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CHUM et CUSM : un financement équitable ?

Robert Dutrisac   22 janvier 2005  Québec
En 2002-2003, McGill chapeautait de dépenses en recherche médicale de 205 millions de dollars, au troisième rang au Canada.
En 2002-2003, McGill chapeautait de dépenses en recherche médicale de 205 millions de dollars, au troisième rang au Canada.
Québec — Mercredi soir dernier, le SPQ libre (Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre), la nouvelle aile gauche du Parti québécois, a tenu une assemblée sur la situation de la langue française où les militants se sont notamment demandé pourquoi le gouvernement du Québec octroyait la même somme, soit 800 millions, au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et au Centre hospitalier de l'Université de Montréal.

Dans le même esprit, la Ligue des femmes du Québec, signalant que le CHUM reçoit déjà moins que le CUSM pour chaque jour d'hospitalisation, estimait en décembre que le CHUM devait recevoir 80 % des sommes allouées aux centres hospitaliers universitaires. Après tout, le Collège des médecins compte 6027 médecins qui sont diplômés de l'Université de Montréal contre 1740 qui proviennent de McGill, a souligné sa présidente, Claudette Jobin.

Devant les membres du SPQ libre, Frédéric Lacroix, un Ph.D. de l'université McGill en génie électrique, a fait une présentation de l'étude qu'il a faite, en collaboration avec Patrick Sabourin, un étudiant de maîtrise en biologie, sur le financement des universités québécoises et canadiennes selon la langue d'enseignement. Cette étude a fait l'objet d'un article dans l'édition d'octobre 2004 de la revue L'Action nationale.

Alors que le Québec compte 82 % de francophones, 8 % d'anglophones et 10 % d'allophones, le ministère de l'Éducation consacre 23 % de son budget destiné aux universités aux universités anglophones (McGill, Concordia et Bishop's). Avec 77 % du financement, les autres universités ont moins d'argent que le poids démographique de la population francophone, selon Lacroix et Sabourin. De même, le tiers des fonds de recherche versés par Ottawa à des universités québécoises, de 1999 à 2003, sont allés à McGill et, en 2004, cette proportion a grimpé à la moitié, note M. Lacroix.

Les universités anglophones du Québec accueillent un grand nombre d'étudiants canadiens non-québécois. Plus du quart des étudiants de McGill ne sont pas québécois. Comme ils ne paient qu'une partie des coûts de leur scolarité, le MEQ assume la différence, ce qui représente une dépense de 94 millions par année, selon les donnés du ministère. La plupart de ces étudiants quittent le Québec après leurs études.

Mais il n'y a pas que les étudiants non-québécois de McGill qui quittent le Québec, les Québécois aussi. Après ses études de baccalauréat à l'Université Laval, Frédéric Lacroix a passé cinq ans à McGill pour obtenir un doctorat en génie électrique en 2001. «Je suis allé en Californie tout de suite après mon doctorat. J'ai fait comme tous les gens de mon laboratoire qui sont partis à l'extérieur du Québec», a -t-il relaté. La plupart des détenteurs de doctorat de l'Université Laval travaillent au Québec, a-t-il fait valoir. «À McGill, les contacts sont avec les États-Unis et Ottawa, avec le monde anglo-américain», a constaté Frédéric Lacroix qui a depuis décidé de revenir au Québec.

La situation à la faculté de médecine de McGill n'est guère différente. Selon les données de CAPER (Canadian Post-M.D. Education Registry), cinq ans après l'obtention de leurs diplômes, 45 % des médecins issus de McGill pratiquaient ailleurs qu'au Québec, contre

12 % pour l'Université de Montréal et 5 % pour l'Université Laval. McGill compte pour le quart environ des admissions en médecine au Québec mais elle ne fournit qu'un peu plus de 10 % des médecins pratiquant au Québec. L'Université de Montréal en produit trois fois plus.

Selon le doyen de la faculté de médecine de McGill, le Dr Abraham Fuks, cette situation a bien des chances de changer au cours des prochaines années. Un plus grand nombre de médecins formés à McGill demeureront au Québec, a-t-il assuré.

Le gouvernement québécois a désormais reconnu qu'il y avait une pénurie de médecins au Québec. Alors que, dans le passé, 20 % des étudiants en médecine de McGill provenait de l'extérieur du Québec, cette proportion a chuté à 10 %. En outre, McGill fait la cour aux cégépiens francophones dans toutes les régions du Québec. Aussi, 35 % de ses étudiants en médecine sont francophones. Enfin, fait valoir le Dr Fuks, les futurs médecins anglo-québécois parlent couramment le français.

D'ailleurs, jusqu'à tout récemment, l'État québécois ne voulait pas que les étudiants non-québécois s'installent au Québec. Le gouvernement leur faisait signer un contrat par lequel ils s'engageaient à quitter le Québec après leurs études. Compte tenu de la pénurie de médecins, le gouvernement a aboli ce contrat. Le Dr Fuks a signalé de plus que McGill, plus que tout autre université québécoise, attirait des médecins résidents qui ont complété leurs études de 1er cycle à l'extérieur du Québec. Plus du tiers de ces médecins résidents étrangers restent au Québec, a-t-il indiqué.

Pourquoi le CUSM reçoit-il autant d'argent que le CHUM si l'université McGill forme beaucoup moins d'étudiants, se demande Frédéric Lacroix.

L'ancien président du conseil d'administration du CHUM, Jacques Girard, a rappelé au Devoir que Jean Rochon, le ministre de la Santé et des Services sociaux à l'époque, avait décidé qu'il y aurait deux centres hospitaliers universitaires du plus haut niveau à Montréal. Le ministre reconnaissait ainsi l'excellence de la recherche médicale dont McGill était le moteur.

En fait, McGill se situe au premier rang au Québec pour la recherche médicale. Selon les données provenant de l'Université de Montréal, McGill chapeautait, en 2002-2003, 205 millions de dépenses en recherche médicale, au troisième rang au Canada derrière l'université de Toronto et l'université de la Colombie-Britannique. L'Université de Montréal dépensait 159 millions, au cinquième rang canadien. Le directeur de la recherche du CHUM, le Dr Pavel Hamet, a souligné que le CHUM et le CUSM collaborent dans des projets que l'un ou l'autre centre dirige. «Les meilleurs succès en recherche médicale à Montréal, on les fait ensemble», a dit M. Hamet. «La force de Montréal en recherche médicale vient en partie de cette richesse historique et culturelle.»






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