Les garderies devront faire plus avec moins
Québec réduit son financement de 2,6 %
Moins d'un mois après la divulgation d'une étude révélant d'importantes lacunes dans la qualité des services de garde, le gouvernement du Québec effectue de nouvelles compressions dans les garderies privées et les centres de la petite enfance.
La présentation des règles budgétaires la semaine dernière a semé l'inquiétude, voire la grogne, chez les deux associations représentant les services de garde. On y reconduit la compression de 2,6 % imposée en 2003, ce qui équivaut à un manque à gagner de 15 538 $ pour un centre de la petite enfance de 60 places, sur un budget total de 683 000 $.
À ce qu'on appelle dans le document gouvernemental un «effort de rationalisation», il faut ajouter les coûts de système qui ne sont pas entièrement absorbés, selon les calculs de l'Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE), ce qui représente 2,22 %, soit un autre manque à gagner de 12 800 $. Dans le cas du réseau des CPE, ces coûts de système sont principalement dus aux augmentations d'échelon salarial des éducatrices puisque la masse salariale représente de 80 à 85 % du budget.
La ministre déléguée à la Famille et à l'Enfance, Carole Théberge, ne partage pas l'analyse de l'AQCPE sur l'évaluation des coûts de système, bien qu'elle reconnaisse que son ministère reconduit la compression de 2,6 % imposée l'année dernière. «Au total, il y a une augmentation de 1,7 %», allègue la ministre. Lorsqu'on examine les chiffres de l'AQCPE, ce chiffre correspond à l'augmentation des frais alloués directement à la garde des enfants, avant les compressions.
La ministre Théberge souligne que les fonds pour l'indexation éventuelle des salaires devraient venir dans un deuxième temps, au terme de la négociation de la convention collective. Le problème, selon l'AQCPE, c'est que les avancements d'échelons, censés être assumés dans le budget actuel, ne sont pas entièrement financés.
En juin, l'opposition officielle a déposé à l'Assemblée nationale une étude réalisée par l'Institut de la statistique du Québec, intitulée Grandir en qualité, qui soulignait qu'au privé, 40 % des enfants fréquentent un établissement dont la qualité d'ensemble «ne correspond pas aux principes du programme éducatif». Le réseau des CPE s'en tirait à peine mieux: le quart des enfants fréquentent un CPE qui obtient la note «passable».
«On voulait commencer à travailler dès maintenant pour remédier aux lacunes mises en lumière dans l'étude, pour rassurer les parents. On n'aura pas les moyens de le faire cette année», déplore Sylvain Gobeil, de l'AQCPE.
Son alter ego de l'Association des garderies privées est encore plus tranché: «On nous tient le discours de la qualité, mais le gouvernement n'y croit pas, il n'investit pas. Si on coupe, on sait que cela va avoir un effet sur la qualité», tonne le président de cette association, Sylvain Lévesque, qui pense devoir bientôt annoncer à ses employés que les augmentations salariales qu'il avait prévu leur consentir devront attendre puisque son budget est amputé de 6000 $.
«La qualité, il faut avoir les moyens de la donner. Un menu équilibré, avec des légumes, de la viande, du lait, etc., ça coûte des sous. Je n'ai pas de marge de manoeuvre. Est-ce qu'il va falloir que je prenne la "mop" le soir pour laver les planchers?», ironise M. Lévesque, rappelant que l'étude dénotait des problèmes au chapitre de la propreté.
La ministre Théberge répète qu'il est possible de faire mieux avec les budgets existants. «On demande aux éducateurs, aux gestionnaires, de voir comment on peut améliorer la situation. Je suis convaincue qu'il y a une grande partie qui passe sans l'ajout de fonds supplémentaires. Ce n'est pas la seule solution dans le contexte financier où on est, alors qu'on investit 1,4 milliard.»
Pour dire cela, «les gens vivent dans leur bulle, dans leur bureau, pas dans les services de garde», réplique M. Lévesque.
Les nouvelles règles budgétaires trahissent une «vision comptable» des services de garde, selon le porte-parole de l'opposition officielle, le député Jonathan Valois. «Avec les hausses de tarifs et ces compressions, le message qu'on envoie, c'est que le gouvernement se déresponsabilise à petite dose.»
«Quand on sait que la masse salariale doit être respectée, les centres de la petite enfance n'auront d'autre choix que de couper dans la qualité des services ou d'imposer des frais supplémentaires aux parents pour des activités», croit M. Valois.
Le gouvernement Charest avait soulevé la colère des parents et des intervenants en garderie en faisant passer de 5 à 7 $ la contribution quotidienne des parents à partir du 1er janvier dernier.
La présentation des règles budgétaires la semaine dernière a semé l'inquiétude, voire la grogne, chez les deux associations représentant les services de garde. On y reconduit la compression de 2,6 % imposée en 2003, ce qui équivaut à un manque à gagner de 15 538 $ pour un centre de la petite enfance de 60 places, sur un budget total de 683 000 $.
À ce qu'on appelle dans le document gouvernemental un «effort de rationalisation», il faut ajouter les coûts de système qui ne sont pas entièrement absorbés, selon les calculs de l'Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE), ce qui représente 2,22 %, soit un autre manque à gagner de 12 800 $. Dans le cas du réseau des CPE, ces coûts de système sont principalement dus aux augmentations d'échelon salarial des éducatrices puisque la masse salariale représente de 80 à 85 % du budget.
La ministre déléguée à la Famille et à l'Enfance, Carole Théberge, ne partage pas l'analyse de l'AQCPE sur l'évaluation des coûts de système, bien qu'elle reconnaisse que son ministère reconduit la compression de 2,6 % imposée l'année dernière. «Au total, il y a une augmentation de 1,7 %», allègue la ministre. Lorsqu'on examine les chiffres de l'AQCPE, ce chiffre correspond à l'augmentation des frais alloués directement à la garde des enfants, avant les compressions.
La ministre Théberge souligne que les fonds pour l'indexation éventuelle des salaires devraient venir dans un deuxième temps, au terme de la négociation de la convention collective. Le problème, selon l'AQCPE, c'est que les avancements d'échelons, censés être assumés dans le budget actuel, ne sont pas entièrement financés.
En juin, l'opposition officielle a déposé à l'Assemblée nationale une étude réalisée par l'Institut de la statistique du Québec, intitulée Grandir en qualité, qui soulignait qu'au privé, 40 % des enfants fréquentent un établissement dont la qualité d'ensemble «ne correspond pas aux principes du programme éducatif». Le réseau des CPE s'en tirait à peine mieux: le quart des enfants fréquentent un CPE qui obtient la note «passable».
«On voulait commencer à travailler dès maintenant pour remédier aux lacunes mises en lumière dans l'étude, pour rassurer les parents. On n'aura pas les moyens de le faire cette année», déplore Sylvain Gobeil, de l'AQCPE.
Son alter ego de l'Association des garderies privées est encore plus tranché: «On nous tient le discours de la qualité, mais le gouvernement n'y croit pas, il n'investit pas. Si on coupe, on sait que cela va avoir un effet sur la qualité», tonne le président de cette association, Sylvain Lévesque, qui pense devoir bientôt annoncer à ses employés que les augmentations salariales qu'il avait prévu leur consentir devront attendre puisque son budget est amputé de 6000 $.
«La qualité, il faut avoir les moyens de la donner. Un menu équilibré, avec des légumes, de la viande, du lait, etc., ça coûte des sous. Je n'ai pas de marge de manoeuvre. Est-ce qu'il va falloir que je prenne la "mop" le soir pour laver les planchers?», ironise M. Lévesque, rappelant que l'étude dénotait des problèmes au chapitre de la propreté.
La ministre Théberge répète qu'il est possible de faire mieux avec les budgets existants. «On demande aux éducateurs, aux gestionnaires, de voir comment on peut améliorer la situation. Je suis convaincue qu'il y a une grande partie qui passe sans l'ajout de fonds supplémentaires. Ce n'est pas la seule solution dans le contexte financier où on est, alors qu'on investit 1,4 milliard.»
Pour dire cela, «les gens vivent dans leur bulle, dans leur bureau, pas dans les services de garde», réplique M. Lévesque.
Les nouvelles règles budgétaires trahissent une «vision comptable» des services de garde, selon le porte-parole de l'opposition officielle, le député Jonathan Valois. «Avec les hausses de tarifs et ces compressions, le message qu'on envoie, c'est que le gouvernement se déresponsabilise à petite dose.»
«Quand on sait que la masse salariale doit être respectée, les centres de la petite enfance n'auront d'autre choix que de couper dans la qualité des services ou d'imposer des frais supplémentaires aux parents pour des activités», croit M. Valois.
Le gouvernement Charest avait soulevé la colère des parents et des intervenants en garderie en faisant passer de 5 à 7 $ la contribution quotidienne des parents à partir du 1er janvier dernier.
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