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Le plan Parizeau gagne du terrain

D'autres députés péquistes donnent leur appui à l'ancien premier ministre

Tommy Chouinard   21 août 2004  Québec
Québec — Les appuis au plan d'accession à la souveraineté de Jacques Parizeau se multiplient au sein de la députation péquiste, en dépit du rejet catégorique de cette option par le chef Bernard Landry, a appris Le Devoir.

En plus du député de Borduas, Jean-Pierre Charbonneau, les députés de Masson, Luc Thériault, et de L'Assomption, Jean-Claude St-André, souhaitent que la proposition de Jacques Parizeau soit adoptée par le Parti québécois. Qui plus est, une bonne partie de l'aile parlementaire du PQ est en faveur d'un débat portant sur le plan de l'ancien premier ministre.

«M. Parizeau a frappé en plein dans le mille, a lancé Luc Thériault hier, lors d'un entretien avec Le Devoir. Il nous permet de sortir d'un certain nombre de pièges. Ce changement de démarche est nécessaire.»

«C'est la stratégie la plus cohérente et la plus sérieuse qui a été mise sur la table, a pour sa part souligné Jean-Claude St-André. J'ai opté moi-même pour une élection qui constituerait un enclenchement d'un processus qui doit mener à l'indépendance. Ça rejoint assurément la proposition de M. Parizeau.»

L'ancien premier ministre propose que le Parti québécois se présente aux prochaines élections générales en sollicitant le mandat de réaliser l'indépendance. S'il est élu, le gouvernement péquiste entreprendrait une démarche d'accession à la souveraineté en créant une Constitution provisoire et en mettant en place l'appareil législatif et administratif nécessaire. Un référendum serait ensuite tenu, non pas sur le choix d'un pays mais bien sur un projet de Constitution.

«Ce que Parizeau dit, c'est qu'il faut que ce soit clair aux prochaines élections qu'on demande à la population un mandat de réaliser la souveraineté. Mais pas un mandat de proclamer la souveraineté, soyons clairs. Certains crient au scandale et à une démarche antidémocratique. Y a-t-il un seul Québécois qui pense que voter pour le Parti québécois ce n'est pas lui donner le mandat de réaliser l'article 1 de son programme, la souveraineté? Un Parti québécois au pouvoir qui prétendrait qu'il ne sait pas s'il a le mandat de réaliser sa raison d'être, je ne veux plus de ça», a expliqué Luc Thériault.

Une fois élu, le Parti québécois aurait selon lui toute la légitimité nécessaire pour mettre «l'État au service de la réalisation de la souveraineté». Si des «fédéralistes font un procès sur la légitimité» de cette démarche, c'est qu'«ils ont la chienne parce que le vent n'est pas de leur côté», a ajouté le député de Masson.

«Dans un régime parlementaire de type britannique, reconnu comme une des formes de démocratie les plus avancées au monde, le principe est simple: à partir du moment où un parti détient la majorité des sièges dans un Parlement, il a toute la légitimité nécessaire pour agir. Actuellement, on est en présence d'un gouvernement du Parti libéral qui a pris des engagements qu'il ne tient pas et on trouve ça légitime. Alors nous, on n'aurait pas le droit de faire ce à quoi on s'est engagé? Je m'excuse, mais je ne peux accorder de crédit à un argument comme ça», a affirmé Jean-Claude St-André.

D'après les deux députés, un référendum est cependant nécessaire, comme le reconnaît Jacques Parizeau. Il pourrait très bien porter, à leurs yeux, sur un projet de Constitution. «Cette démarche est intéressante car elle permet de garder toute la légitimité possible au niveau international pour contrer ce que le fédéral a fait comme lois [sur la clarté référendaire, notamment]», a dit M. Thériault.

Reprenant l'expression de Jacques Parizeau, les députés de Masson et de L'Assomption considèrent que la stratégie étapiste «n'est plus jouable». D'après Jean-Claude St-André, l'ancien premier ministre a démontré «avec justesse» la nécessité de modifier la stratégie du Parti québécois. «Ceux et celles qui défendent l'approche étapiste ou référendaire ont la responsabilité de nous expliquer en quoi cette approche peut réussir, d'autant plus que le Parti québécois a occupé le pouvoir pendant dix-huit ans avec cette approche-là, qui a été essayée à deux reprises et qui a échoué», a-t-il souligné.

Or Bernard Landry a réitéré cette semaine sa profession de foi envers la stratégie étapiste adoptée par le PQ il y a 30 ans. Luc Thériault dit «regretter» que son chef ait rejeté si promptement la proposition de Jacques Parizeau. «Quand on a une contribution aussi importante que celle de Jacques Parizeau, je ne vois pas la nécessité de sortir si vite et de rejeter ça du revers de la main», a-t-il expliqué. Jean-Claude St-André se dit toutefois satisfait que Bernard Landry se soit exprimé en faveur de la tenue d'un débat sur la méthode d'accession à la souveraineté.

Les propos des deux députés rejoignent ceux de Jean-Pierre Charbonneau, qui, mercredi, s'est porté à la défense de Jacques Parizeau et a donné son appui au plan de l'ancien premier ministre lors d'une entrevue au Devoir.

Pour un débat

D'autres députés péquistes réclament un tel débat sur la proposition de Jacques Parizeau. Il s'agit notamment du député de Rousseau, François Legault, dont la position se rapproche de plus en plus de celle de Jacques Parizeau. «Lors des prochaines élections, je pense qu'un vote pour le Parti québécois doit être un vote pour un projet de pays. La contribution de M. Parizeau est importante. Des gens au Parti québécois ont peur de définir le projet de société et moi, je pense qu'il faut le définir sinon notre projet, comme le dit M. Parizeau, est fade. Il ne faut pas rejeter la proposition de M. Parizeau trop rapidement. On doit l'analyser en détail», a-t-il dit.

François Legault considère qu'il faut «examiner» la tenue d'un référendum sur une Constitution plutôt que sur l'indépendance pure et simple. «Je ne suis pas un expert, mais je pense que ça mérite d'être analysé», a-t-il précisé.

Cécile Vermette, de la circonscription de Marie-Victorin, se dit «favorable» au plan de l'ancien premier ministre, mais elle tient à ce que les militants en discutent et déterminent la meilleure stratégie à adopter. Son avis rejoint celui de sa collègue de Rosemont, Rita Dionne-Marsolais. «La dynamique internationale et canadienne a changé et notre option doit évoluer. La proposition de Jacques Parizeau est intéressante et doit être analysée», a-t-elle dit.

Débat au conseil national

Le débat lancé cette semaine par Jacques Parizeau se transportera au conseil national du PQ, qui se tiendra le week-end prochain. Dans une résolution inscrite à l'ordre du jour, neuf associations de circonscription demandent la tenue d'un conseil national thématique ou d'un colloque national portant exclusivement sur les méthodes d'accession à la souveraineté. Elles souhaitent que le directeur de la revue L'Action nationale, Robert Laplante, présente sa propre démarche, qui a d'ailleurs inspiré Jacques Parizeau.

Cette résolution a été suggérée aux présidents de circonscription par les députés Jean-Claude St-André, Cécile Vermette et Claude Cousineau (Bertrand) dans une lettre envoyée le 14 juillet. Robert Laplante, Sasha Alexandre Gauthier (vice-président du PQ de Montréal-Centre) et Louise Lortie (présidente de la circonscription de L'Assomption) en sont également les signataires.

La lettre, dont Le Devoir a obtenu copie, précise que l'approche référendaire ou étapiste ne tient plus. Son propos correspond en bonne partie à l'argumentaire de Jacques Parizeau. «Le gouvernement fédéral a démontré toute l'ampleur de sa mauvaise foi en violant les règles de la démocratie et la volonté des Québécois lors du dernier référendum. Le gouvernement fédéral, par l'adoption de la loi sur la clarté référendaire, a clairement exprimé son intention de ne pas respecter la démocratie et la volonté des Québécois lors d'une consultation populaire à venir», écrivent les six signataires.

Selon eux, le référendum doit cesser d'être considéré comme le «moment inaugural». «C'est l'élection qui donne la légitimité d'agir. Un parti souverainiste à qui les citoyens confient la gouverne de l'État québécois doit être un parti qui a le mandat de faire les gestes de rupture qui prépareront l'indépendance. Cela ne veut pas dire que le recours au référendum soit écarté. Il doit changer de nature et de signification.»

Le débat sur la méthode d'accession à la souveraineté du Parti québécois connaîtra son point culminant lors du congrès du parti en juin 2005.
 
 
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