L'UPA achète l'abattoir Colbex
Dans le cadre d'un congrès tout à fait inusité au cours duquel le coeur de l'action se déroulait ailleurs, dans un bureau ministériel et aux abords d'un abattoir, l'Union des producteurs agricoles (UPA) a pris un virage spectaculaire de la production vers la transformation en décidant de faire l'acquisition de tous les actifs de Viandes Levinoff, faisant en même temps le pari qu'elle pourra assurer un prix plancher de 42 ¢ la livre pour les vaches de réforme. Mais en attendant que l'entente de principe conclue hier à 14h se transforme en contrat définitif, il faudra compter sur l'aide financière des gouvernements pour combler la différence entre le prix actuel et le prix plancher.
Quelques instants avant Laurent Pellerin, président de l'UPA, et Françoise Gauthier, ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, Michel Dessureault, président de la Fédération des producteurs de bovins, qui se trouvait sur le barrage installé devant l'abattoir à Saint-Cyrille-de-Wendover, déclarait que la participation des producteurs bovins dans l'entreprise serait de 80 % et que la famille Cola, propriétaire actuel, conserverait une participation de 20 % ainsi que la responsabilité des opérations. Les producteurs, qui n'ont que très peu d'expertise dans la gestion d'un abattoir, ont demandé à ce que les Cola, qui bénéficient d'une expérience de 75 ans dans ces activités, demeurent en place pendant un certain temps, soit cinq ans.
Il reste toutefois de nombreuses ficelles à attacher avant que cette entente de principe ne se transforme en contrat final. M. Pellerin pense que la transaction pourrait avoir lieu avant la fin de 2005. Les parties se donnent jusqu'au 20 décembre pour établir les termes de référence de l'entente; la vérification diligente aura lieu par la suite. Aucune information n'a été fournie sur le prix de cette transaction. Quoi qu'il en soit, M. Pellerin se dit optimiste pour l'avenir et envisage déjà de développer cette entreprise qui a une capacité d'abattage de 1200 vaches par semaine. Il y a deux grands abattoirs au Canada pour les vaches de réforme, et celui de Colbex détenait, avant l'embargo américain, une part de marché de 45 % au Canada, dont
33 % avec des vaches québécoises. Viandes Levinoff possède Colbex et une usine de dépeçage à Montréal.
Par ailleurs, l'annonce de cette entente de principe par Mme Gauthier devant 1000 producteurs, dont un grand nombre étaient fort impatients d'obtenir sur-le-champ la garantie de recevoir 42 ¢ la livre, n'a pas sur le coup soulevé d'enthousiasme parmi les congressistes, bien au contraire. Ils ne voulaient rien savoir d'une aide gouvernementale et demandaient que les 42 ¢ la livre proviennent immédiatement de l'abattoir, en plus d'une entente formelle signée par le gouvernement. À cela, Mme Gauthier a été obligée de reconnaître qu'elle devra retourner voir le premier ministre Jean Charest pour obtenir cette signature. En attendant, elle a donné la parole du gouvernement pour que les 42 ¢ la livre soient versés à compter de lundi prochain.
La ministre a expliqué qu'avant que la transaction de la vente de l'abattoir ne soit complétée, une période tampon est requise pour faire en sorte que le prix plancher soit respecté, grâce à l'appui des gouvernements, pendant une période qui pourrait s'étendre sur huit ou neuf mois, pense-t-elle. Selon elle, les gouvernements devraient vraisemblablement donner en compensation une somme de 12 à 15 millions. Le gouvernement fédéral, par la bouche de Jean Lapierre, aurait confirmé à Mme Gauthier que le gouvernement canadien contribuera à hauteur de 60 % et que Québec fournira le reste. Au fait, le ministre fédéral de l'Agriculture, Andy Mitchell, n'est pas venu visiter les congressistes, et il semble que personne n'ait voulu le remplacer. Les dirigeants de l'UPA auraient bien aimé avoir M. Lapierre.
Cette acquisition, qui a causé toute une surprise, n'arrive toutefois pas comme un cheveu sur la soupe. M. Pellerin a confié hier que des discussions avec la famille Cola avaient commencé il y a environ six mois. Par ailleurs, les producteurs ont acheté au cours de l'été l'abattoir Z. Billette à Saint-Louis-de-Gonzague, qui abat 660 bouvillons par semaine et qui a la capacité de doubler cette production. Depuis l'acquisition, l'UPA a pu vérifier qu'il est très payant de faire de l'abattage. Avant-hier, M. Pellerin le disait: «On sait que c'est très rentable. On n'est pas des enfants d'école.» Cette remarque préparait sans doute les esprits à l'annonce de cette autre acquisition hier.
La crise du revenu net depuis deux ans aura donc créé un climat fertile pour effectuer un tel virage, qui est loin d'être évident. Les producteurs n'ont vraiment pas d'expertise en transformation. C'est pourquoi ils ont insisté pour garder les Cola comme partenaires.
Mais en même temps, le barrage qu'ils ont imposé à l'abattoir Colbex en voulant forcer l'entreprise à payer 42 ¢ la livre aura eu pour effet d'accélérer la réflexion des propriétaires, qui auront refusé jusqu'à la fin de payer ce prix plancher et qui auront plutôt opté pour la vente des actifs. Et qu'arriverait-il si l'entente de principe pour l'acquisition des actifs de Levinoff tombait? Il reste toujours la menace d'une loi de l'Assemblée nationale.
Pour le reste du congrès annuel de l'UPA, les producteurs auront réussi une fois de plus un important coup médiatique avec cette offensive pour obtenir un prix plancher pour les vaches de réforme. Pendant que la ministre parlait, on a vu arriver devant l'estrade six personnes portant un cercueil symbolisant la mort lente de l'agriculture et peut-être même aussi la mort de certains producteurs qui, au cours des derniers mois, ont préféré le suicide à la faillite de leur ferme.
Quelques instants avant Laurent Pellerin, président de l'UPA, et Françoise Gauthier, ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, Michel Dessureault, président de la Fédération des producteurs de bovins, qui se trouvait sur le barrage installé devant l'abattoir à Saint-Cyrille-de-Wendover, déclarait que la participation des producteurs bovins dans l'entreprise serait de 80 % et que la famille Cola, propriétaire actuel, conserverait une participation de 20 % ainsi que la responsabilité des opérations. Les producteurs, qui n'ont que très peu d'expertise dans la gestion d'un abattoir, ont demandé à ce que les Cola, qui bénéficient d'une expérience de 75 ans dans ces activités, demeurent en place pendant un certain temps, soit cinq ans.
Il reste toutefois de nombreuses ficelles à attacher avant que cette entente de principe ne se transforme en contrat final. M. Pellerin pense que la transaction pourrait avoir lieu avant la fin de 2005. Les parties se donnent jusqu'au 20 décembre pour établir les termes de référence de l'entente; la vérification diligente aura lieu par la suite. Aucune information n'a été fournie sur le prix de cette transaction. Quoi qu'il en soit, M. Pellerin se dit optimiste pour l'avenir et envisage déjà de développer cette entreprise qui a une capacité d'abattage de 1200 vaches par semaine. Il y a deux grands abattoirs au Canada pour les vaches de réforme, et celui de Colbex détenait, avant l'embargo américain, une part de marché de 45 % au Canada, dont
33 % avec des vaches québécoises. Viandes Levinoff possède Colbex et une usine de dépeçage à Montréal.
Par ailleurs, l'annonce de cette entente de principe par Mme Gauthier devant 1000 producteurs, dont un grand nombre étaient fort impatients d'obtenir sur-le-champ la garantie de recevoir 42 ¢ la livre, n'a pas sur le coup soulevé d'enthousiasme parmi les congressistes, bien au contraire. Ils ne voulaient rien savoir d'une aide gouvernementale et demandaient que les 42 ¢ la livre proviennent immédiatement de l'abattoir, en plus d'une entente formelle signée par le gouvernement. À cela, Mme Gauthier a été obligée de reconnaître qu'elle devra retourner voir le premier ministre Jean Charest pour obtenir cette signature. En attendant, elle a donné la parole du gouvernement pour que les 42 ¢ la livre soient versés à compter de lundi prochain.
La ministre a expliqué qu'avant que la transaction de la vente de l'abattoir ne soit complétée, une période tampon est requise pour faire en sorte que le prix plancher soit respecté, grâce à l'appui des gouvernements, pendant une période qui pourrait s'étendre sur huit ou neuf mois, pense-t-elle. Selon elle, les gouvernements devraient vraisemblablement donner en compensation une somme de 12 à 15 millions. Le gouvernement fédéral, par la bouche de Jean Lapierre, aurait confirmé à Mme Gauthier que le gouvernement canadien contribuera à hauteur de 60 % et que Québec fournira le reste. Au fait, le ministre fédéral de l'Agriculture, Andy Mitchell, n'est pas venu visiter les congressistes, et il semble que personne n'ait voulu le remplacer. Les dirigeants de l'UPA auraient bien aimé avoir M. Lapierre.
Cette acquisition, qui a causé toute une surprise, n'arrive toutefois pas comme un cheveu sur la soupe. M. Pellerin a confié hier que des discussions avec la famille Cola avaient commencé il y a environ six mois. Par ailleurs, les producteurs ont acheté au cours de l'été l'abattoir Z. Billette à Saint-Louis-de-Gonzague, qui abat 660 bouvillons par semaine et qui a la capacité de doubler cette production. Depuis l'acquisition, l'UPA a pu vérifier qu'il est très payant de faire de l'abattage. Avant-hier, M. Pellerin le disait: «On sait que c'est très rentable. On n'est pas des enfants d'école.» Cette remarque préparait sans doute les esprits à l'annonce de cette autre acquisition hier.
La crise du revenu net depuis deux ans aura donc créé un climat fertile pour effectuer un tel virage, qui est loin d'être évident. Les producteurs n'ont vraiment pas d'expertise en transformation. C'est pourquoi ils ont insisté pour garder les Cola comme partenaires.
Mais en même temps, le barrage qu'ils ont imposé à l'abattoir Colbex en voulant forcer l'entreprise à payer 42 ¢ la livre aura eu pour effet d'accélérer la réflexion des propriétaires, qui auront refusé jusqu'à la fin de payer ce prix plancher et qui auront plutôt opté pour la vente des actifs. Et qu'arriverait-il si l'entente de principe pour l'acquisition des actifs de Levinoff tombait? Il reste toujours la menace d'une loi de l'Assemblée nationale.
Pour le reste du congrès annuel de l'UPA, les producteurs auront réussi une fois de plus un important coup médiatique avec cette offensive pour obtenir un prix plancher pour les vaches de réforme. Pendant que la ministre parlait, on a vu arriver devant l'estrade six personnes portant un cercueil symbolisant la mort lente de l'agriculture et peut-être même aussi la mort de certains producteurs qui, au cours des derniers mois, ont préféré le suicide à la faillite de leur ferme.
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