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Cap sur les baisses d'impôt

Le réseau de la santé ne verra pas la couleur des 502 millions versés par Ottawa

Robert Dutrisac   17 septembre 2004  Québec
Québec — S'appuyant sur les nouveaux fonds obtenus d'Ottawa au terme de la conférence fédérale-provinciale-territoriale qui s'est terminée dans la nuit d'hier matin, le premier ministre Jean Charest est maintenant prêt à respecter sa promesse électorale de diminuer les impôts des contribuables québécois.

L'encre à peine sèche de l'entente qui accorde aux provinces 18 milliards en six ans pour le financement de la santé, dont 4,2 milliards au Québec, M. Charest a indiqué au cours d'une conférence de presse qu'il entend respecter son engagement de diminuer les impôts. «La réduction des impôts, ça fait partie de ce pour quoi on s'était engagés parce qu'on veut créer de l'emploi, parce qu'on veut créer de la croissance économique. Ce n'est pas une idée, une affaire doctrinaire», a-t-il dit.

M. Charest a confirmé que les 502 millions versés au Québec par Ottawa pour la santé dès cette année, en vertu de l'entente signée hier, seront absorbés par le fonds consolidé. Le réseau de la santé n'en verra pas la couleur. «On l'a déjà investi en santé», a-t-il dit. Son gouvernement a déjà consacré plus de un milliard supplémentaire à la santé en 2004-05, a-t-il rappelé. Les 702 millions qu'il recevra l'an prochain du gouvernement fédéral pour la santé seront toutefois dépensés à cette fin, a assuré le premier ministre.

À la faveur de cette entente qui plaquait des sourires sur le visage des membres de la délégation québécoise, fatigués mais ravis, le Québec recevra pour l'année en cours et l'an prochain non seulement 1,24 milliard pour la santé mais aussi 1,1 milliard de plus en péréquation, pour un total de 2,34 milliards. Si on tient compte de l'augmentation des transferts fédéraux pour la santé déjà prévue dans l'arrangement signé par Jean Chrétien en février 2003, le gouvernement Charest peut compter sur une hausse des transferts fédéraux de près de 2,9 milliards en vue du prochain budget.

Mais il ne faut pas penser que cette manne ira pour l'essentiel à la santé, ce que promettait le programme électoral du Parti libéral du Québec. Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard a confirmé hier au Devoir qu'un investissement supplémentaire de 1,3 milliard l'an prochain, soit la hausse annuelle des coûts du système de santé de 5,1 %, ou un milliard, et 300 millions pour le développement et l'amélioration des soins, est plutôt envisagé. Lors de la campagne électorale de 2003, les libéraux promettaient d'injecter dans le réseau 2,77 milliards de plus en 2005-06.

Plutôt que d'investir de fortes sommes pendant un an pour freiner les dépenses l'année suivante, Philippe Couillard privilégie une hausse régulière et prévisible des budgets. «Nous voulons asseoir un plan de développement stable», a-t-il livré. Selon une analyse de son ministère, les hausses annuelles des dépenses de santé ont évolué en dents de scie depuis 1994: réduction des budgets, hausse substantielle, hausse modeste ne couvrant pas l'inflation, autant de fluctuations qui ont causé des maux de tête dans le réseau de la santé. Or, a fait remarqué M. Couillard, si le gouvernement lui avait consenti des hausses régulières de l'ordre de 5 ou 6 % par année, il ne se serait pas dépensé plus d'argent dans le réseau. Ces hausses suffisantes et prévisibles auraient stabilisé le réseau.

M. Couillard a rappelé que l'investissement massif dans les hôpitaux du budget Marois de 2001-02 — élimination de leur déficit accumulé et relèvement du financement de façon ponctuelle — n'avait pas empêché les hôpitaux de retomber dans l'ornière déficitaire. La raison: le gouvernement n'avait pas couvert par la suite ce qu'on appelle, dans le jargon, les coûts de système spécifique, notamment les coûts croissants des technologies de pointe et des nouveaux médicaments onéreux.

Par ailleurs, il existe une limite à l'efficacité d'une injection ponctuelle d'argent dans le système de santé, et ce sont les ressources humaines, a rappelé M. Couillard.

À titre d'exemple, le gouvernement a consacré cette année 47 millions à la diminution des délais d'attente pour diverses chirurgies, avec des résultats probants bien que toujours modestes. Si le ministère avait dépensé le double ou le triple de ce montant cette année, les résultats n'auraient pas été tellement plus significatifs compte tenu des ressources limitées en main-d'oeuvre, a expliqué M. Couillard. Il faut travailler en amont, former du personnel, et c'est donc un effort à long terme.
 
 
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