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Santé: Ottawa s'embrouille

Plus la conférence des premiers ministres sur la santé approche, plus l'échéancier d'Ottawa devient nébuleux et plus les divergences entre le fédéral et les provinces se précisent.

Pendant que le premier ministre Paul Martin parle toujours d'une entente globale conclue de préférence à la conférence de septembre, sinon à la suite de plusieurs réunions, le premier ministre du Québec, Jean Charest, s'attend à ce que le gouvernement fédéral allonge sans condition et dès la première réunion les neuf milliards promis pour le financement de la santé.

«Personne ne s'attend à ce qu'on arrive avec des réponses toutes faites à l'avance et qu'on règle du jour au lendemain ce qui a été un enjeu depuis une dizaine d'années, mais il y a un minimum», a déclaré M. Charest à la clôture du conseil des ministres spécial qui s'est tenu à Orford. M. Charest a fait cette sortie après que M. Martin a indiqué, mercredi, qu'il faudrait peut-être plusieurs réunions pour conclure un accord global sur la santé. Mis sur la sellette, Paul Martin a corrigé le tir hier en se disant prêt, si les premiers ministres provinciaux le veulent, à étirer la conférence qui doit avoir lieu du 13 au 15 septembre.

«Si les premiers ministres veulent rester plus longtemps, je suis prêt à rester plus longtemps. [...] Je suis prêt à rester aussi longtemps qu'il le faudra. Si ça prend trois jours ou trois semaines, je suis prêt à rester là», a-t-il déclaré hier à l'issue de la réunion de son conseil des ministres. Mais qu'il faille une ou plusieurs réunions, il ne s'arrêtera pas tant qu'il n'aura pas atteint son but, a-t-il ajouté.

M. Martin avait pourtant affirmé, durant la campagne électorale, que la rencontre avec ses homologues durerait aussi longtemps que nécessaire pour en arriver à une entente autour d'un plan décennal capable de résoudre les problèmes du système de santé pour une génération. Il avait tout misé sur cette promesse qui constituait le pivot de son programme.

En annonçant ce plan en mai, M. Martin avait reconnu qu'il ne pourrait jamais le mettre en oeuvre sans la coopération des provinces. Il semble que cette dernière est beaucoup plus difficile à obtenir que ce qu'il prévoyait. Rien pour aider, le premier ministre albertain, Ralph Klein, a fait savoir mercredi qu'il n'assisterait qu'à une seule journée de la conférence, un geste qu'a regretté M. Martin et qui rend pratiquement impossible la conclusion d'une entente.

Le flou qui entoure maintenant la stratégie fédérale a suscité les critiques des partis d'opposition. «Il y avait un degré de préparation très faible dans [la] plateforme électorale [des libéraux] et on en voit la démonstration», a déclaré le chef bloquiste Gilles Duceppe, dont le caucus était réuni au lac Delage. M. Duceppe n'a rien contre la tenue de plusieurs réunions, mais à la condition que celles-ci soient rapprochées et aboutissent rapidement à une solution qui respecte les exigences du Québec.

Conservateurs et néo-démocrates ont accusé M. Martin de manquer à sa promesse. Le chef du NPD, Jack Layton, pense que M. Martin aurait moins de difficulté s'il accordait plus d'argent à la santé qu'au remboursement de la dette.

Pour le premier ministre Charest, la conférence de septembre ne peut se terminer sans résultat concret. «Pendant la campagne électorale, le gouvernement fédéral a dit qu'il était prêt à avancer neuf milliards de dollars. M. Martin a écrit noir sur blanc dans son programme qu'il allait augmenter le niveau de financement pour combler l'écart Romanow. Je m'attends à ce qu'il le fasse. Je ne vois pas à quel moment ça peut se faire. Si ce n'est pas le 13 septembre, ça va se faire à quel moment?», a-t-il demandé.

Le fédéral et les provinces ne s'entendent pas sur la portée de la conférence de septembre et, à moins de trois semaines du début des travaux, tout le monde demeure campé sur ses positions.

Québec tient à lier les discussions sur le financement de la santé et celles sur la péréquation, question d'éviter qu'Ottawa donne d'une main ce qu'il a pris de l'autre. M. Charest a indiqué hier qu'il comptait sur M. Martin pour fournir dès septembre l'information et les engagements nécessaires à cet égard. Comme d'autres provinces, Québec refuse aussi qu'Ottawa assortisse son financement de conditions ou dicte les domaines visés par les réformes, ce que prévoit le programme électoral de M. Martin avec des investissements de six milliards pour la réduction des listes d'attente et les soins à domicile.

Les autres provinces, quant à elles, poussent leur proposition d'assurance-médicaments fédérale. Les ministres provinciaux de la Santé ont d'ailleurs continué à la peaufiner mercredi à Toronto, les ministres des Finances doivent se pencher sur les coûts aujourd'hui et les premiers ministres compléteront le travail la semaine prochaine. Même s'il n'entend pas céder son programme au fédéral, le Québec ne s'est pas opposé au consensus obtenu au Conseil de la fédération sur ce sujet fin juillet, mais à la condition de recevoir sa juste part des fonds fédéraux.

Ottawa ne veut pas entendre parler du projet provincial, préférant donner la priorité à une protection contre les coûts catastrophiques de certains médicaments dans le cadre d'une stratégie nationale. «Nous sommes prêts à examiner [...] toutes les choses que nous pouvons faire pour aider les provinces à contenir les coûts [...] mais nous ne sommes pas prêts pour l'instant à examiner la proposition faite par les premiers ministres provinciaux», a dit hier le ministre fédéral de la Santé, Ujjal Dosanjh. M. Martin et lui ont répété qu'une stratégie nationale de ce genre devrait s'intégrer à un plan d'ensemble.

Le gouvernement Martin s'en tient donc à son projet initial, soit un plan d'ensemble qui combine un réinvestissement d'au minimum neuf milliards et la mise en place de programmes ou de stratégies pancanadiennes pour réduire les listes d'attente, améliorer l'accès aux soins de première ligne et aux soins à domicile, atténuer l'impact du coût catastrophique de certains médicaments et améliorer la reddition de comptes sur les réformes.

Avec la collaboration d'Alec Castonguay






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