CHUM: attention particulière pour le site d'Outremont
Paul Desmarais négocie avec le CP l'achat de la cour de triage
La proposition de l'Université de Montréal de construire le futur CHUM et un nouveau campus universitaire des sciences de la santé à Outremont bénéficie d'une attention particulière de la part du gouvernement de Jean Charest. Un comité interministériel chargé d'analyser la pertinence de ce projet et la capacité financière du Québec de le réaliser a été mis sur pied il y a plus d'un mois alors qu'aucun effort semblable n'a été déployé pour le site du centre-ville.
Il s'agit d'un comité administratif créé par décision du conseil des ministres. On y retrouve les ministères de la Santé, de l'Éducation, des Affaires municipales, du Développement économique et régional et de la Recherche ainsi que le Conseil du trésor. De plus, le ministère des Transports et celui de la Sécurité publique y apportent un appui technique.
Au cabinet du ministre de la Santé, Philippe Couillard, on affirmait hier en fin d'après-midi qu'un tel comité n'existe pas parce que «ça impliquerait que la décision est déjà prise». Or, 30 minutes plus tard, on rappelait Le Devoir pour confirmer que ce comité avait bel et bien reçu un mandat et qu'il devait faire des recommandations au ministre Couillard au cours des prochaines semaines. Il a également été précisé qu'aucune démarche comparable n'a été entreprise en ce qui concerne la proposition d'implanter le CHUM sur le site de l'hôpital Saint-Luc.
Pour trancher la question du site, le ministre Couillard attend donc ce rapport ainsi que ceux de la commission Mulroney-Johnson et de l'Agence de développement de réseaux locaux de services de santé et de services sociaux de Montréal. Comme le révélait Le Devoir samedi dernier, les premières analyses de cette agence sont défavorables au projet de l'Université de Montréal compte tenu du déséquilibre que subirait ainsi la distribution des services dans l'île.
Si le recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, a semblé irrité hier en conférence de presse par cette «opinion rapide et préliminaire», il montre un bel enthousiasme pour la décision politique à venir. «C'est devenu un projet gouvernemental», a fait valoir M. Lacroix en se réjouissant de l'existence du comité interministériel.
Un des éléments sur lesquels table le recteur Lacroix pour donner un dernier argument au gouvernement est l'achat de la cour de triage d'Outremont. Les choses s'accélèrent du côté des négociations entre l'université et le Canadien Pacifique (CP), propriétaire de la cour de triage d'Outremont. Tout devrait être terminé d'ici deux semaines, soit avant le dépôt des trois rapports au gouvernement.
C'est Paul Desmarais, de Power Corporation, qui mène les pourparlers au côté du recteur Lacroix. Un lien de «grande confiance et d'amitié» lie M. Desmarais et le président du CP, Robert Ritchie, a souligné M. Lacroix. «M. Desmarais n'est intervenu dans ce dossier que pour m'aider et aider l'Université de Montréal, qui avait le mandat de voir les possibilités d'acquisition du site Outremont. On va finaliser cette négociation dans les jours qui viennent, et si ça se réalise comme je le crois, on devra dire un grand grand merci à Paul Desmarais», a-t-il expliqué.
M. Lacroix s'est dit désolé que des critiques aient été formulées depuis une semaine — le forçant même à corriger «toute cette désinformation» — à propos de la discrétion de l'Université de Montréal dans ce dossier. Le «caractère secret» allégué était en fait «une attitude éminemment responsable de la part de l'Université de Montréal de ne pas se lancer publiquement avec un projet» dont on ignorait la faisabilité, a justifié M. Lacroix.
Le recteur a également expliqué que l'implication du pharmacien Jean Coutu s'était limitée à tenter de réanimer le site de l'Hôtel-Dieu; le sérieux du projet de l'Université de Montréal a convaincu M. Coutu d'abandonner sa démarche.
«Je suis toujours un peu surpris de voir que l'on fasse deux poids, deux mesures. Quand McGill a fait l'acquisition du site Glen, c'est un lobby d'hommes d'affaires à la tête duquel est l'ancien président d'Alcan avec une série de gens influents du monde anglophone qui ont tout fait ça. Et, à cette époque-là, les gens, les médias ne faisaient que vanter la force de McGill et de son réseau. Si l'Université de Montréal utilise son réseau pour l'aider, c'est comme si ce n'est plus correct», a affirmé Robert Lacroix.
L'Université de Montréal avait invité les journalistes à une brève présentation du projet, tableaux et cartes à l'appui. «La cour de triage d'Outremont, c'est dans la cour de l'université», a soutenu M. Lacroix, pour qui le site offre tous les avantages: accessibilité, sécurité, économie. «Ce sera un espace de vie et de soins. [...] C'est un projet de société plutôt qu'un projet disparate», a-t-il ajouté.
Sous son regard, même les voies ferrées qui traversent la cour de triage ne sont plus un problème. Les rails qui sont essentiels au port de Montréal seraient maintenus. «Tout le reste serait enlevé», a dit M. Lacroix.
Rappelons que le gouvernement fédéral est prêt à financer le déplacement des voies ferrées. Selon les sources du Devoir, le ministre des Transports et député d'Outremont, Jean Lapierre, disposerait d'une enveloppe de 25 millions.
Et pour ceux qui croient possible, comme le conseil d'administration de l'actuel CHUM (dont le président et le directeur général étaient relégués hier à un rôle d'observateurs), qu'il est envisageable de créer une cité de la santé et du savoir au centre-ville, Robert Lacroix a une réponse tranchante. Après un grand éclat de rire, M. Lacroix a laissé tomber que «les facultés de la santé n'ont pas considéré et ne considéreraient pas leur déménagement au centre-ville».
Invité à commenter le projet du recteur Lacroix, le ministre Philippe Couillard a affirmé qu'il présente «certainement des attraits stratégiques pour les francophones du Québec».
Avec la collaboration de Louise-Maude Rioux Soucy
Il s'agit d'un comité administratif créé par décision du conseil des ministres. On y retrouve les ministères de la Santé, de l'Éducation, des Affaires municipales, du Développement économique et régional et de la Recherche ainsi que le Conseil du trésor. De plus, le ministère des Transports et celui de la Sécurité publique y apportent un appui technique.
Au cabinet du ministre de la Santé, Philippe Couillard, on affirmait hier en fin d'après-midi qu'un tel comité n'existe pas parce que «ça impliquerait que la décision est déjà prise». Or, 30 minutes plus tard, on rappelait Le Devoir pour confirmer que ce comité avait bel et bien reçu un mandat et qu'il devait faire des recommandations au ministre Couillard au cours des prochaines semaines. Il a également été précisé qu'aucune démarche comparable n'a été entreprise en ce qui concerne la proposition d'implanter le CHUM sur le site de l'hôpital Saint-Luc.
Pour trancher la question du site, le ministre Couillard attend donc ce rapport ainsi que ceux de la commission Mulroney-Johnson et de l'Agence de développement de réseaux locaux de services de santé et de services sociaux de Montréal. Comme le révélait Le Devoir samedi dernier, les premières analyses de cette agence sont défavorables au projet de l'Université de Montréal compte tenu du déséquilibre que subirait ainsi la distribution des services dans l'île.
Si le recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, a semblé irrité hier en conférence de presse par cette «opinion rapide et préliminaire», il montre un bel enthousiasme pour la décision politique à venir. «C'est devenu un projet gouvernemental», a fait valoir M. Lacroix en se réjouissant de l'existence du comité interministériel.
Un des éléments sur lesquels table le recteur Lacroix pour donner un dernier argument au gouvernement est l'achat de la cour de triage d'Outremont. Les choses s'accélèrent du côté des négociations entre l'université et le Canadien Pacifique (CP), propriétaire de la cour de triage d'Outremont. Tout devrait être terminé d'ici deux semaines, soit avant le dépôt des trois rapports au gouvernement.
C'est Paul Desmarais, de Power Corporation, qui mène les pourparlers au côté du recteur Lacroix. Un lien de «grande confiance et d'amitié» lie M. Desmarais et le président du CP, Robert Ritchie, a souligné M. Lacroix. «M. Desmarais n'est intervenu dans ce dossier que pour m'aider et aider l'Université de Montréal, qui avait le mandat de voir les possibilités d'acquisition du site Outremont. On va finaliser cette négociation dans les jours qui viennent, et si ça se réalise comme je le crois, on devra dire un grand grand merci à Paul Desmarais», a-t-il expliqué.
M. Lacroix s'est dit désolé que des critiques aient été formulées depuis une semaine — le forçant même à corriger «toute cette désinformation» — à propos de la discrétion de l'Université de Montréal dans ce dossier. Le «caractère secret» allégué était en fait «une attitude éminemment responsable de la part de l'Université de Montréal de ne pas se lancer publiquement avec un projet» dont on ignorait la faisabilité, a justifié M. Lacroix.
Le recteur a également expliqué que l'implication du pharmacien Jean Coutu s'était limitée à tenter de réanimer le site de l'Hôtel-Dieu; le sérieux du projet de l'Université de Montréal a convaincu M. Coutu d'abandonner sa démarche.
«Je suis toujours un peu surpris de voir que l'on fasse deux poids, deux mesures. Quand McGill a fait l'acquisition du site Glen, c'est un lobby d'hommes d'affaires à la tête duquel est l'ancien président d'Alcan avec une série de gens influents du monde anglophone qui ont tout fait ça. Et, à cette époque-là, les gens, les médias ne faisaient que vanter la force de McGill et de son réseau. Si l'Université de Montréal utilise son réseau pour l'aider, c'est comme si ce n'est plus correct», a affirmé Robert Lacroix.
L'Université de Montréal avait invité les journalistes à une brève présentation du projet, tableaux et cartes à l'appui. «La cour de triage d'Outremont, c'est dans la cour de l'université», a soutenu M. Lacroix, pour qui le site offre tous les avantages: accessibilité, sécurité, économie. «Ce sera un espace de vie et de soins. [...] C'est un projet de société plutôt qu'un projet disparate», a-t-il ajouté.
Sous son regard, même les voies ferrées qui traversent la cour de triage ne sont plus un problème. Les rails qui sont essentiels au port de Montréal seraient maintenus. «Tout le reste serait enlevé», a dit M. Lacroix.
Rappelons que le gouvernement fédéral est prêt à financer le déplacement des voies ferrées. Selon les sources du Devoir, le ministre des Transports et député d'Outremont, Jean Lapierre, disposerait d'une enveloppe de 25 millions.
Et pour ceux qui croient possible, comme le conseil d'administration de l'actuel CHUM (dont le président et le directeur général étaient relégués hier à un rôle d'observateurs), qu'il est envisageable de créer une cité de la santé et du savoir au centre-ville, Robert Lacroix a une réponse tranchante. Après un grand éclat de rire, M. Lacroix a laissé tomber que «les facultés de la santé n'ont pas considéré et ne considéreraient pas leur déménagement au centre-ville».
Invité à commenter le projet du recteur Lacroix, le ministre Philippe Couillard a affirmé qu'il présente «certainement des attraits stratégiques pour les francophones du Québec».
Avec la collaboration de Louise-Maude Rioux Soucy
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