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Nouveau CHUM - Un silence gênant

Kathleen Lévesque   23 février 2005  Québec
L’hôpital Saint-Luc.
Photo : Jacques Grenier
L’hôpital Saint-Luc.
À cinq jours de la tenue de la commission parlementaire spéciale sur le CHUM, le site du 1000, Saint-Denis au centre-ville n'a toujours ni parrain ni promoteur. Même chez les organismes qui ont un mandat de défense du centre-ville et de son prolongement, c'est le silence.

Ainsi, la Société de développement économique Ville-Marie (SDEVM) ne s'est pas prononcée en faveur du projet, qui assurerait pourtant le dynamisme économique du centre-ville. Le conseil d'administration de la SDEVM est présidé par Hélène Desmarais, l'épouse de Paul Desmarais fils, de Power Corporation, qui a fait la promotion du site adverse d'Outremont.

Mme Desmarais appuie fermement le projet mené par le recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, qui consiste à implanter dans la gare de triage d'Outremont le futur CHUM, que jouxteraient un campus des sciences de la santé, un centre de recherche et des entreprises biopharmaceutiques. Hélène Desmarais a entre autres fait une tournée auprès des leaders du monde des affaires et des finances pour qu'ils se prononcent publiquement en faveur d'Outremont. Son beau-père, Paul Desmarais, est intervenu auprès du Canadien Pacifique afin que l'UdeM puisse acquérir le vaste terrain.

À la Société du Havre, un organisme mis sur pied à l'issue du Sommet de Montréal si cher au maire de Montréal, Gérald Tremblay, on semble ne pas savoir sur quel pied danser dans le dossier du CHUM. Selon la directrice des communications, Danielle Dionne, «la Société du Havre est favorable à l'implantation du CHUM au centre-ville. C'est tout à fait dans l'esprit de notre plan, ce qui inclut le recouvrement de l'autoroute Ville-Marie, du Palais des congrès jusqu'à la place Viger. Cela représenterait un potentiel d'expansion formidable pour le CHUM.» Mais, en même temps, la direction et des membres du conseil d'administration font la promotion du site d'Outremont.

Le directeur général de la Société du Havre, Jacques Côté, a agi comme conseiller technique auprès de l'UdeM dans les négociations avec le Canadien Pacifique. Il a même signé un rapport, daté du 25 janvier dernier, sur la relocalisation de la voie ferrée située au nord de la gare de triage d'Outremont. Il s'agit d'un des documents consultés par les experts Armand Couture et Guy Saint-Pierre, comme l'indique le rapport de ces derniers.

«Les services de M. Côté ont été retenus parce qu'il connaît bien le domaine des transports», a reconnu la porte-parole de l'UdeM, Sophie Langlois. Cette dernière n'a toutefois pas précisé le montant des honoraires versés à M. Côté, qui «sont équivalents à ce qui est payé sur le marché».

Le coprésident de la Société du Havre, Francis Fox, a dit tout ignorer de la situation. «Je présume qu'il a demandé la permission», a affirmé M. Fox. Visiblement mal à l'aise, il a refusé de se prononcer quant à savoir s'il s'agit d'un conflit d'intérêt.

Le représentant de l'arrondissement Ville-Marie au comité exécutif de l'organisme, Renaud Caron, a affirmé que M. Côté ne l'avait pas prévenu qu'il avait un contrat avec l'UdeM. M. Caron ignorait même que M. Côté, un ancien vice-président du Canadien Pacifique (c'est lui qui a mené le redéploiement des terrains Angus), était un conseiller en gestion. L'entreprise Jacques Côté et associés inc. est active depuis 2001.

Danielle Dionne était toutefois au courant des activités du directeur général. «Il porte deux chapeaux. Il est consultant aussi. [Ce contrat] est simultané à ses fonctions de directeur général», a expliqué la directrice des communications.

Mais M. Côté n'est pas le seul au sein de la Société du Havre à croire aux vertus du projet de technopole de la santé et du savoir d'Outremont. Le coprésident du conseil d'administration, l'ancien premier ministre Lucien Bouchard, s'est prononcé publiquement à la mi-décembre, invitant les autorités à ne pas écarter le site d'Outremont à cause du tollé soulevé et d'entreprendre plutôt une réflexion substantielle.

De la même façon, on retrouve Bernard Lamarre, qui est l'un des signataires d'une lettre en faveur d'Outremont publiée dans La Presse au début de janvier, au sein du conseil d'administration. Autour de la table, il y a également Robert Ritchie, président-directeur général de CP, qui vend sa gare de triage pour 20 millions.

Pour ce qui est du conseil d'administration de l'actuel CHUM, la seule position mise de l'avant en est une de principe (700 lits sur un site unique pour 2010). Tout au plus, les administrateurs ont mandaté leur président, Patrick Molinari, pour qu'il explique objectivement le projet du 1000, Saint-Denis.
L’hôpital Saint-Luc. La gare de triage d’Outremont.
 






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