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Le réseau de la santé se sent trahi par Charest

«Jean Charest n'aide pas son cas. On a donné la chance au coureur, et là, il est en train de nous faire un pied de nez.»

Tommy Chouinard   18 septembre 2004  Québec
Québec — Le milieu de la santé se sent floué par le premier ministre Jean Charest, à qui il avait donné un appui de taille afin de forcer Ottawa à verser de nouveaux fonds destinés au financement du système de santé. L'intention du gouvernement Charest de détourner à d'autres fins, notamment la réduction des impôts, les 502 millions de dollars obtenus du gouvernement Martin dès cette année provoque la colère de l'ensemble du réseau.

«C'est totalement inacceptable. C'était une conférence fédérale-provinciale sur la santé pour augmenter spécifiquement le financement de la santé. C'est sans équivoque que les sommes doivent être données au réseau», a lancé Louise Chabot, vice-présidente de la CSQ.

Les acteurs du réseau de la santé rappellent que Jean Charest avait sollicité et obtenu leur appui le 9 septembre, avant la tenue de la conférence fédérale-provinciale, dans le but «très clair» d'obtenir des sommes du gouvernement Martin afin de rehausser le financement du réseau de la santé. Le gouvernement viole le consensus québécois, dénoncent-ils unanimement, précisant qu'ils ont l'impression d'avoir été manipulés.

«Jamais le fait d'utiliser l'argent à d'autres fins que la santé n'a été évoqué lors de cette rencontre. Jean Charest est venu chercher notre appui pour la santé, point à la ligne. Ce qu'il dit aujourd'hui, c'est vraiment choquant. Si on avait connu ses véritables intentions avant, on aurait mis bien des nuances à la sortie de la rencontre», a souligné Denise Boucher, vice-présidente de la CSN.

La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) demande au gouvernement Charest de respecter l'engagement qu'il a pris envers le milieu de la santé. «Si l'argent va à autre chose que la santé, il va décevoir beaucoup de monde», a affirmé le président de la FMOQ, le Dr Renald Dutil.

La colère du milieu de la santé est telle que l'Association des CLSC et des CHSLD a demandé formellement hier au cabinet du ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, de réunir de nouveau les acteurs du réseau pour «obtenir des explications». «On veut essayer de comprendre ce qui se passe. L'argent doit revenir à la santé comme on nous l'avait promis», a indiqué Marie-Claude Martel, directrice générale de cette association.

Selon les syndicats du secteur de la santé, la volonté du gouvernement d'utiliser une partie des sommes reçues d'Ottawa pour alléger le fardeau fiscal des Québécois — une de ses promesses électorales — et non pour rehausser le financement du réseau vient ternir le succès remporté par Jean Charest au terme de la conférence. La hache de guerre, que les centrales avaient enterrée pour l'occasion après des mois de relations acrimonieuses avec le gouvernement, est maintenant bel et bien déterrée.

«Jean Charest n'aide pas son cas. On a donné la chance au coureur, et là, il est en train de nous faire un pied de nez. L'argent doit revenir à la santé, et immédiatement. On ne fera pas de marchandage là-dessus», a affirmé Michèle Boisclair, vice-présidente de la FIIQ. Si le gouvernement Charest souhaite obtenir d'Ottawa des fonds afin de réaliser des baisses d'impôt, il doit attendre, selon elle, la conférence fédérale-provinciale du 26 octobre sur les «pressions financières fiscales» pour y parvenir.

Le milieu de la santé prévient le gouvernement Charest: il sera désormais plus difficile d'obtenir son appui et de créer un consensus québécois. «La prochaine fois, nous mettrons nos conditions sur la table nous aussi avant qu'il ne parte pour une conférence», a indiqué Michèle Boisclair.

Jean Charest fait peu de cas de la grogne du milieu de la santé. De passage dans la circonscription de Vanier hier, il a réitéré que les 502 millions de dollars qu'il recevra cette année d'Ottawa grâce à l'entente conclue mercredi seront absorbés par le fonds consolidé. «On a investi 1,1 milliard de dollars supplémentaires cette année en santé. On n'a pas attendu le fédéral pour mettre de l'argent dans la santé. On respecte notre engagement», a affirmé le premier ministre.

À Montréal, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, a invoqué le même argument pour répondre aux critiques du milieu de la santé, précisant que les sommes provenant d'Ottawa à compter de 2005-06 seront quant à elles versées dans le réseau de la santé. «On a investi cette année même sans être certains de l'arrivée des transferts fédéraux. Il revient 502 millions au Québec pour la santé cette année, et ça fait partie du milliard qu'on a investi dans le système cette année», a-t-il dit.

L'argument du gouvernement Charest ne tient pas la route, estime l'Association des CLSC et des CHSLD. «On se souvient que lors de l'étude des crédits du budget, plus tôt cette année, le ministre avait dit que son investissement était un premier pas et que s'il parvenait à une entente avec le gouvernement fédéral, il pourrait remettre de nouvelles sommes en cours d'année», a affirmé Marie-Claude Martel.

La critique péquiste en matière de santé, Louise Harel, accuse le gouvernement Charest de «trahir» le consensus québécois. Le chef adéquiste Mario Dumont estime quant à lui que le gouvernement Charest peut difficilement plaider que la santé est sa «première priorité».

Avec la collaboration de Louise-Maude Rioux Soucy
 
 
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