Forum des générations - Charest prend la mesure du fossé
Photo : Agence Reuters
Le premier ministre Jean Charest a évoqué la nécessité de «changements profonds» lors du discours d’ouverture du Forum des générations, hier après-midi, à Saint-Augustin-de-Desmaures.
Saint-Augustin-de-Desmaures — Le premier ministre Jean Charest estime ne pas avoir besoin d'un consensus «à tout prix» au terme du Forum des générations sur les finances publiques et les changements démographiques, forum qui s'est ouvert hier.
Si une majorité des leaders socioéconomiques présents au forum ont semblé vouloir jouer le jeu du gouvernement, d'autres ont exprimé des avis à ce point divergents sur quelques thèmes importants, dont la pertinence des baisses d'impôt promises par le Parti libéral, que Jean Charest a cru bon de ne pas placer la barre trop haut. «Je tiens à vous préciser qu'un forum n'est pas un sommet. L'objectif de ce que nous entreprenons n'est pas d'arriver à un consensus à tout prix, ce n'est pas d'aller vers le dénominateur commun le plus bas.
L'objectif est que, dans certains cas, nous puissions poursuivre les réflexions; dans d'autres cas, élaborer des stratégies et passer à l'action là où on est prêts», a déclaré Jean Charest lors de son discours d'ouverture du Forum des générations, hier après-midi.
Lors du premier tour de table qui réunit 75 participants (leaders socioéconomiques, universitaires, élus et deux chefs syndicaux, Henri Massé de la FTQ et François Vaudreuil de la CSD), plusieurs d'entre eux ont critiqué les constats sombres que le gouvernement a faits de la situation des finances publiques et du déclin démographique. «Nous, on ne croit pas au bonhomme sept heures», a dit Henri Massé.
Ils ont aussi réclamé que Jean Charest abandonne sa promesse d'une baisse générale d'impôt de un milliard par année. Le président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Pier-André Bouchard, a demandé au gouvernement de remplacer cette baisse d'impôt par un plan de réduction de la dette publique et de diminuer aussi la dette des étudiants. Les conclusions du groupe consultatif sur l'état des finances publiques et les changements démographiques, qui ont été présentées hier par son président Pierre Shedleur, illustrent les divergences qui opposent les participants au Forum des générations.
Le groupe, qui a été créé à la fin d'août, n'a pu dégager des pistes de solutions communes à la fin de six jours de travail et plusieurs conférences téléphoniques. Les membres du groupe — dont Gilles Taillon du Conseil du patronat, Henri-Paul Rousseau de la Caisse de dépôt et placement, Henri Massé de la FTQ, l'économiste Pierre Fortin et l'ancien premier ministre Daniel Johnson — se sont peut-être entendus sur l'état préoccupant de la dette (115 milliards) et l'impact important du vieillissement de la population, ils évaluent différemment le «niveau de risque» que représente l'état des finances publiques. «L'urgence de la situation» et «les moyens à prioriser» varient également d'une personne à l'autre, a souligné Pierre Shedleur.
Le fossé entre les membres du groupe est particulièrement important au sujet de l'opportunité de baisses d'impôt. Lors de la table ronde, Gilles Taillon a dit espérer qu'il ne sera pas «le seul à défendre le sort des contribuables de la classe moyenne» en demandant au gouvernement de maintenir son objectif de baisses d'impôt.
Henri-Paul Rousseau a souligné que les finances publiques du Québec étaient «déséquilibrées structurellement». La dette publique québécoise est la plus élevée au Canada et la part du produit intérieur brut (PIB) consacrée aux dépenses publiques est également la plus élevée. Ce ne serait pas si grave si les Québécois pouvaient bénéficier d'infrastructures ou de services de meilleure qualité. Mais ce n'est pas le cas. «Nous sommes les derniers de la classe, a-t-il lancé. Notre État est bloqué.»
Optimisme
À la fin de ce premier tour de table plus exploratoire que conclusif, Jean Charest s'est montré optimiste en retenant que, sur le plan des valeurs, «on est très près l'un de l'autre». Dans son allocution, Jean Charest a invité la centaine de leaders socioéconomiques présents à faire une croix sur le statu quo et à être prêts à s'engager vers des «changements profonds» pour répondre à la précarité des finances publiques et au choc démographique. «On ne va pas compenser en deux jours et demi 40 ans de déclin de la natalité. Et on ne va pas non plus régler en 60 heures une architecture de 50 milliards de dollars de dépenses de programmes. La chose que nous allons faire est de faire équipe pour engager des changements profonds», a-t-il dit, précisant que ces changements ne doivent pas être reportés aux «calendes grecques».
Il en va, selon lui, de la préservation des programmes sociaux du Québec. Jean Charest a insisté sur l'urgence de remédier à la précarité des finances publiques. «On est endettés, on est taxés, ça nous coûte plus cher, on gagne moins. Au Québec, depuis une trentaine d'années, la situation est très, très serrée. Le moindre imprévu peut très facilement changer les équilibres budgétaires du gouvernement du Québec. C'est en soi une situation anormale. Il faut regagner les marges de manoeuvre que devrait avoir normalement un État pour pouvoir fonctionner correctement», a-t-il dit.
Pour illustrer les changements démographiques qui attendent le Québec, Jean Charest a rappelé qu'il existe présentement cinq travailleurs pour un retraité mais que cette proportion passera à deux pour un dans 25 ans. S'il a brossé un tableau qui peut paraître «très noir» et «déprimant» aux yeux de plusieurs, «ce n'est pas pour conclure que les choses vont rester comme elles sont», a précisé Jean Charest. «Nous faisons ici le contraire de la fatalité. Je vous présente des faits qui apparaissent durs, mais j'ai l'intention de changer le cours des événements. La même chose est vraie pour vous», a-t-il ajouté.
Jean Charest se fait plutôt optimiste. «Nous, les Québécois, avons survécu avec notre langue et notre culture parce qu'on a toujours eu cette capacité d'adaptation. On a toujours été capables au fil des ans de trouver cette volonté commune d'avancer vers de nouvelles solutions», a-t-il affirmé. Lors de son discours de clôture, le premier ministre a noté que «c'est exigeant de parler du long terme parce que le long terme ne fait pas partie de notre quotidien d'aujourd'hui. On vit dans un monde de court terme, de fast food, de prêt-à-porter. [...] Mais il faut maintenant voir plus loin».
Lors de son intervention, le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, a dressé un portrait beaucoup plus favorable de la situation socioéconomique du Québec. Le gouvernement de la «dixième économie au sein de l'OCDE» «a tout ce qu'il faut pour offrir des lendemains favorables», a-t-il dit, rappelant l'actif considérable que représente Hydro-Québec pour les Québécois dans un contexte de flambée du cours du pétrole.
Le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, a rappelé que son parti, il y a dix ans, avait inscrit dans son discours le défi que représentait le déclin démographique du Québec. Au cours d'un point de presse, M. Dumont a dit que le gouvernement avait, avec la tenue de ce forum, «un objectif caché qui est d'enterrer morceau par morceau son programme électoral parce qu'il ne peut pas le réaliser».
À l'extérieur, quelque 300 personnes ont répondu à l'appel du Réseau vigilance et ont manifesté devant le campus Notre-Dame-de-Foy, de Saint-Augustin-de-Desmaures. La CSN, la CSQ et la plupart des groupes communautaires boudent ce forum. La présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, estime que «les organisations démocratiques» sont sous-représentées à ce forum alors que les organisations patronales sont sur-représentées.
Si une majorité des leaders socioéconomiques présents au forum ont semblé vouloir jouer le jeu du gouvernement, d'autres ont exprimé des avis à ce point divergents sur quelques thèmes importants, dont la pertinence des baisses d'impôt promises par le Parti libéral, que Jean Charest a cru bon de ne pas placer la barre trop haut. «Je tiens à vous préciser qu'un forum n'est pas un sommet. L'objectif de ce que nous entreprenons n'est pas d'arriver à un consensus à tout prix, ce n'est pas d'aller vers le dénominateur commun le plus bas.
L'objectif est que, dans certains cas, nous puissions poursuivre les réflexions; dans d'autres cas, élaborer des stratégies et passer à l'action là où on est prêts», a déclaré Jean Charest lors de son discours d'ouverture du Forum des générations, hier après-midi.
Lors du premier tour de table qui réunit 75 participants (leaders socioéconomiques, universitaires, élus et deux chefs syndicaux, Henri Massé de la FTQ et François Vaudreuil de la CSD), plusieurs d'entre eux ont critiqué les constats sombres que le gouvernement a faits de la situation des finances publiques et du déclin démographique. «Nous, on ne croit pas au bonhomme sept heures», a dit Henri Massé.
Ils ont aussi réclamé que Jean Charest abandonne sa promesse d'une baisse générale d'impôt de un milliard par année. Le président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Pier-André Bouchard, a demandé au gouvernement de remplacer cette baisse d'impôt par un plan de réduction de la dette publique et de diminuer aussi la dette des étudiants. Les conclusions du groupe consultatif sur l'état des finances publiques et les changements démographiques, qui ont été présentées hier par son président Pierre Shedleur, illustrent les divergences qui opposent les participants au Forum des générations.
Le groupe, qui a été créé à la fin d'août, n'a pu dégager des pistes de solutions communes à la fin de six jours de travail et plusieurs conférences téléphoniques. Les membres du groupe — dont Gilles Taillon du Conseil du patronat, Henri-Paul Rousseau de la Caisse de dépôt et placement, Henri Massé de la FTQ, l'économiste Pierre Fortin et l'ancien premier ministre Daniel Johnson — se sont peut-être entendus sur l'état préoccupant de la dette (115 milliards) et l'impact important du vieillissement de la population, ils évaluent différemment le «niveau de risque» que représente l'état des finances publiques. «L'urgence de la situation» et «les moyens à prioriser» varient également d'une personne à l'autre, a souligné Pierre Shedleur.
Le fossé entre les membres du groupe est particulièrement important au sujet de l'opportunité de baisses d'impôt. Lors de la table ronde, Gilles Taillon a dit espérer qu'il ne sera pas «le seul à défendre le sort des contribuables de la classe moyenne» en demandant au gouvernement de maintenir son objectif de baisses d'impôt.
Henri-Paul Rousseau a souligné que les finances publiques du Québec étaient «déséquilibrées structurellement». La dette publique québécoise est la plus élevée au Canada et la part du produit intérieur brut (PIB) consacrée aux dépenses publiques est également la plus élevée. Ce ne serait pas si grave si les Québécois pouvaient bénéficier d'infrastructures ou de services de meilleure qualité. Mais ce n'est pas le cas. «Nous sommes les derniers de la classe, a-t-il lancé. Notre État est bloqué.»
Optimisme
À la fin de ce premier tour de table plus exploratoire que conclusif, Jean Charest s'est montré optimiste en retenant que, sur le plan des valeurs, «on est très près l'un de l'autre». Dans son allocution, Jean Charest a invité la centaine de leaders socioéconomiques présents à faire une croix sur le statu quo et à être prêts à s'engager vers des «changements profonds» pour répondre à la précarité des finances publiques et au choc démographique. «On ne va pas compenser en deux jours et demi 40 ans de déclin de la natalité. Et on ne va pas non plus régler en 60 heures une architecture de 50 milliards de dollars de dépenses de programmes. La chose que nous allons faire est de faire équipe pour engager des changements profonds», a-t-il dit, précisant que ces changements ne doivent pas être reportés aux «calendes grecques».
Il en va, selon lui, de la préservation des programmes sociaux du Québec. Jean Charest a insisté sur l'urgence de remédier à la précarité des finances publiques. «On est endettés, on est taxés, ça nous coûte plus cher, on gagne moins. Au Québec, depuis une trentaine d'années, la situation est très, très serrée. Le moindre imprévu peut très facilement changer les équilibres budgétaires du gouvernement du Québec. C'est en soi une situation anormale. Il faut regagner les marges de manoeuvre que devrait avoir normalement un État pour pouvoir fonctionner correctement», a-t-il dit.
Pour illustrer les changements démographiques qui attendent le Québec, Jean Charest a rappelé qu'il existe présentement cinq travailleurs pour un retraité mais que cette proportion passera à deux pour un dans 25 ans. S'il a brossé un tableau qui peut paraître «très noir» et «déprimant» aux yeux de plusieurs, «ce n'est pas pour conclure que les choses vont rester comme elles sont», a précisé Jean Charest. «Nous faisons ici le contraire de la fatalité. Je vous présente des faits qui apparaissent durs, mais j'ai l'intention de changer le cours des événements. La même chose est vraie pour vous», a-t-il ajouté.
Jean Charest se fait plutôt optimiste. «Nous, les Québécois, avons survécu avec notre langue et notre culture parce qu'on a toujours eu cette capacité d'adaptation. On a toujours été capables au fil des ans de trouver cette volonté commune d'avancer vers de nouvelles solutions», a-t-il affirmé. Lors de son discours de clôture, le premier ministre a noté que «c'est exigeant de parler du long terme parce que le long terme ne fait pas partie de notre quotidien d'aujourd'hui. On vit dans un monde de court terme, de fast food, de prêt-à-porter. [...] Mais il faut maintenant voir plus loin».
Lors de son intervention, le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, a dressé un portrait beaucoup plus favorable de la situation socioéconomique du Québec. Le gouvernement de la «dixième économie au sein de l'OCDE» «a tout ce qu'il faut pour offrir des lendemains favorables», a-t-il dit, rappelant l'actif considérable que représente Hydro-Québec pour les Québécois dans un contexte de flambée du cours du pétrole.
Le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, a rappelé que son parti, il y a dix ans, avait inscrit dans son discours le défi que représentait le déclin démographique du Québec. Au cours d'un point de presse, M. Dumont a dit que le gouvernement avait, avec la tenue de ce forum, «un objectif caché qui est d'enterrer morceau par morceau son programme électoral parce qu'il ne peut pas le réaliser».
À l'extérieur, quelque 300 personnes ont répondu à l'appel du Réseau vigilance et ont manifesté devant le campus Notre-Dame-de-Foy, de Saint-Augustin-de-Desmaures. La CSN, la CSQ et la plupart des groupes communautaires boudent ce forum. La présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, estime que «les organisations démocratiques» sont sous-représentées à ce forum alors que les organisations patronales sont sur-représentées.
Haut de la page

