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Cercle canadien de Montréal - Monique Jérôme-Forget privée de parole

Kathleen Lévesque   15 mars 2005  Québec
Des syndicats ont usé d'une nouvelle stratégie pour faire entendre leurs doléances au gouvernement en empêchant hier la ministre Monique Jérôme-Forget de prononcer un discours sur les partenariats public-privé (PPP) devant le Cercle canadien de Montréal.

Une trentaine de membres de la Coalition j'ai jamais voté pour ça, tous représentants du Conseil central du Montréal métropolitain de la CSN, de l'Alliance des professeurs de Montréal et du Syndicat de la fonction publique du Québec, ont bruyamment dénoncé les PPP et réclamé le règlement du dossier de l'équité salariale et des négociations du secteur public. Cinq minutes de monologue syndical et des coups de sifflet stridents ont eu raison de la présidente du Conseil du trésor qui a quitté la salle sous l'ovation des gens d'affaires.

Mme Jérôme-Forget venait à peine d'entamer son allocution lorsque le porte-parole de la coalition, Denis Turcotte, l'a interpellée du fond de la salle. «Vous êtes assez difficile à rencontrer par les temps qui courent, alors on a pris les moyens qui s'imposaient», a lancé M. Turcotte.

Lui et ses collègues ont ainsi payé chacun leur billet à 50 $ (un total de 1500 $) pour accéder à la salle, prendre leur repas et surtout faire passer leur message. Habillés en veston-cravate, ils étaient passés inaperçus jusque-là.

Au fur et à mesure que M. Turcotte exposait son mécontentement à voix haute, le groupe s'est avancé vers la tribune où Mme Jérôme-Forget n'avait pas bougé. Les agents de sécurité ont été très lents à réagir. Ce sont des participants à l'événement qui se sont interposés entre les manifestants et la ministre. D'ailleurs, l'un d'eux ne ménageait pas après coup ses critiques à l'endroit de la tactique syndicale.

«Si on avait fait la même chose dans leur assemblée syndicale, ils nous auraient sortis à coup de batte de baseball. C'est totalement inacceptable. [...] J'ai fait ça spontanément parce que je ne savais pas ce qui pouvait arriver. Je ne savais pas quel était le dispositif de sécurité», a expliqué l'avocat Jean Masson, qui a été le directeur des tournées électorales de Robert Bourassa, Daniel Johnson et Jean Charest.

Mais la ministre est demeurée calme. Ne se laissant pas démonter, elle a même offert de répondre aux questions soulevées. Mais Denis Turcotte a plutôt invité Mme Jérôme-Forget à rencontrer les quelque 200 manifestants qui étaient devant l'hôtel. Même l'intervention d'une collègue de M. Turcotte pour laisser la parole à la ministre n'a eu aucun effet. Mme Jérôme-Forget a alors décidé de se retirer dans la cacophonie la plus complète; les gens d'affaires ont suivi le mouvement en maugréant.

«C'est de l'intimidation. Je déplore le fait que Mme Jérôme-Forget n'ait même pas pu présenter les principes directeurs des PPP. Qu'on ne veuille pas en discuter, qu'on ferme la porte à tout dialogue, c'est assez aberrant. Dans une démocratie, il faut regarder les deux côtés de la médaille», a affirmé la sénatrice Céline Hervieux-Payette.

L'ancien chef de cabinet de Robert Bourassa, John Parisella, a également déploré cette interruption. «On ne fait plus de grands débats au Québec. Les politiciens et les médias ont une responsabilité dans la façon actuelle de faire les choses. Donc, on se réveille avec des interventions comme celle-là, ce qui ne fait pas avancer le débat», a-t-il soutenu.

Le président du Cercle canadien de Montréal, Russell Goodman, était visiblement mal à l'aise de la tournure des événements. «Nous sommes une organisation très ouverte. Ils ont acheté leurs billets. Ils ont le droit de venir, mais ils ont également l'obligation de respecter les principes de base de comportement», a-t-il souligné.

Une quinzaine de minutes plus tard, Monique Jérôme-Forget a rencontré brièvement les journalistes pour affirmer que, si les syndicats ont le droit de manifester, ils n'ont pas celui d'empêcher les gens de parler. «J'ai des convictions; je crois en ce que je fais. C'est pas des manifestations ni rien de ça qui va m'influencer», a ajouté la présidente du Conseil du trésor.

La Coalition j'ai jamais voté pour ça a annoncé «un printemps extrêmement chaud». «S'ils pensent qu'ils peuvent geler les salaires pour les prochaines années et que les employés de l'État vont laisser faire ça, ils sont aussi bien de refaire leurs devoirs, parce qu'on va les suivre à la trace. Aujourd'hui, ce qu'on a fait, c'est une première, mais on ne va pas les lâcher», a promis Denis Turcotte.






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