Après la clinique d'urgence privée, l'hôpital privé?
Le ministère de la Santé rejette les visées de la clinique MD-Plus
Les premiers patients de la clinique médicale d'urgence entièrement privée MD-Plus, lancée avec grand bruit hier à Mont-Royal, n'avaient pas encore mis le pied dans la chic clinique que déjà ses trois artisans envisageaient de bonifier leur service en ouvrant la porte à un projet d'hôpital entièrement privé. L'idée a fortement déplu au ministère de la Santé et des Services sociaux, qui y voit l'expression d'une stricte gestion «d'affaires».
Pour l'instant, le projet d'un hôpital privé reste davantage un voeu pieux qu'un véritable combat pour les Drs Luc Bessette, Alain Chamoun et Christian Hobden. Ceux-ci disent avoir ouvert la clinique MD-Plus afin de répondre aux besoins d'accessibilité et de qualité que réclame, selon eux, la population, une conclusion tirée sur la foi d'observations récoltées sur le terrain après des années de pratique cumulées dans le réseau public.
«Notre ambition est d'offrir des services de qualité que nous avons l'intention de bonifier par l'ajout de services spécialisés, a expliqué hier le Dr Bessette. Le projet pourrait cependant rapidement rencontrer un obstacle dans le système actuel. «Notre seule limitation à court terme est l'incapacité actuelle de pouvoir exploiter un établissement hospitalier dans le privé. Le cas échéant, notre équipe sera prête à continuer à oeuvrer dans ce sens.»
Se disant lessivés par le système public, les trois médecins entendent créer une autre médecine dont la particularité sera d'être articulée autour d'un solide réseau de spécialistes. Pour ce faire, la création d'un hôpital privé leur apparaît être la solution idéale pour garantir une «intégration totale» des soins.
Le ministère, qui ne l'entend pas de cette oreille, a les moyens de faire obstacle à ce voeu puisque seul le ministre peut octroyer un permis à un établissement de santé. Et pas question non plus d'accepter des ententes particulières, comme la mise sur pied de couloirs prioritaires entre une clinique désengagée ou non participante au système public et des établissements publics.
«S'ils veulent faire des hypothèses sur leur pratique en businessmen, qu'ils le fassent, mais le cadre légal ne changera pas et notre attachement à un système universel ne changera pas non plus, pas plus que notre engagement à l'égard des lois canadiennes, a affirmé hier l'attachée de presse du ministre Couillard, Cathy Rouleau. On n'a pas l'intention de collaborer avec des formules comme celles-là. Quelqu'un qui se désengage ne peut pas recevoir des sommes du public, point.»
En attendant, les trois médecins ont déjà commencé à tisser leur toile à l'extérieur du réseau public par des ententes de services signées avec un laboratoire et une clinique de radiologie, tous deux privés. Ils offriront ainsi un service de consultation à un taux fixé à 100 $ pour 20 minutes et deux forfaits «Privilège» incluant un bilan de santé, un suivi médical, une visite d'urgence, un dossier informatisé et une prise en charge ou une assistance 24 heures sur 24, sept jours sur sept à des coûts oscillant entre 900 et 1000 $. Pour 1400 $ à 1500 $, ce sont six visites qui seront offertes par année aux clients «Privilège».
Pressé de dire combien de clients s'étaient intéressés à ces formules, le trio a refusé de donner leur nombre ou même leur profil socioéconomique. Les professionnels sont toutefois conscients que, pour remplir leur promesse, les places devront être limitées. «Nous pourrons accommoder quelques centaines de patients "Privilège" chacun», a estimé le Dr Hobden.
En conférence de presse hier, les trois médecins s'entendaient pour dire que l'ouverture de leur clinique et l'idée de la création d'un hôpital privé devront faire l'objet d'un débat tôt ou tard. «Il y a un débat de société derrière notre projet, a rappelé le Dr Bessette. Un débat qui montre qu'il y a une discordance entre l'opinion du public et la volonté du politique. Quand on questionne les gens, une majorité de Québécois se dit favorable à une liberté de choix qui leur est niée par le gouvernement en place.»
Pour le Dr Hobden, l'attitude cultivée par le ministère est même rétrograde et mensongère. «L'assurance maladie est un mensonge. Elle ne donne aucun choix. Pourtant, on connaît des gens qui ont accès à des services plus rapidement alors que les autres doivent patienter. La classe moyenne est celle qui reste en dehors de ce circuit et c'est pour elle que notre clinique existe.»
Poussant la critique encore plus loin, le Dr Hobden juge que c'est tout le réseau de la santé qui est encore à construire. «Le système a été construit comme des petits empires, chaque petit CLSC a sa vocation. Une des plus grandes erreurs aura été de fusionner le ministère de la Santé avec celui des Affaires sociales. On a mélangé les choses et les budgets et on a introduit une culture antimédicale. Une société qui se retourne contre ses soignants, c'est une société qui se tire dans le pied.»
Pour contrer ces maux, les médecins de la clinique MD-Plus ne voient plus que l'option du privé. «Il faut penser de plus en plus les services en termes de partenariat public-privé, comme cela se fait en Europe où l'on retrouve les meilleurs systèmes de santé au monde. Ici, on est pris avec un dogme qui fait en sorte qu'on ne peut opérer que dans le monopole de l'État. On est pris en otages, les patients aussi, et je ne vois pas qui y gagne», a déploré le Dr Hobden.
Pourtant, le partenariat public-privé existe bel et bien dans le réseau, note le ministère, qui y voit d'ailleurs un secteur clé. «Des partenariats public-privé existent déjà. À la limite, les cliniques médicales privées actuelles sont des entreprises privées. Au total, environ 30 % des services en santé sont privés», a expliqué Cathy Rouleau, qui a tenu à rappeler que ce partenariat n'est bon que s'il est maintenu à l'intérieur du régime.
L'équipe de MD-Plus croit toutefois qu'il y a de la place pour les deux formules. «C'est une question de liberté et de choix. Nous sommes tous pour le système public comme on est tous pour l'école publique, mais dans une société où chacun peut exercer son libre choix, on devrait avoir les moyens de cette liberté», a dit le Dr Bessette.
Pour le ministre Couillard toutefois, cet argument ne tient pas la route. Jugeant le phénomène marginal (80 médecins sont sortis des rangs de la RAMQ sur 16 000), M. Couillard ne croit pas qu'il y ait là une solution aux problèmes du système de santé québécois.
Interrogé sur ce projet il y a un mois, le ministre avait mis en lumière le «défaut commun» des schémas de cliniques payantes. Puisque les plus grands consommateurs de soins de santé sont les gens les plus pauvres et les plus âgés, le recours au privé «ne ferait que transférer le fardeau du financement des soins de santé vers les gens souvent les plus démunis de notre société», avait-il déploré. Hier, son opinion restait la même, a assuré son attachée de presse.
Pour l'instant, le projet d'un hôpital privé reste davantage un voeu pieux qu'un véritable combat pour les Drs Luc Bessette, Alain Chamoun et Christian Hobden. Ceux-ci disent avoir ouvert la clinique MD-Plus afin de répondre aux besoins d'accessibilité et de qualité que réclame, selon eux, la population, une conclusion tirée sur la foi d'observations récoltées sur le terrain après des années de pratique cumulées dans le réseau public.
«Notre ambition est d'offrir des services de qualité que nous avons l'intention de bonifier par l'ajout de services spécialisés, a expliqué hier le Dr Bessette. Le projet pourrait cependant rapidement rencontrer un obstacle dans le système actuel. «Notre seule limitation à court terme est l'incapacité actuelle de pouvoir exploiter un établissement hospitalier dans le privé. Le cas échéant, notre équipe sera prête à continuer à oeuvrer dans ce sens.»
Se disant lessivés par le système public, les trois médecins entendent créer une autre médecine dont la particularité sera d'être articulée autour d'un solide réseau de spécialistes. Pour ce faire, la création d'un hôpital privé leur apparaît être la solution idéale pour garantir une «intégration totale» des soins.
Le ministère, qui ne l'entend pas de cette oreille, a les moyens de faire obstacle à ce voeu puisque seul le ministre peut octroyer un permis à un établissement de santé. Et pas question non plus d'accepter des ententes particulières, comme la mise sur pied de couloirs prioritaires entre une clinique désengagée ou non participante au système public et des établissements publics.
«S'ils veulent faire des hypothèses sur leur pratique en businessmen, qu'ils le fassent, mais le cadre légal ne changera pas et notre attachement à un système universel ne changera pas non plus, pas plus que notre engagement à l'égard des lois canadiennes, a affirmé hier l'attachée de presse du ministre Couillard, Cathy Rouleau. On n'a pas l'intention de collaborer avec des formules comme celles-là. Quelqu'un qui se désengage ne peut pas recevoir des sommes du public, point.»
En attendant, les trois médecins ont déjà commencé à tisser leur toile à l'extérieur du réseau public par des ententes de services signées avec un laboratoire et une clinique de radiologie, tous deux privés. Ils offriront ainsi un service de consultation à un taux fixé à 100 $ pour 20 minutes et deux forfaits «Privilège» incluant un bilan de santé, un suivi médical, une visite d'urgence, un dossier informatisé et une prise en charge ou une assistance 24 heures sur 24, sept jours sur sept à des coûts oscillant entre 900 et 1000 $. Pour 1400 $ à 1500 $, ce sont six visites qui seront offertes par année aux clients «Privilège».
Pressé de dire combien de clients s'étaient intéressés à ces formules, le trio a refusé de donner leur nombre ou même leur profil socioéconomique. Les professionnels sont toutefois conscients que, pour remplir leur promesse, les places devront être limitées. «Nous pourrons accommoder quelques centaines de patients "Privilège" chacun», a estimé le Dr Hobden.
En conférence de presse hier, les trois médecins s'entendaient pour dire que l'ouverture de leur clinique et l'idée de la création d'un hôpital privé devront faire l'objet d'un débat tôt ou tard. «Il y a un débat de société derrière notre projet, a rappelé le Dr Bessette. Un débat qui montre qu'il y a une discordance entre l'opinion du public et la volonté du politique. Quand on questionne les gens, une majorité de Québécois se dit favorable à une liberté de choix qui leur est niée par le gouvernement en place.»
Pour le Dr Hobden, l'attitude cultivée par le ministère est même rétrograde et mensongère. «L'assurance maladie est un mensonge. Elle ne donne aucun choix. Pourtant, on connaît des gens qui ont accès à des services plus rapidement alors que les autres doivent patienter. La classe moyenne est celle qui reste en dehors de ce circuit et c'est pour elle que notre clinique existe.»
Poussant la critique encore plus loin, le Dr Hobden juge que c'est tout le réseau de la santé qui est encore à construire. «Le système a été construit comme des petits empires, chaque petit CLSC a sa vocation. Une des plus grandes erreurs aura été de fusionner le ministère de la Santé avec celui des Affaires sociales. On a mélangé les choses et les budgets et on a introduit une culture antimédicale. Une société qui se retourne contre ses soignants, c'est une société qui se tire dans le pied.»
Pour contrer ces maux, les médecins de la clinique MD-Plus ne voient plus que l'option du privé. «Il faut penser de plus en plus les services en termes de partenariat public-privé, comme cela se fait en Europe où l'on retrouve les meilleurs systèmes de santé au monde. Ici, on est pris avec un dogme qui fait en sorte qu'on ne peut opérer que dans le monopole de l'État. On est pris en otages, les patients aussi, et je ne vois pas qui y gagne», a déploré le Dr Hobden.
Pourtant, le partenariat public-privé existe bel et bien dans le réseau, note le ministère, qui y voit d'ailleurs un secteur clé. «Des partenariats public-privé existent déjà. À la limite, les cliniques médicales privées actuelles sont des entreprises privées. Au total, environ 30 % des services en santé sont privés», a expliqué Cathy Rouleau, qui a tenu à rappeler que ce partenariat n'est bon que s'il est maintenu à l'intérieur du régime.
L'équipe de MD-Plus croit toutefois qu'il y a de la place pour les deux formules. «C'est une question de liberté et de choix. Nous sommes tous pour le système public comme on est tous pour l'école publique, mais dans une société où chacun peut exercer son libre choix, on devrait avoir les moyens de cette liberté», a dit le Dr Bessette.
Pour le ministre Couillard toutefois, cet argument ne tient pas la route. Jugeant le phénomène marginal (80 médecins sont sortis des rangs de la RAMQ sur 16 000), M. Couillard ne croit pas qu'il y ait là une solution aux problèmes du système de santé québécois.
Interrogé sur ce projet il y a un mois, le ministre avait mis en lumière le «défaut commun» des schémas de cliniques payantes. Puisque les plus grands consommateurs de soins de santé sont les gens les plus pauvres et les plus âgés, le recours au privé «ne ferait que transférer le fardeau du financement des soins de santé vers les gens souvent les plus démunis de notre société», avait-il déploré. Hier, son opinion restait la même, a assuré son attachée de presse.
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