Des dissidents montrent la porte à Landry
Québec — Une faction dissidente au sein du Parti québécois émerge au grand jour et montre la porte au chef Bernard Landry. Une association de circonscription et des militants actifs veulent forcer la tenue d'une élection à la présidence du parti même si Bernard Landry décide de rester en poste, a appris Le Devoir.
L'association péquiste de la circonscription de Notre-Dame-de-Grâce, à Montréal, a adopté à l'unanimité, le 27 juillet dernier, une résolution exigeant le déclenchement d'une course au leadership. La résolution, déposée au comité directeur du Parti québécois, sera inscrite à l'ordre du jour du conseil national qui aura lieu les 27, 28 et 29 août prochains à Québec. Qui plus est, dans une lettre publiée aujourd'hui par Le Devoir en page Idées, quatre militants actifs brisent le silence que s'imposent plusieurs péquistes et réclament un renouvellement à la présidence du PQ.
La résolution de l'association péquiste de Notre-Dame-de-Grâce remet même en question la légitimité de Bernard Landry à titre de chef. «Il est proposé que, afin de légitimer la présidence du parti, son chef actuel incite le conseil national à organiser une élection à la présidence du parti, au suffrage universel de ses membres, au plus tard au printemps 2006», peut-on lire dans ce document dont Le Devoir a obtenu copie. Cette résolution, qui sera soumise à l'approbation des militants au conseil national, serait appuyée par «des membres de l'exécutif d'au moins une dizaine d'associations de circonscription», a précisé une source digne de confiance.
Dans le préambule de la résolution, l'association péquiste de Notre-Dame-de-Grâce précise qu'«il est souhaitable que le Parti québécois renouvelle son discours». Elle demande également au conseil national de «lancer, dans les meilleurs délais, une campagne de recrutement de membres» en vue du congrès du parti, qui aura lieu en juin 2005.
Cette dissidence, fort éloquente, met un sérieux bémol à l'assurance exprimée par Bernard Landry depuis plusieurs mois. Plus tôt cette semaine, il prétendait que «le vent est bon» pour son maintien à la tête des troupes péquistes à l'aube de sa tournée du Québec.
«L'existence d'une résolution comme celle-là, ça montre qu'il y a un problème au sujet du leadership», a reconnu une source péquiste crédible qui n'est pas à l'origine de cette résolution.
Pour les camps de Pauline Marois et de François Legault — éventuels candidats à la succession de Bernard Landry —, cette grogne ne surprend guère, même si l'adoption d'une telle résolution par une association de circonscription est considérée comme un acte révélateur de l'état d'esprit de plusieurs militants.
La perspective — chaque jour plus probable — de voir Bernard Landry présider le PQ lors des prochaines élections générales a également incité des péquistes à écrire une lettre au Devoir. Dans cette missive, intitulée Appel à Bernard Landry et publiée aujourd'hui en page Idées, quatre militants actifs réclament un scrutin à la présidence du parti. Les signataires sont Claudette Chalifour (Outremont), Marc Brière (Notre-Dame-de-Grâce), Claude-G. Charron et Jeannine Valois (Marquette).
«Bernard Landry, qui a beaucoup mérité de la patrie et dont les nombreux talents sont appréciés par un grand nombre des membres de notre parti, s'apprêterait à annoncer [...] qu'il entend rester chef du parti et prendre sa revanche aux élections de 2007 ou 2008. Le problème est que cette perspective souffre d'un déficit de légitimité. Landry n'a jamais été élu à la présidence du PQ [NDLR: il n'y avait aucun autre candidat pour succéder à Lucien Bouchard] et sa défaite électorale comme premier ministre a miné sa crédibilité, aussi bien auprès des membres du parti que dans l'électorat québécois», écrivent les quatre militants.
Depuis la défaite du premier ministre Antonio Barrette (Union nationale) en 1960, font-ils valoir, tous les premiers ministres québécois qui ont été battus à l'occasion d'élections générales ont démissionné de leur poste de chef, qu'il s'agisse de Jean Lesage (Parti libéral), de Jean-Jacques Bertrand (Union nationale), de Robert Bourassa (Parti libéral, en 1976), de Pierre Marc Johnson (Parti québécois) ou de Daniel Johnson (Parti libéral).
«Nous croyons que Bernard Landry devrait suivre cette tradition et ouvrir la voie à la tenue d'un scrutin à la présidence du Parti québécois, qui pourrait avoir lieu à l'automne 2005 ou au printemps de 2006, soit après le congrès de juin prochain, au cours duquel les membres seront appelés à renouveler le programme, les règlements et les stratégies du PQ», estiment les signataires de la lettre.
Selon eux, rien n'empêcherait Bernard Landry de prendre part à la course au leadership. «Si Bernard Landry croit qu'il est toujours l'homme de la situation — ce dont plusieurs doutent, malgré l'estime qu'ils ont pour lui —, il pourrait se porter candidat, comme devraient évidemment le faire tous ceux qui aspirent à la direction du parti.»
Si les signataires précisent que Bernard Landry a connu une «brillante carrière publique», ils lui reprochent «l'humiliante défaite de 2003 alors que le PQ ne recueillait que 33 % des voix, son plus bas score depuis 1973». Ils critiquent également son travail de chef de l'opposition. «Il a connu une année que des analystes ont jugée médiocre, malgré la chute vertigineuse de popularité du premier ministre libéral», affirment-ils.
Cette dissidence est significative puisque personne n'a osé contester publiquement le leadership de Bernard Landry jusqu'ici, et en particulier les députés, qui disent le plus souvent respecter la réflexion de leur chef.
Bernard Landry fera connaître ses intentions soit au conseil national du mois d'août, soit à celui prévu en octobre. Pour le moment, s'il décide de présider le PQ lors des prochaines élections — ce qui peut être considéré comme acquis —, il devra faire face à un vote de confiance dans le cadre du congrès de juin 2005. Selon les statuts du PQ, le chef doit obtenir la majorité des voix exprimées pour demeurer en poste. Or, dans les faits, le seuil officieux pour demeurer à la tête du PQ a été fixé au congrès de novembre 1996 alors que Lucien Bouchard s'était senti humilié lorsque 76,7 % des délégués lui avaient exprimé leur confiance, le score le plus faible atteint par un chef péquiste.
Si le chef échoue le test du vote de confiance, le parti doit procéder à une élection à la présidence. À moins de la démission du chef, il s'agit de la seule procédure pour renouveler la présidence. Il n'est plus possible, au Parti québécois, de faire comme André Larocque au congrès de 1971: se présenter contre le chef — René Lévesque à l'époque — et contester ouvertement son leadership. Les statuts ont été amendés depuis.
L'association péquiste de la circonscription de Notre-Dame-de-Grâce, à Montréal, a adopté à l'unanimité, le 27 juillet dernier, une résolution exigeant le déclenchement d'une course au leadership. La résolution, déposée au comité directeur du Parti québécois, sera inscrite à l'ordre du jour du conseil national qui aura lieu les 27, 28 et 29 août prochains à Québec. Qui plus est, dans une lettre publiée aujourd'hui par Le Devoir en page Idées, quatre militants actifs brisent le silence que s'imposent plusieurs péquistes et réclament un renouvellement à la présidence du PQ.
La résolution de l'association péquiste de Notre-Dame-de-Grâce remet même en question la légitimité de Bernard Landry à titre de chef. «Il est proposé que, afin de légitimer la présidence du parti, son chef actuel incite le conseil national à organiser une élection à la présidence du parti, au suffrage universel de ses membres, au plus tard au printemps 2006», peut-on lire dans ce document dont Le Devoir a obtenu copie. Cette résolution, qui sera soumise à l'approbation des militants au conseil national, serait appuyée par «des membres de l'exécutif d'au moins une dizaine d'associations de circonscription», a précisé une source digne de confiance.
Dans le préambule de la résolution, l'association péquiste de Notre-Dame-de-Grâce précise qu'«il est souhaitable que le Parti québécois renouvelle son discours». Elle demande également au conseil national de «lancer, dans les meilleurs délais, une campagne de recrutement de membres» en vue du congrès du parti, qui aura lieu en juin 2005.
Cette dissidence, fort éloquente, met un sérieux bémol à l'assurance exprimée par Bernard Landry depuis plusieurs mois. Plus tôt cette semaine, il prétendait que «le vent est bon» pour son maintien à la tête des troupes péquistes à l'aube de sa tournée du Québec.
«L'existence d'une résolution comme celle-là, ça montre qu'il y a un problème au sujet du leadership», a reconnu une source péquiste crédible qui n'est pas à l'origine de cette résolution.
Pour les camps de Pauline Marois et de François Legault — éventuels candidats à la succession de Bernard Landry —, cette grogne ne surprend guère, même si l'adoption d'une telle résolution par une association de circonscription est considérée comme un acte révélateur de l'état d'esprit de plusieurs militants.
La perspective — chaque jour plus probable — de voir Bernard Landry présider le PQ lors des prochaines élections générales a également incité des péquistes à écrire une lettre au Devoir. Dans cette missive, intitulée Appel à Bernard Landry et publiée aujourd'hui en page Idées, quatre militants actifs réclament un scrutin à la présidence du parti. Les signataires sont Claudette Chalifour (Outremont), Marc Brière (Notre-Dame-de-Grâce), Claude-G. Charron et Jeannine Valois (Marquette).
«Bernard Landry, qui a beaucoup mérité de la patrie et dont les nombreux talents sont appréciés par un grand nombre des membres de notre parti, s'apprêterait à annoncer [...] qu'il entend rester chef du parti et prendre sa revanche aux élections de 2007 ou 2008. Le problème est que cette perspective souffre d'un déficit de légitimité. Landry n'a jamais été élu à la présidence du PQ [NDLR: il n'y avait aucun autre candidat pour succéder à Lucien Bouchard] et sa défaite électorale comme premier ministre a miné sa crédibilité, aussi bien auprès des membres du parti que dans l'électorat québécois», écrivent les quatre militants.
Depuis la défaite du premier ministre Antonio Barrette (Union nationale) en 1960, font-ils valoir, tous les premiers ministres québécois qui ont été battus à l'occasion d'élections générales ont démissionné de leur poste de chef, qu'il s'agisse de Jean Lesage (Parti libéral), de Jean-Jacques Bertrand (Union nationale), de Robert Bourassa (Parti libéral, en 1976), de Pierre Marc Johnson (Parti québécois) ou de Daniel Johnson (Parti libéral).
«Nous croyons que Bernard Landry devrait suivre cette tradition et ouvrir la voie à la tenue d'un scrutin à la présidence du Parti québécois, qui pourrait avoir lieu à l'automne 2005 ou au printemps de 2006, soit après le congrès de juin prochain, au cours duquel les membres seront appelés à renouveler le programme, les règlements et les stratégies du PQ», estiment les signataires de la lettre.
Selon eux, rien n'empêcherait Bernard Landry de prendre part à la course au leadership. «Si Bernard Landry croit qu'il est toujours l'homme de la situation — ce dont plusieurs doutent, malgré l'estime qu'ils ont pour lui —, il pourrait se porter candidat, comme devraient évidemment le faire tous ceux qui aspirent à la direction du parti.»
Si les signataires précisent que Bernard Landry a connu une «brillante carrière publique», ils lui reprochent «l'humiliante défaite de 2003 alors que le PQ ne recueillait que 33 % des voix, son plus bas score depuis 1973». Ils critiquent également son travail de chef de l'opposition. «Il a connu une année que des analystes ont jugée médiocre, malgré la chute vertigineuse de popularité du premier ministre libéral», affirment-ils.
Cette dissidence est significative puisque personne n'a osé contester publiquement le leadership de Bernard Landry jusqu'ici, et en particulier les députés, qui disent le plus souvent respecter la réflexion de leur chef.
Bernard Landry fera connaître ses intentions soit au conseil national du mois d'août, soit à celui prévu en octobre. Pour le moment, s'il décide de présider le PQ lors des prochaines élections — ce qui peut être considéré comme acquis —, il devra faire face à un vote de confiance dans le cadre du congrès de juin 2005. Selon les statuts du PQ, le chef doit obtenir la majorité des voix exprimées pour demeurer en poste. Or, dans les faits, le seuil officieux pour demeurer à la tête du PQ a été fixé au congrès de novembre 1996 alors que Lucien Bouchard s'était senti humilié lorsque 76,7 % des délégués lui avaient exprimé leur confiance, le score le plus faible atteint par un chef péquiste.
Si le chef échoue le test du vote de confiance, le parti doit procéder à une élection à la présidence. À moins de la démission du chef, il s'agit de la seule procédure pour renouveler la présidence. Il n'est plus possible, au Parti québécois, de faire comme André Larocque au congrès de 1971: se présenter contre le chef — René Lévesque à l'époque — et contester ouvertement son leadership. Les statuts ont été amendés depuis.
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