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Québec échoue à dénouer la crise

Des étudiants de l’UQAM votaient massivement hier pour la poursuite de la grève, qui dure maintenant depuis trois semaines. Ils se rendront vers 14h30 à une grande manifestation qui débutera devant les bureaux du ministre de l’Éducation, au 600,
Photo : Jacques Nadeau
Des étudiants de l’UQAM votaient massivement hier pour la poursuite de la grève, qui dure maintenant depuis trois semaines. Ils se rendront vers 14h30 à une grande manifestation qui débutera devant les bureaux du ministre de l’Éducation, au 600,
Le conflit entre les étudiants et le gouvernement Charest s'enlise. Les leaders étudiants accusent le ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier, de «jeter de l'huile sur le feu» en proposant de réinvestir 29 millions de dollars cette année dans le régime d'aide financière aux études alors qu'ils réclament presque quatre fois plus.

«Ce n'est pas avec des propositions à rabais comme ça qu'on va acheter les étudiants, bien au contraire. Le gouvernement ne fait qu'encourager la grogne. Qu'il se le tienne pour dit: ça ne passera pas», a lancé le président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Pier-André Bouchard, après avoir claqué la porte du bureau du ministre.

Dans l'espoir de mettre fin à un mouvement de grève qui rassemble maintenant près de 230 000 étudiants, le ministre de l'Éducation a rencontré tard hier soir les représentants de la FEUQ et de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) dans ses bureaux de la capitale. Jean-Marc Fournier a mis sur la table un nouveau programme de remise de dette.

En vertu de ce programme, lorsqu'un étudiant termine ses études universitaires ou collégiales dans les délais prescrits par Québec, le gouvernement rembourserait une partie de sa dette. Le ministre propose également de réduire le plafond de prêts de 10 %. Or, en transformant 103 millions de dollars de bourses en prêts, ce plafond a bondi de 72 % au premier cycle universitaire, de 52 % à la maîtrise et au doctorat, de 49 % au collégial technique et de 41 % au secondaire professionnel. Pour cette année, ces deux mesures coûteraient environ 29 millions de dollars au gouvernement. À terme, il s'agit d'un investissement de 90 millions.

«C'est une proposition qui est dans les eaux de ce qu'ils souhaitent mais qui est meilleure à l'égard de l'endettement des plus démunis que ce qu'ils demandent. Et en plus, ça incite à la diplomation», a expliqué M. Fournier.

Les leaders étudiants n'en démordent pas: ils veulent que le gouvernement revienne ni plus ni moins sur sa décision de convertir 103 millions de dollars de bourses en prêts. Ils craignent un retour à la «taxe à l'échec», puisque la remise de dette ne s'adressera qu'aux étudiants ayant obtenu leur diplôme dans un délai déterminé par le gouvernement. La réduction de 10% du plafond de prêt est «nettement insuffisant» à leurs yeux. «On ne s'attendait pas à ça. On s'attendait à quelque chose de substantiel. On voit que c'est juste de l'orgueil politique», a affirmé la présidente de la FECQ, Julie Bouchard. D'après les leaders étudiants, cette offre ne permettrait pas de récupérer les 70 millions de dollars que la Fondation canadienne des bourses du millénaire retient en vertu d'un bris de contrat causé par les compressions de 103 millions de dollars dans l'aide financière aux études.

L'offre du ministre est tombée à quelques heures seulement d'une grande manifestation qui doit réunir des milliers d'étudiants dans les rues de Montréal aujourd'hui. Les présidents de la FEUQ et de la FECQ ont lancé un appel à la mobilisation hier soir après avoir pris connaissance de l'offre du ministre. Le gouvernement Charest a fait, selon eux, un mauvais calcul stratégique en présentant une proposition «insuffisante» la veille de la manifestation la plus importante depuis le déclenchement du mouvement de grève. «La proposition du ministre va amener les étudiants à se braquer. Ça n'aide pas à régler la situation», a dit Pier-André Bouchard.

Jean-Marc Fournier regrette que les étudiants refusent de considérer des propositions autres que le réinvestissement intégral des 103 millions de dollars. «Les étudiants souhaitent davantage faire la manifestation que faire la discussion avec nous», a-t-il laissé tomber. Plus tôt en Chambre, le ministre disait vouloir régler la crise «le plus tôt possible» et «le mieux possible».

Le gouvernement Charest est d'ailleurs passé à la vitesse grand V hier pour dénouer le conflit. Le conseil des ministres a tenu une séance spéciale en matinée. Jean-Marc Fournier a discuté avec ses collègues du contenu de son offre. Les députés libéraux se sont ensuite réunis en caucus extraordinaire pour entendre le ministre de l'Éducation. M. Fournier a fait un exposé de cinq minutes au cours duquel il s'est abstenu de divulguer le contenu de son offre, a confié au Devoir une source qui a assisté à la rencontre. «Il est allé chercher un peu un chèque en blanc des députés», a précisé cette source. Le ministre s'est contenté de répéter, comme il le fait depuis des semaines, qu'il souhaite s'attaquer à l'endettement étudiant et venir en aide aux plus démunis. Il a souligné qu'il allait respecter la motion de l'Assemblée nationale que les députés libéraux ont appuyée unanimement la semaine dernière. Cette motion demande au ministre de «corriger la décision de transformer 103 millions de dollars de bourses en prêts, en tenant compte de ses effets sur l'endettement des étudiants».

Même s'ils n'ont pas pris connaissance de l'offre, les députés libéraux ne sont pas intervenus pour en savoir davantage. La semaine dernière, ils ne s'étaient pourtant pas gênés pour sommer le ministre, de façon quasi unanime, de régler cette crise dans les plus brefs délais et de trouver les sommes nécessaires pour arriver à cette fin.

Selon la députée péquiste critique en matière d'éducation, Pauline Marois, le gouvernement Charest ne doit pas tenter de «flouer» les étudiants. Il doit leur donner ce qu'ils demandent et réinvestir 103 millions de dollars en bourses. Rien de plus, rien de moins. «Je souhaite qu'il évite quelque entourloupette que ce soit qui ne serait que de la poudre aux yeux, ne résolvant pas le problème auquel ils sont confrontés actuellement», a-t-elle lancé lors d'un point de presse.

Alors que les pourparlers tant attendus s'amorçaient, les étudiants ne désarmaient pas, préparant leurs pancartes pour la grande manifestation qui débutera vers 14h30 devant les bureaux du ministère de l'Éducation, au 600 de la rue Fullum. Le cortège s'ébranlera ensuite pour prendre la direction des bureaux du premier ministre au centre-ville. La soirée se terminera pour quelques centaines d'entre eux au Spectrum et au Métropolis, avec un spectacle mettant entre autres en vedette les humoristes engagés des Zapartistes.

Hier soir, des grévistes de plusieurs régions du Québec convergeaient vers Montréal, où des camarades organisaient des bed-in dans plusieurs cégeps pour les héberger. Des étudiants des collèges de Rosemont, du Vieux-Montréal et Maisonneuve devaient également tenir une marche aux flambeaux en soirée. Dans la capitale, quelques étudiants ont entrepris de nouveau de dormir sur la colline parlementaire, où ils devraient être rejoints par des camarades pour une manifestation à 11h.

Selon les évaluations des fédérations étudiantes, près de 230 000 étudiants seront en grève aujourd'hui. Un bilan effectué en fin de soirée révélait que 24 cégeps débrayaient hier et qu'au moins quatre autres s'ajouteront aujourd'hui. La mobilisation s'étend aussi de plus en plus au niveau universitaire, où des associations généralement peu rompues aux grèves étudiantes emboîtaient le pas, telles celles de l'École de technologie supérieure ou de la faculté de droit de l'Université de Montréal.

Des centaines d'élèves du secondaire, provenant des polyvalentes Sophie-Barrat, Joseph-François-Perreault, Ladeauversière et Le Vitrail (en grève depuis une semaine) grossiront aussi les rangs de la manifestation.

Si les fédérations étudiantes appellent à une manifestation pacifique et ont prévu un important service d'ordre pour qu'elle le demeure, des appels à la casse étaient lancés hier par courriel aux associations membres de la Coalition de l'association pour une solidarité syndicale étudiante élargie (CASSEE). «Dès que vous voyez une opportunité pour perturber la marche, saisissez-la. [...] Soyons créatifs, mais pas dans le sens de festifs! Soyons spontanés, enragés, déterminés», peut-on lire sur un courriel dont Le Devoir a obtenu copie.

La Coalition, écartée des discussions avec le ministre pour avoir refusé de condamner la violence, n'a pas l'intention de calmer ses troupes les plus radicales. «Nous n'avons jamais appelé à la casse ou à la violence, mais nous croyons que la manifestation appartient aux manifestants et c'est le mot d'ordre que nous allons défendre à la CASSEE», a fait valoir une porte-parole de la CASSEE, Héloïse Moisan-Lapointe.

Avec la collaboration de Louise-Maude Rioux-Soucy






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  • Pierre Guay
    Inscrit
    mercredi 16 mars 2005 09h29
    La gégeurre des tuques
    « Nos étudiants se paient des vacances avec l'argent de nos taxes. La récréation est finie. Notre gouvernement légitime n'a plus d'argent!

    Retournez dans vos garderies, vous êtes trop jeunes pour des beds-in. Assez de foutre le bordel!

    S'il le faut qu'on déclenche des élections!

    Ti-Clin »

  • Martin Morissette
    Inscrit
    mercredi 16 mars 2005 12h50
    Réponse à Pierre Guay
    « Cher Ti-Clin,

    Peut-être n'avez-vous pas compris le débat mais à ce jour plus de 230 000 étudiants réclament une aide financière pour que les plus démunis de notre société puissent étudier. Comme dans le cas de la grève de la SAQ, une majorité font la grève pour les besoins d'une minorité. C'est un exemple très constructif de solidarité sociale. Malheureusement, des gens à la fibre individualiste prononcée préfèrent critiquer des étudiants qui risquent gros que de les supporter contre un gouvernement corporatif anti-démocratique.

    Si vous êtes préoccupé par le gaspillage de vos impôts et taxes, allez voir du côté des banques et des multinationales qui ne paient pas leur part. »

  • Jean-Philippe Baillargeon
    Abonné
    mercredi 16 mars 2005 14h49
    Support au mouvement étudiant
    « " Ces gens-là sont capables de faire n'importe quoi comme des palestiniens. " commentaire du populiste monsieur X.

    Pour ma part, je ne crois pas qu'il soit pertinent de comparer les actions radicales et désespérées des palestiniens à la cause des étudiants en grève.

    Pas sûr qu'on se trouve dans une situation semblable où un système étranger ne veut pas reconnaître les droits fondamentaux d'un peuple.

    Ce qu'on observe plutôt à l'heure actuelle, c'est un soulèvement populaire face à une perverse injustice qui porte atteinte à une minorité.

    Ce n'est pas la dignité et le droit à la vie qui sont en jeu. Si ç'avait été le cas, je ne crois pas que la riposte choisie auraient été l'entartage de 103 étudiants. Et pourtant le geste est beau, symbolique, loin d'être violent, il parle de lui-même.

    Le gouvernement libéral provincial se moque bien de l'accès facilité à l'éducation pour les jeunes.

    Où étaient-ils ces derniers lors des élections de 2003 ?
    Ont-ils votés du bon bord ?

    Tout le monde le sait, soit les jeunes sont désillusionnés de la politique et ne vont pas voter en croyant que c'est un geste politique valable, soit ils divisent le vote parce qu'ils ne croient plus en ce que peuvent faire les anciens partis. De plus, ils sont ingrats et insatiables ; ils ne se souviendront pas que ce bon gouvernement leur a fait un cadeau qui coûte cher en impôts à la société (et à ce qui reste de crédible dans les promesses électorales en ce qui a trait à leur réduction).

    Personnellement, je me trouve épaté devant l'engagement et la solidarité (qu'on gueule, qu'on chante trop souvent mais qu'on ne revêt que très difficilement ici) du mouvement étudiant qui se renforce depuis novembre 2004.

    Suffit le " moutonnage " des bêêêtes moutons noirs ou blancs qui se dirigent tous dans le même sens, de peur de tâter le bâton du berger malveillant ou aveuglé par un quelconque mirage.

    On a réussi à mobiliser beaucoup de gens pour l'Irak en 2003, parce qu'on s'informe et se positionne politiquement. Solidarité momentanée pour des gens qu'on ne connaît pas ? Une cause sur laquelle on n'a pas d'emprise ? Peut-être.

    Depuis l'automne de la même année, on nous met au défi de renoncer à ces acquis sociaux qui nous aident aujourd'hui à croître dans une société distincte, pérenne, durable, en développement.

    C'est difficile à croire que notre système va bien quand on compare notre situation économique à partir de montants chiffrés. Mais connaît on bien la situation sociale en Alberta, en Ontario, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ? Moi-même, j'y suis jamais déménagé, je ne peux pas savoir, même si j'y ai déjà voyager.

    Est-ce vraiment à cause des Cowboys Fringants, Polémil bazar, Tomàs Jensen, de l'apolitisme et de la marijuana que ces jeunes bougent et s'unissent pour récupérer un droit qu'on leur a soustrait sans préavis ?
    Pourquoi leur en vouloir s'ils sont moins mous et plus ingénieux ?

    Je leur donne mon support, en plus de mon respect qu'ils ont déjà.

    Merci les étudiants de nous réveiller politiquement !

    Jean-Philippe Baillargeon
    31 ans, ancien bénéficiaire du régime de prêts et bourses »

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