais ceux-ci sont touchés de plein fouet.
«Je ne reçois pas d'aide financière. Je fais la grève par solidarité. La moitié des étudiantes dans mon programme en reçoivent», explique Marie-Chantal, 21 ans, étudiante en orthophonie à l'Université de Montréal. Manifestant avec six autres copines, dont plusieurs sont durement touchées, elle pense que l'impact de la mesure dépasse les poches des étudiants. «On pense au fardeau fiscal que notre génération va devoir assumer à cause du vieillissement de la population. Si, en plus, nos dettes sont élevées, ça va être un lourd fardeau à porter. On veut bien repeupler le Québec, mais des couches, ça se paye!», lance-t-elle avec un clin d'oeil à sa camarade, qui sourit à l'évocation du rêve de fonder une famille.
Pour la présidente de la FECQ, le gouvernement a sous-estimé la riposte. «C'est une décision prise sur un coup de tête. Le gouvernement a misé sur le fait que tous les étudiants ne sont pas touchés et que la réplique ne serait pas trop grande. Il a fait fausse route.»
Pour le plus grand malheur du gouvernement, le ciment de la revendication a pris. Une année de sensibilisation a été nécessaire, mais ce ciment n'en est que plus solide. «Ce n'est pas pour rien que la grève n'a pas fonctionné à l'automne [malgré des tentatives de l'ASSE], le bois n'était pas sec. Quand les gens ont reçu leur relevé du ministère, ils se sont eux-mêmes transformés en agents de sensibilisation. On les voit dans les classes, les cafés étudiants. Quand est venu le temps de l'action, les gens ont trouvé ça légitime», observe Frédéric Lapointe, un ancien du mouvement étudiant qui a présidé la FECQ à ses tout débuts puis été vice-président de la FEUQ à l'époque de la grève contre le dégel, en 1996.
«Ce n'est pas juste un exercice de leadership de la part de la tête du mouvement», poursuit l'ancien militant, qui termine maintenant un doctorat en sciences de l'éducation.
La mobilisation était à point. Depuis un an, tant les fédérations étudiantes (FECQ-FEUQ) que l'ASSEE (l'Association pour une solidarité syndicale étudiante, qui a formé une coalition élargie pour la grève) sensibilisent les étudiants, selon leurs méthodes respectives, sur la conversion des bourses en prêts.
«Depuis un an, on a fait du lobby auprès des députés, des sondages, on a même fait signer des pétitions dans les foyers pour personnes âgées. Quand on a vu que, malgré tout ça, malgré l'opinion publique, malgré les éditoriaux, le gouvernement ne bougeait pas, on a décidé d'aller vers une grève», raconte le président de la FEUQ, Pier-André Bouchard, dont les membres ont décidé de se diriger vers la grève en janvier dernier.
La fougue des militants plus gauchistes conjuguée au pragmatisme et à l'argumentaire des fédérations étudiantes pour lesquelles la grève est un moyen ultime ont allumé un feu qui prend des allures de véritable incendie. «Ce n'est pas un coup de sang. Ce n'est pas une grève champignon. Ça arrive après un an d'efforts pour interpeller le gouvernement. La grève n'arrive pas comme un moyen prématuré», affirme Gérald Larose, professeur de travail social et ancien syndicaliste, qui a aussi milité avec l'Union générale des étudiants (UGEQ) dans son jeune temps.
Il y a aussi un effet cyclique. Le Québec n'avait pas connu de grève étudiante depuis celle contre le dégel des frais de scolarité, en 1996. «Neuf ans ont passé, la population étudiante s'est renouvelée. C'est un moyen d'action nouveau pour tout le monde. Personne ne la voit comme un moyen dépassé», fait valoir Claude Rioux qui, en sa qualité d'ancien, a présidé quelques assemblées générales au cours des dernières semaines.
Un contexte favorable
Si les étudiants sont convaincus que leur cause est juste et que la grève est nécessaire, ils sont aussi confortés par l'état d'esprit qui règne dans l'ensemble de la population. Les sommets d'impopularité qu'atteint le gouvernement Charest depuis son arrivée au pouvoir et la grogne qui s'exprime tant chez les syndicats que parmi les groupes communautaires et environnementaux donnent de l'aplomb au mouvement.
Les étudiants font la grève avec fierté, comme en témoignent les appels téléphoniques d'associations habituellement moins combatives dans les salles de nouvelles pour signifier qu'elles se joignent au mouvement. «Le rejet du gouvernement Charest est très partagé dans la population, ça rend le terreau très fertile. C'est une grève qui se fait avec le sourire. Les étudiants n'ont pas la mentalité d'assiégés que leurs prédécesseurs avaient lors des dernières grèves», constate Claude Rioux, maintenant secrétaire de rédaction de la revue de gauche À bâbord. Depuis deux semaines, les gens qu'il croise dans le métro lui sourient à la vue du carré rouge qui orne son manteau.
Les noms de deux dossiers ressortent dans les propos de presque tous les grévistes: la centrale du Suroît et le financement des écoles privées juives. Si ces deux volte-face donnent de l'espoir à cette génération en colère, elles font aussi craindre un sursaut d'orgueil d'un gouvernement qui pourrait se braquer pour ne pas perdre la face, d'autant plus que les syndicats suivent avec les négociations du secteur public. «On n'a pas à payer le prix des autres gaffes du gouvernement», tonne Julie Bouchard, de la FECQ.
Après plus de trois semaines de grève, aucun signe d'essoufflement n'apparaît encore à l'horizon. Au contraire, de nouvelles associations se joignent au mouvement. Et les parents ne sont pas loin derrière: «Les étudiants crient "À nous la rue!". Nous, les parents, on devrait scander "À nous le trottoir!" et manifester à leurs côtés», s'exclamait une mère de trois jeunes adultes rencontrée à la manifestation monstre de mercredi.
«Si le gouvernement ne bouge pas, il ne fait qu'étirer son supplice. En bout de course, il n'aura pas le choix de régler autour des 103 millions», croit Gérald Larose, joint quelques minutes après un avant-midi de piquetage où il a entendu les nombreux coups de klaxon d'appui des automobilistes.
Quel impact aurait une défaite sur ce mouvement étudiant gonflé à bloc? «Il y a un danger que les deux extrêmes se fortifient, qu'un courant radical mène des actions sur le mode des groupes d'affinité [anarchiste] en renonçant à s'adresser à la masse étudiante et que les associations plus conservatrices se disent que la grève, ce n'est pas leur jeu», craint Claude Rioux.
Également vétéran du mouvement étudiant, à l'époque dans une organisation rivale, Frédéric Lapointe ne craint pas la démotivation: «Les gens ont senti l'odeur du sang. Ils ont senti que ce gouvernement pouvait être déstabilisé. C'est un apprentissage qui va être durable sur le plan de la confiance en ses propres moyens.»
Cette expérience, ils risquent d'en avoir bien besoin. Après les prêts et bourses, la bataille des frais de scolarité attend probablement dans le corridor que son tour arrive.
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