Relations internationales - Faute de leadership, Québec stagne
La discrétion du ministère des Relations internationales est critiquée
Québec se targue de posséder des délégations et des bureaux de représentation à travers le monde, de participer aux sommets de la Francophonie et d'être la seule province canadienne à s'être dotée d'un ministère des Relations internationales. Au-delà de ces acquis, la présence du Québec sur la scène internationale stagne et recule même dans certains cas.
«Ce qui est de compétence québécoise chez nous est de compétence québécoise partout.» Cette doctrine formulée par le premier ministre Jean Charest le 8 novembre dernier place la barre très haut pour le ministère des Relations internationales (MRI) qui devra se démener pour atteindre cet objectif. Pourtant, il se fait discret, tant à l'étranger que lors des négociations avec Ottawa, afin que le Québec puisse, au moins, avoir sa propre voix dans les délégations canadiennes. Ce manque de leadership compromet, selon plusieurs, la défense des intérêts québécois.
Normalement, le MRI dirige et coordonne tous les dossiers concernant les relations internationales. Or, son action tend à être marginalisée au profit d'un système où chaque ministère sectoriel se charge de défendre les intérêts internationaux du Québec. Les organismes de coopération interprovinciale, comme le Conseil des ministres de l'éducation du Canada (CMEC), déterminent la position du gouvernement canadien lors de rencontres internationales qui portent sur les champs de compétence des provinces.
«Comme on le constate, le MRI est totalement contourné par ce système intergouvernemental», explique Stéphane Paquin, adjoint au titulaire de la Chaire Hector-Fabre d'histoire du Québec. «Cet exemple peut également être étendu aux questions de santé, de transport, de sécurité et de libéralisation des échanges. Dans tous ces cas, le MRI n'arrive plus réellement à coordonner les efforts du gouvernement du Québec», écrit-il dans une lettre publiée dans Le Soleil de Québec.
Sans voix au concert des nations
Depuis plus de 40 ans, les gouvernements québécois, tant souverainistes que fédéralistes, appuient la doctrine Gérin-Lajoie qui veut que le Québec puisse s'exprimer en son nom propre sur les tribunes internationales à propos de tout ce qui relève de ses compétences. Le modèle québécois en dépend, car il est directement affecté par les décisions prises dans les hautes sphères de négociation, comme l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ou l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO).
Avec son statut de province, il est peu probable que le Québec obtienne un siège au sein de toutes les organisations internationales. «Je ne peux pas changer les règles d'admissibilité de ces organismes», rappelle la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay. À cela s'ajoutent les réticences du gouvernement du Canada à voir une paradiplomatie se développer et exprimer des positions divergentes.
Après d'âpres négociations, le Québec pourrait toutefois se faire entendre sur les tribunes internationales par le truchement du fédéral. Pareil accord demeure toutefois fragile. La ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp, n'a d'ailleurs pas pu prendre la parole à la Conférence générale de l'UNESCO de 2003, alors qu'une entente avait été conclue en ce sens entre Québec et Ottawa.
En revanche, le gouvernement du Québec est devenu en 1971 l'un des membres de l'Organisation internationale de la Francophonie. Cette participation demeure toutefois l'exception qui confirme la règle.
Absences remarquées
À défaut de pouvoir s'exprimer dans les grandes organisations internationales, le MRI a développé un solide réseau de délégations et de bureaux de représentation à travers le monde. Il coordonne également les missions commerciales à l'étranger, ainsi que la participation du gouvernement à différents forums internationaux.
L'implication directe du MRI a cependant grandement diminué au profit des autres ministères. Ainsi, au dernier Forum économique mondial de Davos, seuls les représentants du ministère du Développement économique et régional et de la Recherche y participaient. «C'est complètement anormal! Quand on voit ce qui se passe à Davos, le MRI devrait toujours être là», estime le porte-parole de l'opposition officielle en matière de relations internationales, Daniel Turp.
Bien que le MRI ne soit pas physiquement présent au forum de Davos, rien n'échappe à son contrôle. «Quand les autres ministères interviennent sur une question qui touche à l'international, leur déclaration ou leur geste n'est jamais posé sans l'accord de mon ministère», affirme Monique Gagnon-Tremblay.
Le MRI ne s'est pas non plus joint au Forum social mondial de Porto Alegre. «C'est un forum de la société civile. Les gouvernements n'y sont pas invités. [De plus], nous n'avions pas les moyens de le payer», justifie Monique Gagnon-Tremblay. «C'est ridicule! Plein de gouvernements y étaient», rappelle Louise Beaudoin, qui y a participé à deux reprises quand elle était ministre des Relations internationales. «S'ils n'y vont pas, c'est parce qu'ils n'ont rien à dire là aussi», conclut-elle.
La discrétion du MRI est due à «une espèce d'abdication de leadership», croit Daniel Turp. Ce ministère n'a d'ailleurs pas obtenu le mandat de négocier un accord avec Ottawa pour que le Québec puisse avoir une voix dans les organisations internationales. Jean Charest a préféré le confier au ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier. Cette décision envoie un «signal de faiblesse», estime Stéphane Paquin.
Dans ce dossier, «nous travaillons en étroite collaboration avec M. Pelletier et il ne prend aucune décision sans que mon ministère — ou moi — ne soit entendu», souligne Monique Gagnon-Tremblay. «On forme une équipe. Ce qui est important pour moi, c'est que le Québec ait sa place, ce n'est pas qui la défend», explique-t-elle.
Pour ne pas que le MRI soit marginalisé, «cela nécessite un effort considérable pour s'imposer tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du gouvernement», assure Louise Beaudoin. «Ça prend une personnalité forte», ajoute Daniel Turp, car ce ministère possède très peu de moyens. Il fonctionne avec un peu moins de 100 millions de dollars par année, soit 0,002 % du budget du gouvernement.
«Le MRI n'est pas en mesure de défendre convenablement les intérêts du Québec dans les organisations internationales, estime Stéphane Paquin, qui suggère que ce ministère fusionne avec le secrétariat aux Affaires intergouvernementales canadiennes. C'est le prix à payer pour avoir une plus grande cohérence gouvernementale en matière de politique internationale.»
Le MRI privilégie une autre voie. «Nous travaillons sur une nouvelle politique d'affaires internationales dans le but de mieux coordonner nos actions et d'avoir une pensée cohérente pour l'ensemble du gouvernement sur tous les sujets qui sont d'ordre international», annonce Monique Gagnon-Tremblay.
***
Sur ce sujet, à venir: «Les relations internationales du Québec depuis la doctrine Gérin-Lajoie 1965-2005», un colloque présenté à l'université Concordia et à l'UQAM du 16 au 18 mars prochain.
«Ce qui est de compétence québécoise chez nous est de compétence québécoise partout.» Cette doctrine formulée par le premier ministre Jean Charest le 8 novembre dernier place la barre très haut pour le ministère des Relations internationales (MRI) qui devra se démener pour atteindre cet objectif. Pourtant, il se fait discret, tant à l'étranger que lors des négociations avec Ottawa, afin que le Québec puisse, au moins, avoir sa propre voix dans les délégations canadiennes. Ce manque de leadership compromet, selon plusieurs, la défense des intérêts québécois.
Normalement, le MRI dirige et coordonne tous les dossiers concernant les relations internationales. Or, son action tend à être marginalisée au profit d'un système où chaque ministère sectoriel se charge de défendre les intérêts internationaux du Québec. Les organismes de coopération interprovinciale, comme le Conseil des ministres de l'éducation du Canada (CMEC), déterminent la position du gouvernement canadien lors de rencontres internationales qui portent sur les champs de compétence des provinces.
«Comme on le constate, le MRI est totalement contourné par ce système intergouvernemental», explique Stéphane Paquin, adjoint au titulaire de la Chaire Hector-Fabre d'histoire du Québec. «Cet exemple peut également être étendu aux questions de santé, de transport, de sécurité et de libéralisation des échanges. Dans tous ces cas, le MRI n'arrive plus réellement à coordonner les efforts du gouvernement du Québec», écrit-il dans une lettre publiée dans Le Soleil de Québec.
Sans voix au concert des nations
Depuis plus de 40 ans, les gouvernements québécois, tant souverainistes que fédéralistes, appuient la doctrine Gérin-Lajoie qui veut que le Québec puisse s'exprimer en son nom propre sur les tribunes internationales à propos de tout ce qui relève de ses compétences. Le modèle québécois en dépend, car il est directement affecté par les décisions prises dans les hautes sphères de négociation, comme l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ou l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO).
Avec son statut de province, il est peu probable que le Québec obtienne un siège au sein de toutes les organisations internationales. «Je ne peux pas changer les règles d'admissibilité de ces organismes», rappelle la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay. À cela s'ajoutent les réticences du gouvernement du Canada à voir une paradiplomatie se développer et exprimer des positions divergentes.
Après d'âpres négociations, le Québec pourrait toutefois se faire entendre sur les tribunes internationales par le truchement du fédéral. Pareil accord demeure toutefois fragile. La ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp, n'a d'ailleurs pas pu prendre la parole à la Conférence générale de l'UNESCO de 2003, alors qu'une entente avait été conclue en ce sens entre Québec et Ottawa.
En revanche, le gouvernement du Québec est devenu en 1971 l'un des membres de l'Organisation internationale de la Francophonie. Cette participation demeure toutefois l'exception qui confirme la règle.
Absences remarquées
À défaut de pouvoir s'exprimer dans les grandes organisations internationales, le MRI a développé un solide réseau de délégations et de bureaux de représentation à travers le monde. Il coordonne également les missions commerciales à l'étranger, ainsi que la participation du gouvernement à différents forums internationaux.
L'implication directe du MRI a cependant grandement diminué au profit des autres ministères. Ainsi, au dernier Forum économique mondial de Davos, seuls les représentants du ministère du Développement économique et régional et de la Recherche y participaient. «C'est complètement anormal! Quand on voit ce qui se passe à Davos, le MRI devrait toujours être là», estime le porte-parole de l'opposition officielle en matière de relations internationales, Daniel Turp.
Bien que le MRI ne soit pas physiquement présent au forum de Davos, rien n'échappe à son contrôle. «Quand les autres ministères interviennent sur une question qui touche à l'international, leur déclaration ou leur geste n'est jamais posé sans l'accord de mon ministère», affirme Monique Gagnon-Tremblay.
Le MRI ne s'est pas non plus joint au Forum social mondial de Porto Alegre. «C'est un forum de la société civile. Les gouvernements n'y sont pas invités. [De plus], nous n'avions pas les moyens de le payer», justifie Monique Gagnon-Tremblay. «C'est ridicule! Plein de gouvernements y étaient», rappelle Louise Beaudoin, qui y a participé à deux reprises quand elle était ministre des Relations internationales. «S'ils n'y vont pas, c'est parce qu'ils n'ont rien à dire là aussi», conclut-elle.
La discrétion du MRI est due à «une espèce d'abdication de leadership», croit Daniel Turp. Ce ministère n'a d'ailleurs pas obtenu le mandat de négocier un accord avec Ottawa pour que le Québec puisse avoir une voix dans les organisations internationales. Jean Charest a préféré le confier au ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier. Cette décision envoie un «signal de faiblesse», estime Stéphane Paquin.
Dans ce dossier, «nous travaillons en étroite collaboration avec M. Pelletier et il ne prend aucune décision sans que mon ministère — ou moi — ne soit entendu», souligne Monique Gagnon-Tremblay. «On forme une équipe. Ce qui est important pour moi, c'est que le Québec ait sa place, ce n'est pas qui la défend», explique-t-elle.
Pour ne pas que le MRI soit marginalisé, «cela nécessite un effort considérable pour s'imposer tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du gouvernement», assure Louise Beaudoin. «Ça prend une personnalité forte», ajoute Daniel Turp, car ce ministère possède très peu de moyens. Il fonctionne avec un peu moins de 100 millions de dollars par année, soit 0,002 % du budget du gouvernement.
«Le MRI n'est pas en mesure de défendre convenablement les intérêts du Québec dans les organisations internationales, estime Stéphane Paquin, qui suggère que ce ministère fusionne avec le secrétariat aux Affaires intergouvernementales canadiennes. C'est le prix à payer pour avoir une plus grande cohérence gouvernementale en matière de politique internationale.»
Le MRI privilégie une autre voie. «Nous travaillons sur une nouvelle politique d'affaires internationales dans le but de mieux coordonner nos actions et d'avoir une pensée cohérente pour l'ensemble du gouvernement sur tous les sujets qui sont d'ordre international», annonce Monique Gagnon-Tremblay.
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Sur ce sujet, à venir: «Les relations internationales du Québec depuis la doctrine Gérin-Lajoie 1965-2005», un colloque présenté à l'université Concordia et à l'UQAM du 16 au 18 mars prochain.
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