Santé: poser le problème autrement - 1
18 octobre 2004
Québec
Les ministres Philippe Couillard et Yves Séguin ont reçu le mandat de former une équipe pour explorer des pistes afin d'«assurer la pérennité de notre système de santé».
La réflexion gouvernementale, qui s'est terminée par le Forum des générations, est dominée par l'impact appréhendé des changements démographiques sur les finances publiques. Dans la santé, la question est posée de la façon suivante: la population vieillit; le vieillissement accentuera les pressions à la hausse sur les coûts du système; l'État n'a plus les moyens de payer; on ne peut pas augmenter les impôts; que faire?
La réponse qui vient spontanément dans bien des milieux est de recourir au secteur privé. Pour d'autres, cette solution serait une erreur magistrale. Les récriminations contre le déséquilibre fiscal (qui est réel) forment l'autre versant du même discours: plutôt que d'augmenter les impôts à Québec, on suggère à Ottawa de ne pas réduire les siens et d'envoyer l'argent aux provinces.
Si le débat est posé uniquement en ces termes, on n'est pas sortis de l'auberge. On se prépare une confrontation entre les tenants du privé et les opposants au privé. Recette infaillible pour une impasse politique. Il faut donc essayer d'aborder le problème autrement.
Le changement de perspective est nécessaire pour deux raisons. D'abord, pour avoir la certitude que l'on cherche des solutions aux bons problèmes. Ensuite, pour remobiliser les citoyens et les acteurs sociaux vers un objectif commun.
La semaine dernière, le premier ministre a insisté sur l'exigence d'envisager les choses dans le long terme. Il a raison. Le débat sur la santé ne peut pas se résoudre avec le nez collé sur le prochain budget.
Je reviendrai la semaine prochaine sur la question du financement du système de soins. Mais avant de poser la question sous cet angle, ne serait-il pas pertinent de se demander comment celui-ci pourrait nous coûter moins cher?
***
Des experts vous diront qu'on peut réduire les coûts du système en réorganisant le travail. On peut aussi acheter des médicaments génériques, moins chers, modifier la rémunération des médecins, favoriser l'établissement de coopératives de santé. Sans doute d'autres avenues existent, mais dont on ne parle jamais.
Mais il y a plus basique encore. Pourquoi vouloir assurer la pérennité du système de santé? Sans vouloir être simpliste, il n'y a qu'une raison valable: pour que les Québécois vivent en bonne santé et, de ce fait, jouissent d'une meilleure qualité de vie. En outre, plus les Québécois sont en santé, moins ils consomment de soins. Voilà sans doute un bon moyen de réduire la pression sur le système: en diminuer le besoin.
Globalement, la santé des Québécois s'améliore ainsi que notre espérance de vie. Mais on pourrait faire mieux. L'espérance de vie à la naissance, qui est l'un des indicateurs les plus courants pour évaluer l'état de santé d'une population, reste moins élevée au Québec qu'en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique. La mortalité infantile (un autre indicateur probant) a diminué de 37 % au Québec depuis 1980. Or elle a diminué de 50 % en moyenne dans les 21 pays de l'OCDE.
Comment améliorer ces scores?
Si l'état de santé de la population s'améliore, les inégalités subsistent. L'espérance de vie est d'un an inférieure à la moyenne dans les zones les moins urbanisées du Québec, celles où l'on assiste à une lente dévitalisation économique et sociale. Une statistique mérite d'être répétée, et qui fait toujours frémir: l'espérance de vie est de 13 ans inférieure dans les quartiers pauvres de Montréal comparés aux quartiers riches.
En somme, pour améliorer la santé des Québécois, et ainsi réduire la pression sur le système de soins, il faut agir pour réduire ces inégalités et agir sur ce que l'on appelle les déterminants de la santé: combattre la pauvreté pour vrai (23 % des gens les plus démunis ont de mauvaises habitudes de vie contre 10 % chez les plus riches), combattre la sédentarité (59 % des Québécois sont inactifs, contre 43 % en Colombie-Britannique où l'espérance de vie est de un an supérieure à la nôtre), réduire la pollution atmosphérique (les maladies liées au système respiratoire gagnent du terrain au Québec), etc.
On ne trouvera pas toutes les solutions à l'hôpital. Elles passent, entre autres choses, par un aménagement urbain qui décourage l'utilisation de l'automobile, incite à l'emploi du transport en commun, les déplacements à pied ou à vélo, ce qui non seulement réduit la pollution mais facilite la mobilité des personnes plus pauvres, des jeunes et des aînés, ce qui favorise l'insertion sur le marché du travail, l'accès à des services de tous ordres ou le maintien de la participation à la vie sociale et culturelle, tous éléments essentiels au maintien de l'équilibre psychologique et émotionnel, donc à la santé.
Aussi par des politiques vigoureuses de sport et de loisir (une heure de plus d'éducation physique à l'école est un début mais bien timide), qui favorisent l'activité physique, certes, mais qui en plus aident à la reconstitution de réseaux sociaux et ainsi à réduire l'incidence de troubles mentaux liés à l'isolement. Et la liste pourrait s'allonger.
***
Le premier changement de perspective proposé est de faire porter le débat sur la santé plutôt que sur la maladie. Cela étant, nous ne cesserons pas d'être malades demain, et les coûts du système de soins continueront de subir une pression à la hausse. La question du financement se pose elle aussi. J'y reviens la semaine prochaine.
michel.venne@inm.qc.ca
La réflexion gouvernementale, qui s'est terminée par le Forum des générations, est dominée par l'impact appréhendé des changements démographiques sur les finances publiques. Dans la santé, la question est posée de la façon suivante: la population vieillit; le vieillissement accentuera les pressions à la hausse sur les coûts du système; l'État n'a plus les moyens de payer; on ne peut pas augmenter les impôts; que faire?
La réponse qui vient spontanément dans bien des milieux est de recourir au secteur privé. Pour d'autres, cette solution serait une erreur magistrale. Les récriminations contre le déséquilibre fiscal (qui est réel) forment l'autre versant du même discours: plutôt que d'augmenter les impôts à Québec, on suggère à Ottawa de ne pas réduire les siens et d'envoyer l'argent aux provinces.
Si le débat est posé uniquement en ces termes, on n'est pas sortis de l'auberge. On se prépare une confrontation entre les tenants du privé et les opposants au privé. Recette infaillible pour une impasse politique. Il faut donc essayer d'aborder le problème autrement.
Le changement de perspective est nécessaire pour deux raisons. D'abord, pour avoir la certitude que l'on cherche des solutions aux bons problèmes. Ensuite, pour remobiliser les citoyens et les acteurs sociaux vers un objectif commun.
La semaine dernière, le premier ministre a insisté sur l'exigence d'envisager les choses dans le long terme. Il a raison. Le débat sur la santé ne peut pas se résoudre avec le nez collé sur le prochain budget.
Je reviendrai la semaine prochaine sur la question du financement du système de soins. Mais avant de poser la question sous cet angle, ne serait-il pas pertinent de se demander comment celui-ci pourrait nous coûter moins cher?
***
Des experts vous diront qu'on peut réduire les coûts du système en réorganisant le travail. On peut aussi acheter des médicaments génériques, moins chers, modifier la rémunération des médecins, favoriser l'établissement de coopératives de santé. Sans doute d'autres avenues existent, mais dont on ne parle jamais.
Mais il y a plus basique encore. Pourquoi vouloir assurer la pérennité du système de santé? Sans vouloir être simpliste, il n'y a qu'une raison valable: pour que les Québécois vivent en bonne santé et, de ce fait, jouissent d'une meilleure qualité de vie. En outre, plus les Québécois sont en santé, moins ils consomment de soins. Voilà sans doute un bon moyen de réduire la pression sur le système: en diminuer le besoin.
Globalement, la santé des Québécois s'améliore ainsi que notre espérance de vie. Mais on pourrait faire mieux. L'espérance de vie à la naissance, qui est l'un des indicateurs les plus courants pour évaluer l'état de santé d'une population, reste moins élevée au Québec qu'en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique. La mortalité infantile (un autre indicateur probant) a diminué de 37 % au Québec depuis 1980. Or elle a diminué de 50 % en moyenne dans les 21 pays de l'OCDE.
Comment améliorer ces scores?
Si l'état de santé de la population s'améliore, les inégalités subsistent. L'espérance de vie est d'un an inférieure à la moyenne dans les zones les moins urbanisées du Québec, celles où l'on assiste à une lente dévitalisation économique et sociale. Une statistique mérite d'être répétée, et qui fait toujours frémir: l'espérance de vie est de 13 ans inférieure dans les quartiers pauvres de Montréal comparés aux quartiers riches.
En somme, pour améliorer la santé des Québécois, et ainsi réduire la pression sur le système de soins, il faut agir pour réduire ces inégalités et agir sur ce que l'on appelle les déterminants de la santé: combattre la pauvreté pour vrai (23 % des gens les plus démunis ont de mauvaises habitudes de vie contre 10 % chez les plus riches), combattre la sédentarité (59 % des Québécois sont inactifs, contre 43 % en Colombie-Britannique où l'espérance de vie est de un an supérieure à la nôtre), réduire la pollution atmosphérique (les maladies liées au système respiratoire gagnent du terrain au Québec), etc.
On ne trouvera pas toutes les solutions à l'hôpital. Elles passent, entre autres choses, par un aménagement urbain qui décourage l'utilisation de l'automobile, incite à l'emploi du transport en commun, les déplacements à pied ou à vélo, ce qui non seulement réduit la pollution mais facilite la mobilité des personnes plus pauvres, des jeunes et des aînés, ce qui favorise l'insertion sur le marché du travail, l'accès à des services de tous ordres ou le maintien de la participation à la vie sociale et culturelle, tous éléments essentiels au maintien de l'équilibre psychologique et émotionnel, donc à la santé.
Aussi par des politiques vigoureuses de sport et de loisir (une heure de plus d'éducation physique à l'école est un début mais bien timide), qui favorisent l'activité physique, certes, mais qui en plus aident à la reconstitution de réseaux sociaux et ainsi à réduire l'incidence de troubles mentaux liés à l'isolement. Et la liste pourrait s'allonger.
***
Le premier changement de perspective proposé est de faire porter le débat sur la santé plutôt que sur la maladie. Cela étant, nous ne cesserons pas d'être malades demain, et les coûts du système de soins continueront de subir une pression à la hausse. La question du financement se pose elle aussi. J'y reviens la semaine prochaine.
michel.venne@inm.qc.ca
Haut de la page

