Il y a 40 ans, le Québec signait une première entente internationale
Le 27 février 1965, voici donc 40 ans, la France et le Québec signaient à Paris un accord ambitieux de coopération dans le domaine de l'éducation, accord appelé pudiquement «entente» pour ménager la susceptibilité du gouvernement fédéral. L'événement était considérable, non seulement quant à l'essor des relations franco-québécoises, mais aussi dans la jeune histoire de la diplomatie québécoise, qui traitait ainsi directement, pour la première fois, avec un pays souverain.
Christian Fouchet, ministre de l'Éducation, assisté de Jean Basdevant, directeur général des relations culturelles au Quai d'Orsay, et Paul Gérin-Lajoie, ministre québécois, assisté de Claude Morin, sous-ministre responsable des affaires fédérales-provinciales auprès du premier ministre du Québec, signent ce document historique. Il convient de rappeler que le Quai d'Orsay avait longtemps hésité à cautionner pareil précédent: c'est la volonté de l'Élysée, c'est-à-dire du général de Gaulle, qui s'imposa, comme il en était allé et comme il en irait souvent dans les relations franco-québécoises. L'intervention d'André Malraux avait été également précieuse dans l'avancement de ce dossier comme dans bien d'autres affaires: c'est à la suggestion de Malraux, dès l'automne de 1960, que Georges-Émile Lapalme, ministre des Affaires culturelles du Québec, était revenu de Paris avec l'idée de la création d'une représentation permanente du Québec. Il y gagna le premier ministre Lesage et, dès un an plus tard, la délégation générale du Québec était créée. Elle allait bénéficier, en deux étapes, de la plupart des avantages et des attributions reconnus généralement aux ambassades.
Cette «entente» était de plus, dans une large mesure, l'illustration avant la lettre de ce qui s'appellerait plus tard, chez nous, la «doctrine Gérin-Lajoie» exprimée pour l'essentiel le 12 avril 1965 dans une allocution devant le corps consulaire de Montréal et qui se traduisit dans la formule «prolongement externe des compétences internes», mais qui aurait dû se dire, plus justement et plus correctement «prolongement international des pouvoirs constitutionnels du Québec», le terme «externe» étant trop vague et celui de «compétences» au pluriel étant juridiquement et linguistiquement incorrect.
Ce premier accord international fut naturellement accueilli avec enthousiasme au Québec et, très tôt, on envisagea de conclure d'autres accords: culture, sécurité sociale et travail, etc., mais qui n'eurent pas, et de loin, le retentissement et le poids de l'accord sur l'éducation. Il faut dire que, conformément au voeu des deux gouvernements, ce premier accord prit un départ ambitieux dès les premiers mois.
Ce fut, surtout dans les années 1965 à 1975, en gros, un véritable printemps de la coopération franco-québécoise avec, de part et d'autre, un élan, un souffle, une générosité, une créativité exemplaires, le sentiment commun d'innover et la volonté commune d'aller vite et loin. On vit apparaître des services Éducation à la délégation du Québec comme dans les consulats de France chez nous. Un millier d'enseignants québécois de divers niveaux allaient effectuer des stages d'un an ou deux en France, pendant plusieurs années, cependant que des centaines de jeunes Français, diplômés de l'enseignement supérieur, venaient servir dans nos institutions comme VSNA (volontaires du service national adapté), ainsi que l'on disait à l'époque. L'éducation occupait une place si importante dans la coopération franco-québécoise qu'elle justifiait la réunion propre d'une sous-commission distincte lors de la session annuelle de la Commission franco-québécoise de coopération.
Un soutien précieux
Cette coopération devait déborder au cours des années le domaine de l'éducation, si vaste et exigeant que fut celui-ci, et se traduire notamment dans de nouveaux accords ou ententes: la culture d'abord, fin novembre 1965, puis, progressivement, la sécurité sociale et la jeunesse, avec la création capitale de l'Office franco-québécois de la jeunesse en 1968. Sur un autre plan, toujours dans cet esprit de relations particulières entre les deux États, Paris entreprit d'appuyer activement le désir grandissant du Québec d'avoir une certaine présence propre sur le plan international, voire d'adhérer ou de participer en son nom propre à des organisations internationales. Il suffit de rappeler la participation du Québec à la session de Libreville, en 1968, de la Conférence permanente des ministres de l'Éducation de France et d'Afrique (initiative qu'Ottawa entreprit de contrer à partir de 1969) et, surtout, l'action déterminée de Paris pour que le Québec pût devenir membre à part entière de la nouvelle Agence des pays francophones, à Niamey, en 1970.
C'est tout cela que permet d'évoquer le 40e anniversaire de la première entente France-Québec, à cause de la dynamique qu'elle devait imprimer à la fois aux rapports franco-québécois et à la volonté québécoise de présence propre sur le plan international.
***
Journaliste au Devoir de 1957 à 1969, tour à tour directeur de l'information étrangère et éditorialiste, Jean-Marc Léger a été l'un des fondateurs et le premier secrétaire général de l'Association internationale des universités de langue française, l'Aupelf, aujourd'hui Agence universitaire de la Francophonie, puis le premier secrétaire général de l'Agence de coopération des pays francophones (ACCT), aujourd'hui Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF).
Christian Fouchet, ministre de l'Éducation, assisté de Jean Basdevant, directeur général des relations culturelles au Quai d'Orsay, et Paul Gérin-Lajoie, ministre québécois, assisté de Claude Morin, sous-ministre responsable des affaires fédérales-provinciales auprès du premier ministre du Québec, signent ce document historique. Il convient de rappeler que le Quai d'Orsay avait longtemps hésité à cautionner pareil précédent: c'est la volonté de l'Élysée, c'est-à-dire du général de Gaulle, qui s'imposa, comme il en était allé et comme il en irait souvent dans les relations franco-québécoises. L'intervention d'André Malraux avait été également précieuse dans l'avancement de ce dossier comme dans bien d'autres affaires: c'est à la suggestion de Malraux, dès l'automne de 1960, que Georges-Émile Lapalme, ministre des Affaires culturelles du Québec, était revenu de Paris avec l'idée de la création d'une représentation permanente du Québec. Il y gagna le premier ministre Lesage et, dès un an plus tard, la délégation générale du Québec était créée. Elle allait bénéficier, en deux étapes, de la plupart des avantages et des attributions reconnus généralement aux ambassades.
Cette «entente» était de plus, dans une large mesure, l'illustration avant la lettre de ce qui s'appellerait plus tard, chez nous, la «doctrine Gérin-Lajoie» exprimée pour l'essentiel le 12 avril 1965 dans une allocution devant le corps consulaire de Montréal et qui se traduisit dans la formule «prolongement externe des compétences internes», mais qui aurait dû se dire, plus justement et plus correctement «prolongement international des pouvoirs constitutionnels du Québec», le terme «externe» étant trop vague et celui de «compétences» au pluriel étant juridiquement et linguistiquement incorrect.
Ce premier accord international fut naturellement accueilli avec enthousiasme au Québec et, très tôt, on envisagea de conclure d'autres accords: culture, sécurité sociale et travail, etc., mais qui n'eurent pas, et de loin, le retentissement et le poids de l'accord sur l'éducation. Il faut dire que, conformément au voeu des deux gouvernements, ce premier accord prit un départ ambitieux dès les premiers mois.
Ce fut, surtout dans les années 1965 à 1975, en gros, un véritable printemps de la coopération franco-québécoise avec, de part et d'autre, un élan, un souffle, une générosité, une créativité exemplaires, le sentiment commun d'innover et la volonté commune d'aller vite et loin. On vit apparaître des services Éducation à la délégation du Québec comme dans les consulats de France chez nous. Un millier d'enseignants québécois de divers niveaux allaient effectuer des stages d'un an ou deux en France, pendant plusieurs années, cependant que des centaines de jeunes Français, diplômés de l'enseignement supérieur, venaient servir dans nos institutions comme VSNA (volontaires du service national adapté), ainsi que l'on disait à l'époque. L'éducation occupait une place si importante dans la coopération franco-québécoise qu'elle justifiait la réunion propre d'une sous-commission distincte lors de la session annuelle de la Commission franco-québécoise de coopération.
Un soutien précieux
Cette coopération devait déborder au cours des années le domaine de l'éducation, si vaste et exigeant que fut celui-ci, et se traduire notamment dans de nouveaux accords ou ententes: la culture d'abord, fin novembre 1965, puis, progressivement, la sécurité sociale et la jeunesse, avec la création capitale de l'Office franco-québécois de la jeunesse en 1968. Sur un autre plan, toujours dans cet esprit de relations particulières entre les deux États, Paris entreprit d'appuyer activement le désir grandissant du Québec d'avoir une certaine présence propre sur le plan international, voire d'adhérer ou de participer en son nom propre à des organisations internationales. Il suffit de rappeler la participation du Québec à la session de Libreville, en 1968, de la Conférence permanente des ministres de l'Éducation de France et d'Afrique (initiative qu'Ottawa entreprit de contrer à partir de 1969) et, surtout, l'action déterminée de Paris pour que le Québec pût devenir membre à part entière de la nouvelle Agence des pays francophones, à Niamey, en 1970.
C'est tout cela que permet d'évoquer le 40e anniversaire de la première entente France-Québec, à cause de la dynamique qu'elle devait imprimer à la fois aux rapports franco-québécois et à la volonté québécoise de présence propre sur le plan international.
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Journaliste au Devoir de 1957 à 1969, tour à tour directeur de l'information étrangère et éditorialiste, Jean-Marc Léger a été l'un des fondateurs et le premier secrétaire général de l'Association internationale des universités de langue française, l'Aupelf, aujourd'hui Agence universitaire de la Francophonie, puis le premier secrétaire général de l'Agence de coopération des pays francophones (ACCT), aujourd'hui Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF).
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