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Les contradictions de Jean Charest

22 novembre 2004  Québec
Le premier ministre Jean Charest est un néoconservateur accompli. Il ne le dirait peut-être pas comme ça, mais ses interventions publiques le trahissent. Dans son discours inaugural de juin 2003, il affirmait d'emblée, par exemple, que «c'est [la] réussite individuelle qui permettra une meilleure répartition de la richesse et une plus grande justice sociale».

Jean Charest n'aime pas le «modèle québécois». Il est un émule du «modèle américain», sauf pour le système de santé qui, en termes d'équité, est, aux États-Unis, une catastrophe. Ce modèle américain, que des experts appellent le modèle anglo-saxon, est construit de manière à maximiser les profits de l'entreprise privée afin que celle-ci augmente ses investissements.

Le système anglo-saxon invite à abaisser le fardeau fiscal individuel et à réduire les impôts sur le capital des entreprises. Il préconise une certaine austérité salariale, la flexibilité de la main-d'oeuvre, la productivité des entreprises au service de la création de valeur pour les actionnaires et l'allégement des contraintes réglementaires.

Depuis qu'il a pris la direction du Parti libéral du Québec, en 1998, M. Charest est l'apôtre de politiques tout à fait assorties à ce credo. C'est son choix et, jusqu'à présent, il l'assume. Ce n'est pas le dénoncer que le rappeler.

Selon lui, il fallait une deuxième Révolution tranquille qui, au lieu de construire un État agissant, contribuera plutôt à le rendre «mince et agile», comme le dit la présidente du Conseil du trésor, Mme Monique Jérôme-Forget. Il ne cesse de ruminer des données statistiques, souvent colligées par l'Institut Fraser, un think tank conservateur dont l'une des dernières études sur le Québec (qui ne comporte aucune référence à un auteur québécois!) indique que les choix politiques faits par le Québec l'ont conduit à une situation déplorable sur le plan économique. Cette étude est abondamment citée dans les documents budgétaires du ministère des Finances.

***

Le gouvernement prône donc ce modèle au lieu du nôtre pour orienter la gouverne, l'organisation de la société et le développement du Québec. Quelques obsessions reviennent sans cesse dans les discours de M. Charest portant sur l'initiative individuelle, l'apport du secteur privé pour livrer les services publics et la réduction du fardeau fiscal.

Les consultations des derniers mois n'ont rien changé à cet égard. Les appels nombreux d'économistes réputés à renoncer aux baisses d'impôt n'ont pas infléchi sa position. M. Charest reste convaincu du bien fondé de cette doctrine et il continue de chercher à la mettre en oeuvre. Tout ce qui l'en empêche pour l'instant est la situation budgétaire du gouvernement. Québec n'a tout simplement pas les moyens, comme les avait Mike Harris en Ontario il y a quelques années, de baisser les taxes. À moins, bien sûr, d'imiter George Bush et de renouer avec les déficits budgétaires.

Voilà certainement une première contradiction de Jean Charest: continuer à prôner une politique inapplicable en matière de fiscalité. Il y en a d'autres.

M. Charest préconise une deuxième Révolution tranquille. Il n'a que le mot changement à la bouche. Ce doit être parce que les choses vont mal. Or il y avait quelque chose d'étonnant à l'entendre dire ceci à la clôture du Forum des générations: «Nous vivons dans une société remarquable. L'Histoire du Québec est une Histoire de réussites: un peuple qui a su préserver sa langue et sa culture, et tirer son épingle du jeu sur le plan économique.» Si le Québec est une société remarquable qui a réussit, est-il nécessaire de tout chambarder?

Le PLQ a publié, pour son congrès de fin de semaine, un document encore plus étonnant intitulé Mieux vivre au Québec et qui trace des perspectives pour la société québécoise dans vingt ans. Les marottes libérales y apparaissent: réduction du fardeau fiscal comme objectif suprême de la société, partenariats public-privé, flexibilité de la main-d'oeuvre, accroissement des libertés individuelles... Je note qu'à aucun endroit dans ce document on ne propose comme objectif principal la réduction des inégalités au Québec alors que tous les experts font la démonstration que les inégalités sont justement en hausse chez nous.

Le plus étonnant n'est évidemment pas là. Il se trouve dans les passages où l'on recycle les notions de partenariat avec la société civile, de concertation, de participation civique et de bien commun pour présider au développement futur du Québec.

Étonnant parce qu'au cours de la première année de son mandat, le gouvernement a fait tout ce qu'il a pu pour casser les mécanismes de concertation en vigueur au Québec notamment dans le développement régional; il a affaibli les organisations de la société civile dont il gèle le financement présentement; il a condamné les syndicats et les partenaires communautaires en les accusant d'être des organismes «corporatistes» aptes uniquement à défendre leurs intérêts et le statu quo; il a déçu les citoyens avec ses référendums sur les défusions et en retardant encore le dépôt de son projet de réforme du mode de scrutin.

Ceux avec qui le gouvernement libéral souhaite collaborer, échanger des points de vue, se concerter, sont en majorité dans la rue et le dénoncent. Ils ne croient pas en la doctrine à laquelle il ne renoncera jamais. Cette contradiction-là va devenir irréductible.

michel.venne@inm.qc.ca






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  • Yvan St-Pierre
    Inscrit
    lundi 22 novembre 2004 14h50
    Encore l'anglais de droite
    « Monsieur Venne, comme j'ai une fois de plus l'impression qu'exiger de la rigueur intellectuelle sur la place publique c'est comme lutter contre des moulins à vent, je serai bref.
    Je n'ai aucunement l'intention de me porter à la défense de Jean Charest, dont je ne partage pas plus l'approche néo-libérale que vous. J'en ai cependant contre un amalgame qui continue à abreuver la confusion la plus totale en matière d'analyse politique, sur le plan économique tout particulièrement. Vous y glissez rapidement d'ailleurs, et c'est d'autant plus pernicieux.
    Le néo-libéralisme, y compris dans sa version "trickle-down", n'a pas été inventé par Ronald Reagan et Margaret Thatcher, ne vous en déplaise, ou plus généralement, il est sans fondement de prétendre qu'il s'agit d'une vision "anglo-saxonne" de l'économie. Un tout petit peu d'histoire de la pensée économique vous permettrait de voir que la source de cette doctrine repose d'abord chez des économistes français (J-B Say, puis évidemment Frédéric Bastiat) du XIXe siècle, et a été surtout été reprise par un autrichien, Friedrich Hayek, immigré en Angleterre pour la liberté de pensée qui y régnait, et qui s'y est confronté avec un véritable anglo-saxon, Lord d'ailleurs, qui s'appelait Keynes et qui était précisément le contraire d'un néo-libéral.
    Bien sûr comme l'appartenance ethnique n'a foutrement rien à voir avec la validité ou l'intérêt d'une théorie, vous pourrez donner des contre-exemples mais, je ne prétends pas quant à moi savoir pourquoi, jamais aussi néo-libéraux que Hayek et Bastiat. Adam Smith défendait une conception beaucoup plus intéressante des biens publics que ce qu'on lui prête en général, Friedman le monétariste anti-keynésien proposait du même souffle l'impôt négatif aux plus démunis, Marshall était sans doute emprisonné dans la morale victorienne, mais préféreriez-vous l'Inquisition espagnole ou le Goulag soviétique ou les camps Nazis? Pas beaucoup d'anglo-saxons là, en effet...
    De quelle morale vous réclamez-vous au fait, de celle de quels Québécois? Jean Charest n'est pas un vrai québécois? C'est pour ça qu'il est pas gentil? Pensez-vous vraiment que vous contribuez à la pensée critique et à l'analyse éclairée de cette manière?
    Le débat public a besoin de plus de rigueur que ça, et vite. »

  • Carole Savard
    Abonné
    lundi 22 novembre 2004 20h41
    Ce vieux Charest
    « Ce fut un bonheur de lire votre texte. On ne dira jamais assez combien ce gouvernement Charest est rétrograde. Il prétend faire du neuf, mais il le fait avec du vieux conservatisme. Pourvu que les Québécois ne se laissent pas encore endormir par du vide! »

  • Laure Gardenelle
    Inscrite
    samedi 27 novembre 2004 20h37
    Les Galimatias de M. Yvan St-Pierre
    « M. St-Pierre, à lire vos galimatias, j'ai l'impression de retrouver l'ami Marcel Ste-Marie (par exemple: http://www.ledevoir.com/dossiers/282/62239.html?282).

    Et je suis au regret de vous informer qu'il ne s'agit pas exactement, disons, d'un compliment.

    Bonne prochaine tentative, tout de même, M. St-Pierre !

    Bien que... j'aie peu d'espoir pour l'avenir, si on s'en fie au commentaire pertinent suivant de M. Dunois (on comprendra du même souffle que je ne sois pas ici particulièrement originale): http://www.ledevoir.com/dossiers/304/66995.html?304 . Dommage que M. Yvan Saint-Pierre démontrât ne pas être très très ouvert aux amicales suggestions. Il en serait pourtant le premier bénéficiaire. Une réputation intellectuelle, après tout, ce n'est pas rien.

    Bref. Prenez garde, monsieur, qu'un jour prochain on en arrive à parler des pédantes confusions de M. St-Pierre comme on parle depuis longtemps de la chèvre de M. Séguin. »

  • Marcelin Gélinas
    Inscrit
    jeudi 9 décembre 2004 11h07
    Rigueur intellectuelle, dites-vous ???
    « M. Yvan St-Pierre, Mme Gardenelle a tout à fait raison.

    Lorsque je mets en vis-à-vis vos textes (on a eu l'occasion d'en lire déjà quelques-uns ici même, dans les dossiers du Devoir) et votre prônage de la rigueur intellectuelle, il me semble entendre (mutatis mutandis) un pédophile qui prône la morale avec emphase.

    Je ne vise pas à vous blesser, M. St-Pierre ; mais prenez garde tout de même au ridicule. Une réputation «intellectuelle», comme le laisse entendre avec pertinence cette dame, c'est long à construire. Et il en faut bien peu, le plus souvent, pour qu'elle s'écroule irréversiblement.

    La pensée, et la connaissance, c'est autre chose qu'un alignement plus ou moins hasardeux de mots et de phrases.

    Cela dit, je salue la réflexion de M. Venne - toujours propice à la cogitation. »

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