Marois met Landry en joue
Le chef du PQ et la majorité de son caucus rejettent l'idée d'une course au leadership
Québec — La marmite bouillait déjà depuis des semaines. Le couvercle a finalement sauté hier. La contestation du leadership de Bernard Landry a pris une ampleur jamais vue jusqu’à maintenant, alors que la députée Pauline Marois a réclamé officiellement une course à la présidence du Parti québécois.
Quelques heures seulement avant que Bernard Landry ait confirmé son intention de demeurer à la tête des troupes péquistes, Pauline Marois s’est présentée devant les journalistes pour lire une courte déclaration qui a aussitôt provoqué une onde de choc. «Le temps est venu d’ouvrir une course à la présidence. Nous n’en avons pas connue depuis près de vingt ans», a-t-elle lancé à l’entrée du salon rouge du parlement où s’est tenu le caucus des députés péquistes. Pauline Marois a précisé qu’elle se porterait candidate à cette course éventuelle.
Fort de l’appui d’une majorité de députés contre une course au leadership, Bernard Landry a tenté de minimiser cet affront de Pauline Marois en martelant qu’il entend respecter les règlements du parti et se soumettre, tel que convenu, à un vote de confiance au congrès des membres du parti de juin 2005.
N’empêche, la sortie inattendue de Pauline Marois a pris par surprise l’état-major du parti. «Ça nous déstabilise tous. Je ne m’attendais pas à ça», a laissé tomber la vice-présidente du PQ, Marie Malavoy.
Pauline Marois a fait sa déclaration-choc avant l’ouverture du conseil national du Parti québécois, hier soir, à Québec. Après un an et demi d’attente, Bernard Landry a annoncé aux 400 militants réunis pour l’occasion sa détermination à vouloir demeurer président du parti. «Si je reste, ce n’est pas pour gouverner provincialement mais pour aller vers l’indépendance nationale», a déclaré le chef péquiste, qui a eu droit à une ovation debout.
Pauline Marois inflige donc une rebuffade à son chef à un moment crucial, au point culminant de sa réflexion. «Il n’y a jamais de bon moment pour soulever un tel débat», a-t-elle expliqué.
«Mais le parti est à la croisée des chemins, a dit Mme Marois. Nous sommes dans l’opposition. Il y a un renouvellement de notre pensée auquel on doit se prêter. Je crois que cela se fera beaucoup mieux dans la perspective où les leaders feront valoir leur point de vue à visage découvert sans qu’on prête d’intention à l’un ou à l’autre parce qu’il n’y aura pas d’élection à la présidence mais un vote de confiance.»
Selon Mme Marois, la tenue de ce vote de confiance auquel Bernard Landry devra faire face au congrès de juin 2005 n’est pas suffisant. «Un vote de confiance n’a pas la même portée, car il génère souvent des énergies négatives en beaucoup plus grand nombre et, chaque fois qu’on émettra une idée différente de celle du chef, on présumera qu’il y a une course larvée. Et ça, c’est très malsain pour la vie démocratique de notre parti», a-t-elle plaidé.
Les militants doivent à ses yeux se prononcer sur le choix de la meilleure personne pour relever les défis que constituent le recrutement de nouveaux membres et la mise en place d’une «alternative valable pour remplacer le gouvernement actuel».
Pauline Marois a cependant reconnu qu’une course au leadership, à laquelle Bernard Landry pourrait participer, serait «divisive». «Mais dans une société de droit et démocratique, je crois qu’il faut avoir la possibilité de choisir ses leaders, a-t-elle ajouté. Et on en sort par la suite grandi.»
Pauline Marois entend faire cheminer son idée parmi les militants du parti au cours du conseil national de ce week-end. La députée Nicole Léger, qui réclame aussi une course au leadership, fera de même. D’ailleurs, une résolution d’urgence exigeant la démission de Bernard Landry pour permettre la tenue d’une élection à la présidence fera l’objet de débats.
Marie Malavoy a dit s’attendre à une fin de semaine «intense». «Déjà que ça s’annonçait assez costaud... », a-t-elle dit, faisant référence aux débats déjà très animés sur la démarche d’accession à la souveraineté proposée par Jacques Parizeau et aux revendications de militants actifs, comme Marc Brière et Yves Michaud, qui demandent aussi une élection à la présidence.
Landry dit non
Le caucus de l’aile parlementaire du PQ a porté en partie sur le leadership de Bernard Landry. Les 44 députés se sont prononcés tour à tour sur la question. «Il y a un très large consensus contre une course au leadership», a affirmé la présidente du caucus, la députée Agnès Maltais, à la sortie de la rencontre.
François Legault, un candidat éventuel à la succession de Bernard Landry, s’est montré en total désaccord avec la proposition de sa collègue Pauline Marois. «Il y aura un congrès en 2005. Il y aura un vote de confiance. Je ne vois pas pourquoi on changerait en cours de route ce qui a été prévu», a-t-il dit. Le député de Rousseau appuie Bernard Landry... jusqu’au congrès de juin 2005. Il lui réitérera par la suite sa confiance «si Bernard Landry aura réussi à moderniser le Parti québécois, son programme et ses structures».
Selon le doyen des députés du Parti québécois, François Gendron, Pauline Marois a «tort» de réclamer une course au leadership. «C’est un faux débat. Nos statuts sont on ne peut plus clairs. C’est en 2005 qu’on doit arbitrer ça», a-t-il lancé, précisant que Bernard Landry a «toute [sa] confiance», comme l’ont dit Louise Harel, Richard Legendre et Stéphane Bédard, par exemple.
Le député de Borduas, Jean-Pierre Charbonneau, a refusé d’appuyer publiquement Bernard Landry. Le député de Joliette, Jonathan Valois, souhaite quant à lui entendre les militants sur la tenue d’une course au leadership. D’autres députés ont refusé de commenter.
«Je pense qu’[une course] n’est pas une bonne proposition», a affirmé Bernard Landry en conférence de presse. Le chef péquiste a souligné qu’aucun député n’avait remis en cause la légitimité de son mandat. «Quand je me suis présenté [à la présidence du parti à la suite du départ de Lucien Bouchard en janvier 2001], quiconque pouvait se présenter. Certains députés ont même dit qu’une élection par acclamation démontre un tel consensus que c’est un niveau de légitimité tout à fait remarquable», a-t-il lancé.
Selon M. Landry, il faut s’en tenir aux statuts et règlements du parti. Une élection à la présidence ne peut être déclenchée qu’à la suite d’un vote de confiance négatif à l’égard du chef, de la démission ou du décès de celui-ci, stipulent ceux-ci. Or les règlements n’ont pas toujours été respectés autant à la lettre par l’état-major du PQ. Un congrès des membres doit se tenir à tous les deux ans en vertu des règlements du parti. Le dernier congrès remonte à mai 2000.
Aux yeux de Bernard Landry, «c’est plus facile de gagner une course au leadership qu’un vote de confiance». Alors pourquoi ne pas lancer une élection à la présidence? «On vit dans une société de droit et un parti politique doit donner l’exemple du respect des lois», a-t-il noté.
Le refus de Bernard Landry et de la majorité des députés de déclencher une élection à la présidence n’a pas ébranlé Pauline Marois, qui entend continuer à faire la promotion de son idée. «Je ne me sens pas isolé, a-t-elle dit en soirée. Je vais faire valoir mon point de vue aux congrès des comtés» de l’automne, à l’occasion desquels sont choisis les délégués en vue du congrès de 2005.
Bernard Landry ne montrera pas la porte à Pauline Marois pour autant, précisant qu’elle est «une excellente militante, une personne de qualité et une députée remarquable». Pour lui, il est légitime qu’elle souhaite lui succéder, «à condition que cela soit fait selon nos règles». En dépit de l’affront de Mme Marois, Bernard Landry croit pouvoir «compter sur la loyauté de tout le monde» en annonçant qu’il reste en poste.
Bernard Landry fait peu de cas du sondage CROP–La Presse–Le Soleil publié hier, qui montre que 47 % des Québécois et 40 % des électeurs acquis au PQ souhaitent son retrait de la présidence du PQ. Paradoxalement, alors que M. Landry ne recueille l’appui que de 35 % des Québécois et de 52 % des péquistes, le Parti québécois, lui, se trouve en tête du sondage avec 43 % des intentions de vote, contre 35 % pour le Parti libéral et 18 % pour l’ADQ. «Peut-être [est-ce ainsi] parce que je n’ai pas dit fermement ce que j’ai l’intention de faire», a conclu Bernard Landry.
Quelques heures seulement avant que Bernard Landry ait confirmé son intention de demeurer à la tête des troupes péquistes, Pauline Marois s’est présentée devant les journalistes pour lire une courte déclaration qui a aussitôt provoqué une onde de choc. «Le temps est venu d’ouvrir une course à la présidence. Nous n’en avons pas connue depuis près de vingt ans», a-t-elle lancé à l’entrée du salon rouge du parlement où s’est tenu le caucus des députés péquistes. Pauline Marois a précisé qu’elle se porterait candidate à cette course éventuelle.
Fort de l’appui d’une majorité de députés contre une course au leadership, Bernard Landry a tenté de minimiser cet affront de Pauline Marois en martelant qu’il entend respecter les règlements du parti et se soumettre, tel que convenu, à un vote de confiance au congrès des membres du parti de juin 2005.
N’empêche, la sortie inattendue de Pauline Marois a pris par surprise l’état-major du parti. «Ça nous déstabilise tous. Je ne m’attendais pas à ça», a laissé tomber la vice-présidente du PQ, Marie Malavoy.
Pauline Marois a fait sa déclaration-choc avant l’ouverture du conseil national du Parti québécois, hier soir, à Québec. Après un an et demi d’attente, Bernard Landry a annoncé aux 400 militants réunis pour l’occasion sa détermination à vouloir demeurer président du parti. «Si je reste, ce n’est pas pour gouverner provincialement mais pour aller vers l’indépendance nationale», a déclaré le chef péquiste, qui a eu droit à une ovation debout.
Pauline Marois inflige donc une rebuffade à son chef à un moment crucial, au point culminant de sa réflexion. «Il n’y a jamais de bon moment pour soulever un tel débat», a-t-elle expliqué.
«Mais le parti est à la croisée des chemins, a dit Mme Marois. Nous sommes dans l’opposition. Il y a un renouvellement de notre pensée auquel on doit se prêter. Je crois que cela se fera beaucoup mieux dans la perspective où les leaders feront valoir leur point de vue à visage découvert sans qu’on prête d’intention à l’un ou à l’autre parce qu’il n’y aura pas d’élection à la présidence mais un vote de confiance.»
Selon Mme Marois, la tenue de ce vote de confiance auquel Bernard Landry devra faire face au congrès de juin 2005 n’est pas suffisant. «Un vote de confiance n’a pas la même portée, car il génère souvent des énergies négatives en beaucoup plus grand nombre et, chaque fois qu’on émettra une idée différente de celle du chef, on présumera qu’il y a une course larvée. Et ça, c’est très malsain pour la vie démocratique de notre parti», a-t-elle plaidé.
Les militants doivent à ses yeux se prononcer sur le choix de la meilleure personne pour relever les défis que constituent le recrutement de nouveaux membres et la mise en place d’une «alternative valable pour remplacer le gouvernement actuel».
Pauline Marois a cependant reconnu qu’une course au leadership, à laquelle Bernard Landry pourrait participer, serait «divisive». «Mais dans une société de droit et démocratique, je crois qu’il faut avoir la possibilité de choisir ses leaders, a-t-elle ajouté. Et on en sort par la suite grandi.»
Pauline Marois entend faire cheminer son idée parmi les militants du parti au cours du conseil national de ce week-end. La députée Nicole Léger, qui réclame aussi une course au leadership, fera de même. D’ailleurs, une résolution d’urgence exigeant la démission de Bernard Landry pour permettre la tenue d’une élection à la présidence fera l’objet de débats.
Marie Malavoy a dit s’attendre à une fin de semaine «intense». «Déjà que ça s’annonçait assez costaud... », a-t-elle dit, faisant référence aux débats déjà très animés sur la démarche d’accession à la souveraineté proposée par Jacques Parizeau et aux revendications de militants actifs, comme Marc Brière et Yves Michaud, qui demandent aussi une élection à la présidence.
Landry dit non
Le caucus de l’aile parlementaire du PQ a porté en partie sur le leadership de Bernard Landry. Les 44 députés se sont prononcés tour à tour sur la question. «Il y a un très large consensus contre une course au leadership», a affirmé la présidente du caucus, la députée Agnès Maltais, à la sortie de la rencontre.
François Legault, un candidat éventuel à la succession de Bernard Landry, s’est montré en total désaccord avec la proposition de sa collègue Pauline Marois. «Il y aura un congrès en 2005. Il y aura un vote de confiance. Je ne vois pas pourquoi on changerait en cours de route ce qui a été prévu», a-t-il dit. Le député de Rousseau appuie Bernard Landry... jusqu’au congrès de juin 2005. Il lui réitérera par la suite sa confiance «si Bernard Landry aura réussi à moderniser le Parti québécois, son programme et ses structures».
Selon le doyen des députés du Parti québécois, François Gendron, Pauline Marois a «tort» de réclamer une course au leadership. «C’est un faux débat. Nos statuts sont on ne peut plus clairs. C’est en 2005 qu’on doit arbitrer ça», a-t-il lancé, précisant que Bernard Landry a «toute [sa] confiance», comme l’ont dit Louise Harel, Richard Legendre et Stéphane Bédard, par exemple.
Le député de Borduas, Jean-Pierre Charbonneau, a refusé d’appuyer publiquement Bernard Landry. Le député de Joliette, Jonathan Valois, souhaite quant à lui entendre les militants sur la tenue d’une course au leadership. D’autres députés ont refusé de commenter.
«Je pense qu’[une course] n’est pas une bonne proposition», a affirmé Bernard Landry en conférence de presse. Le chef péquiste a souligné qu’aucun député n’avait remis en cause la légitimité de son mandat. «Quand je me suis présenté [à la présidence du parti à la suite du départ de Lucien Bouchard en janvier 2001], quiconque pouvait se présenter. Certains députés ont même dit qu’une élection par acclamation démontre un tel consensus que c’est un niveau de légitimité tout à fait remarquable», a-t-il lancé.
Selon M. Landry, il faut s’en tenir aux statuts et règlements du parti. Une élection à la présidence ne peut être déclenchée qu’à la suite d’un vote de confiance négatif à l’égard du chef, de la démission ou du décès de celui-ci, stipulent ceux-ci. Or les règlements n’ont pas toujours été respectés autant à la lettre par l’état-major du PQ. Un congrès des membres doit se tenir à tous les deux ans en vertu des règlements du parti. Le dernier congrès remonte à mai 2000.
Aux yeux de Bernard Landry, «c’est plus facile de gagner une course au leadership qu’un vote de confiance». Alors pourquoi ne pas lancer une élection à la présidence? «On vit dans une société de droit et un parti politique doit donner l’exemple du respect des lois», a-t-il noté.
Le refus de Bernard Landry et de la majorité des députés de déclencher une élection à la présidence n’a pas ébranlé Pauline Marois, qui entend continuer à faire la promotion de son idée. «Je ne me sens pas isolé, a-t-elle dit en soirée. Je vais faire valoir mon point de vue aux congrès des comtés» de l’automne, à l’occasion desquels sont choisis les délégués en vue du congrès de 2005.
Bernard Landry ne montrera pas la porte à Pauline Marois pour autant, précisant qu’elle est «une excellente militante, une personne de qualité et une députée remarquable». Pour lui, il est légitime qu’elle souhaite lui succéder, «à condition que cela soit fait selon nos règles». En dépit de l’affront de Mme Marois, Bernard Landry croit pouvoir «compter sur la loyauté de tout le monde» en annonçant qu’il reste en poste.
Bernard Landry fait peu de cas du sondage CROP–La Presse–Le Soleil publié hier, qui montre que 47 % des Québécois et 40 % des électeurs acquis au PQ souhaitent son retrait de la présidence du PQ. Paradoxalement, alors que M. Landry ne recueille l’appui que de 35 % des Québécois et de 52 % des péquistes, le Parti québécois, lui, se trouve en tête du sondage avec 43 % des intentions de vote, contre 35 % pour le Parti libéral et 18 % pour l’ADQ. «Peut-être [est-ce ainsi] parce que je n’ai pas dit fermement ce que j’ai l’intention de faire», a conclu Bernard Landry.
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