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«SOLIDARITÉ, COHÉRENCE, DISCIPLINE»

- Séguin, Chagnon et Hamad quittent le cabinet - Audet passe aux Finances et Fournier à l'Éducation

Tommy Chouinard   19 février 2005  Québec
«Certains m’ont peut-être fait le reproche d’avoir une orientation trop sociale», a dit M. Séguin. Mais quand on fait le budget du Québec, les orientations ne sont ni trop économiques ni trop sociales, a-t-il dit: il y a le fait que 80 % de la
«Certains m’ont peut-être fait le reproche d’avoir une orientation trop sociale», a dit M. Séguin. Mais quand on fait le budget du Québec, les orientations ne sont ni trop économiques ni trop sociales, a-t-il dit: il y a le fait que 80 % de la
Québec — Aux grands maux les grands moyens. Après une première moitié de mandat marquée par des crises successives, le premier ministre Jean Charest tente de remettre l'équipe libérale sur les rails en procédant à un remaniement ministériel d'une ampleur rarement vue et en modifiant la structure décisionnelle de son gouvernement avec la création d'un comité des priorités.

«Les changements que j'annonce ont pour but de renforcer la cohérence de l'action gouvernementale», a expliqué Jean Charest dans un discours qu'il a prononcé au Salon rouge de l'Assemblée nationale, hier. Le premier ministre souhaite rétablir la «discipline» et la «solidarité» au sein de son gouvernement, affligé depuis des mois par des ratages majeurs.

Jean Charest donne un sérieux coup de barre pour y parvenir. Sam Hamad et Jacques Chagnon sont expulsés du conseil des ministres et redeviennent simples députés. Pierre Reid et Françoise Gauthier sont quant à eux rétrogradés. D'autres ministres, plus chanceux, prennent du galon, comme Nathalie Normandeau, Claude Béchard et Jean-Marc Fournier. En fait, seuls huit ministres conservent leur poste après ce vaste remue-ménage. Yves Séguin a quant à lui claqué la porte, refusant de passer des Finances à la Justice. Six députés passent des banquettes arrière au fauteuil de ministre.

Homme de confiance de Jean Charest, Jacques Dupuis devient le numéro deux du gouvernement. L'ancien procureur de la Couronne accède au poste prestigieux et influent de vice-premier ministre et deviendra ainsi une personnalité incontournable. Il faut s'attendre à ce que Jean Charest se présente moins sous le feu des projecteurs au cours des prochains mois et laisse monter au front son nouveau numéro deux. L'ex-vice-première ministre, Monique Gagnon-Tremblay, qui demeure aux Relations internationales, avait un rôle beaucoup plus effacé. S'il passe de la Justice à la Sécurité publique, Jacques Dupuis conserve ses responsabilités de leader parlementaire, ce qui confirme sa place comme homme fort du gouvernement.

Jacques Dupuis est également nommé vice-président du tout nouveau — et tout-puissant — comité des priorités présidé par Jean Charest. Alors que son gouvernement est critiqué pour son manque de vision, le premier ministre se dote d'un comité que d'autres gouvernements avant lui avaient mis en place pour assurer la cohésion de leur action. «Un comité des priorités, ça va nous permettre, en amont, de faire une évaluation des priorités du gouvernement et de le faire de façon plus efficace. C'est une leçon que je retiens, si vous voulez, des 22 premiers mois de la vie du gouvernement», a expliqué le premier ministre. Jean Charest tente ainsi de répondre aux reproches qui lui sont faits, même au sein de son propre caucus, concernant sa tendance à prendre des décisions en vase clos, en compagnie de conseillers non élus. Sept autres ministres sont membres du comité, dont la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget.

«Un gouvernement a besoin que ses priorités soient claires, qu'elles soient bien comprises par la population et que chacun des membres du gouvernement, une fois que la décision est prise, y adhère complètement et se fasse le propagateur de ces priorités-là», a affirmé Jacques Dupuis.

Autre membre de ce comité des priorités, Jean-Marc Fournier obtient une promotion en devenant ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport. Comme ministre des Affaires municipales, il a réussi à se sortir de l'épineux dossier des défusions municipales sans trop de dommages. Un autre défi attend M. Fournier, puisqu'il aura maintenant le lourd mandat de renouer le dialogue avec les étudiants qui, un an après les compressions de 103 millions de dollars au régime de prêts et bourses, ne décolèrent pas.

Après un mandat passablement difficile, Pierre Reid est rétrogradé et se retrouve à un tout nouveau poste, de moindre envergure, celui de ministre des Services gouvernementaux. L'ancien recteur de l'Université de Sherbrooke se chargera de la concrétisation du programme Gouvernement en ligne et dirigera les destinées de Services-Québec, le nouveau guichet unique de services aux citoyens qui a été créé récemment par le gouvernement Charest.

Michel Audet devient le grand argentier du gouvernement. Le nouveau ministre des Finances a refusé de dire, hier, s'il pourra respecter l'engagement du PLQ de baisser les impôts de tous les contribuables de un milliard de dollars cette année, rappelant l'état précaire des finances publiques. Il s'est contenté de préciser que son objectif est «de faire en sorte que le fardeau fiscal des Québécois se rapproche davantage de la moyenne canadienne».

Claude Béchard, 35 ans, remplace Michel Audet au Développement économique. Michelle Courchesne doit renoncer une fois de plus au poste de ministre de la Culture qu'elle convoite tant. Elle prend le relais de Claude Béchard comme ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale. Autre promotion importante, Carole Théberge passe de ministre déléguée à ministre en titre de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine.

Nathalie Normandeau prend du galon. Jusqu'alors ministre déléguée au Développement régional, elle devient la nouvelle ministre des Affaires municipales et des Régions. Pour la première fois depuis longtemps, ces deux responsabilités sont confiées à un seul ministre plutôt que deux. L'ancienne mairesse de Maria, en Gaspésie, aura le mandat de réaliser la décentralisation promise par le Parti libéral.

D'autres changements importants

Jacques Chagnon et Sam Hamad perdent leur portefeuille ministériel et leur limousine. Le premier, à la Sécurité publique, a connu de sérieuses difficultés à gérer la crise à Kanesatake et a eu des déclarations controversées au sujet des autochtones. Le second, aux Ressources naturelles, a semé la controverse dans le dossier de la centrale au gaz thermique du Suroît. C'est Pierre Corbeil, jusqu'alors ministre délégué à la Forêt, qui obtient la responsabilité des Ressources naturelles.

La crise de la vache folle et la grogne persistante des agriculteurs ont donné du fil à retordre à Françoise Gauthier, qui s'est montrée incapable de corriger le tir. Jean Charest a décidé de lui retirer le poste de ministre de l'Agriculture et de la nommer ministre du Tourisme.

Jean Charest désigne le vétéran libéral Yvon Vallières ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation. Ce député représente la circonscription de Richmond depuis un quart de siècle. L'intention du premier ministre est claire: recruter des ministres parmi les députés ayant un fort enracinement parmi la base militante du Parti libéral. C'est que, au cours des derniers mois, la grogne a monté au sein du caucus des députés, qui déplorait l'absence de consultation sur des dossiers comme le nouveau CHUM, par exemple. Jean Charest s'est d'ailleurs engagé à «renforcer les mécanismes internes de consultation et d'information du conseil des ministres et du caucus des députés».

Cinq autres députés ont accédé au saint des saints. La députée d'Anjou, Lise Thériault, est promue au grade de ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles. Geoffrey Kelley (Jacques-Cartier) devra quant à lui rétablir des relations harmonieuses avec les Premières Nations à titre de ministre délégué aux Affaires autochtones, un dossier qu'il connaît bien. Benoît Pelletier n'a donc plus cette responsabilité. Il conserve les Affaires intergouvernementales et hérite de la Réforme des institutions démocratiques. Un vétéran, le député de Verdun, Henri-François Gautrin, est nommé ministre délégué au Gourvernement en ligne. Il sera sous la responsabilité de Pierre Reid. Margaret Delisle, de la circonscription de Jean-Talon à Québec, obtient aussi un nouveau poste créé par Jean Charest, celui de ministre déléguée à la Protection de la jeunesse et à la Réadaptation.

Le député de Frontenac, Laurent Lessard, devient ministre du Travail. L'ancien titulaire de la fonction, Michel Després, passe aux Transports et obtient le poste de ministre responsable de la Capitale nationale laissé vacant par le départ de Sam Hamad. Et, surprise, Yvon Marcoux se retrouve à la Justice.

Norman MacMillan, qui était président du caucus, change de fonction pour devenir whip en chef du gouvernement. C'est le député d'Argenteuil, David Whissel, qui préside désormais le caucus des députés.

Philippe Couillard (Santé et Services sociaux), Lawrence Bergman (Revenu) et Line Beauchamp (Culture et Communications) restent tous en poste. Julie Boulet, ministre déléguée aux Transports, est épargnée. L'appellation du ministère de l'Environnement change pour celle de ministère du Développement durable, mais Thomas Mulcair en demeure le patron.

Le conseil des ministres prend un peu de poids, avec 27 membres au lieu de 25, le premier ministre y compris. Le nombre de femmes augmente et passe à 10 membres.
 
 
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