Bellemare démissionne
Québec—Le réalisme politique, fait de compromis, aura eu raison de Marc Bellemare, qui a remis sa démission, hier, à titre de ministre de la Justice, procureur général du Québec et député de Vanier.
Le leader parlementaire du gouvernement, Jacques Dupuis, a été aussitôt assermenté afin de remplacer Marc Bellemare à la Justice. Dès lundi, M. Bellemare retournera à la pratique du droit, où il a plaidé pendant des années pour une réforme du régime d'indemnisation sans égard à la faute (no fault) à l'assurance automobile.
Or le gouvernement Charest tend à réduire la portée de cette réforme, qui représentait la raison principale pour laquelle Marc Bellemare a décidé de faire le saut en politique en 2003.
«Les réformes ne se font pas au rythme et de la façon aussi extensive que je souhaiterais. Je comprends qu'il y a des raisons d'État, des raisons administratives, des raisons politiques aussi, qui ont de l'importance. Il faut être capable de naviguer dans l'ensemble de ces considérations, ce que j'ai énormément de la difficulté à faire», a affirmé Marc Bellemare en conférence de presse, hier, quelques minutes après avoir rencontré le premier ministre Jean Charest. «Je ne suis pas un homme qui accepte facilement qu'on reporte les échéanciers, qu'on diminue ou modifie la nature des réformes qu'on s'est engagé à faire. Je suis plutôt un homme de ligne droite. Pour moi, le monde de la politique est un monde qui ne me convient pas», a ajouté M. Bellemare, qui s'est dit «soulagé» de quitter la vie politique.
De son propre aveu, Marc Bellemare s'est lancé dans l'arène politique pour réaliser trois réformes qui, incidemment, tardent à se réaliser. Il s'agit surtout de la révision du no fault, qui a notamment pour but de permettre aux victimes de la route de poursuivre au civil les chauffards criminels. C'est lui qui avait convaincu le Parti libéral, auquel il a adhéré en 2002, d'inclure cette réforme dans son programme électoral.
Depuis l'élection des libéraux il y a un an, la réforme envisagée a été décriée par plusieurs, tant et si bien que le ministre des Transports, Yvon Marcoux, responsable du dossier, a décidé de reporter à l'automne le dépôt d'un projet de loi. Les quelques informations connues jusqu'à maintenant montrent que cette réforme n'aura pas l'ampleur que souhaitait Marc Bellemare.
«Le monde politique doit composer avec plusieurs choses. La société québécoise est faite de toutes sortes d'éléments. Il y a des lobbys, des groupes de pression. Je ne suis pas sensible à certaines pressions de certains groupes. Je suis davantage sensible aux préoccupations des gens ordinaires qui se battent contre le gouvernement qui n'est pas toujours en mesure de répondre à leurs besoins dans un délai raisonnable. La politique, c'est essayer de trouver des compromis, une orientation qui satisfait grosso modo l'ensemble des Québécois. J'estime que je suis peut-être trop vendu à la réalité des gens ordinaires», a-t-il expliqué.
Avant de se lancer en politique, Marc Bellemare a pratiqué le droit pendant 23 ans et défendu les personnes s'estimant lésées par l'assurance automobile, ce qui l'a fait connaître, particulièrement dans la région de Québec. Il continuera de plaider sa cause, cette fois à l'extérieur des officines gouvernementales. «M. Marcoux a le dossier du no fault. Il fait ce qu'il peut. On verra quelle sera la couleur du document de consultation qu'il rendra public en juin [pour consultation à la fin de l'été]. Comme je serai citoyen, j'exprimerai mon opinion», a-t-il lancé.
Qui plus est, la réforme de la justice administrative, chère à M. Bellemare, piétine, puisque le principe du projet de loi qu'il a déposé l'automne dernier n'a pas encore été adopté. Enfin, il n'a pas été en mesure de déposer un projet de loi modifiant la loi sur les victimes d'actes criminels, vieille de plus de trente ans. «Il n'y a pas de goutte qui a fait déborder le vase. C'est un constat que je fais après un an en politique. J'estime que le monde politique ne répond pas à mes attentes. J'estime que je peux faire davantage pour servir les citoyens à l'extérieur qu'à l'intérieur de la politique», a-t-il dit.
La dernière année n'a pas été de tout repos pour Marc Bellemare. Son intervention dans le mégaprocès des Hells Angels et les mouvements de personnel au sein de son ministère ont fait particulièrement jaser. Marc Bellemare a aussi eu des différends avec certains de ses collègues du conseil des ministres, dont Jacques Chagnon et Yves Séguin. Il a aussi fait face à des pressions importantes dans le dossier de la prostitution juvénile, puisque des groupes, dont l'ADQ et la Fondation Scorpion, réclamaient la réouverture de l'enquête policière menée à Québec et la nomination d'un procureur indépendant pour revoir toute la preuve. Son intégrité a aussi été remise en question alors que des révélations ont démontré que sa fille aînée — il est le père de quatre enfants — était danseuse nue et pourrait avoir entretenu des liens avec le monde criminel. Cet épisode, éprouvant pour sa famille, l'a particulièrement affecté. «Tout le monde sait que cela a été pour moi à certains moments un peu difficile. Je fais un constat: c'est un monde qui ne me convient», a-t-il dit.
«Un homme de convictions»
Marc Bellemare a pris sa décision lundi soir et remis sa lettre de démission à 10h30, hier. Il a rencontré le premier ministre Jean Charest en fin d'après-midi, une personne envers qui il a une «grande admiration» et sans qui il n'aurait jamais accepté de faire le saut en politique, a dit M. Bellemare. Jacques Dupuis a ensuite été assermenté en présence de la lieutenant-gouverneure du Québec, Lise Thibault.
«Il m'a exprimé sa frustration pour la vie politique. Il ne pouvait pas savoir ce que la vie politique allait lui réserver» en particulier sur le plan familial, a affirmé hier Jean Charest, se disant déçu par la décision de M. Bellemare qu'il considère comme un «homme de convictions». Le premier ministre a ajouté que son gouvernement entend tout de même aller de l'avant avec les réformes sur lesquelles Marc Bellemare planchait. Jacques Dupuis en a d'ailleurs donné l'assurance.
Selon le leader de l'opposition officielle, André Boisclair, «la démission de M. Bellemare démontre un malaise profond au sein du gouvernement, car c'était une de ses vedettes». «M. Bellemare s'est fait utiliser par Jean Charest» afin de devenir candidat libéral, puisque celui-ci lui a promis de réaliser une réforme du no fault «qui n'a pas de bon sens», a-t-il ajouté.
Le bâtonnier du Québec, Me Pierre Gagnon, s'est dit surpris par la décision de Marc Bellemare, dont il appréciait la «vision du droit administratif». Il espère que la réforme de la justice administrative suivra son cours en dépit du départ de son principal défenseur.
Des élections partielles devront se tenir prochainement dans la circonscription de Vanier, à Québec, afin de trouver un successeur à Marc Bellemare.
Le leader parlementaire du gouvernement, Jacques Dupuis, a été aussitôt assermenté afin de remplacer Marc Bellemare à la Justice. Dès lundi, M. Bellemare retournera à la pratique du droit, où il a plaidé pendant des années pour une réforme du régime d'indemnisation sans égard à la faute (no fault) à l'assurance automobile.
Or le gouvernement Charest tend à réduire la portée de cette réforme, qui représentait la raison principale pour laquelle Marc Bellemare a décidé de faire le saut en politique en 2003.
«Les réformes ne se font pas au rythme et de la façon aussi extensive que je souhaiterais. Je comprends qu'il y a des raisons d'État, des raisons administratives, des raisons politiques aussi, qui ont de l'importance. Il faut être capable de naviguer dans l'ensemble de ces considérations, ce que j'ai énormément de la difficulté à faire», a affirmé Marc Bellemare en conférence de presse, hier, quelques minutes après avoir rencontré le premier ministre Jean Charest. «Je ne suis pas un homme qui accepte facilement qu'on reporte les échéanciers, qu'on diminue ou modifie la nature des réformes qu'on s'est engagé à faire. Je suis plutôt un homme de ligne droite. Pour moi, le monde de la politique est un monde qui ne me convient pas», a ajouté M. Bellemare, qui s'est dit «soulagé» de quitter la vie politique.
De son propre aveu, Marc Bellemare s'est lancé dans l'arène politique pour réaliser trois réformes qui, incidemment, tardent à se réaliser. Il s'agit surtout de la révision du no fault, qui a notamment pour but de permettre aux victimes de la route de poursuivre au civil les chauffards criminels. C'est lui qui avait convaincu le Parti libéral, auquel il a adhéré en 2002, d'inclure cette réforme dans son programme électoral.
Depuis l'élection des libéraux il y a un an, la réforme envisagée a été décriée par plusieurs, tant et si bien que le ministre des Transports, Yvon Marcoux, responsable du dossier, a décidé de reporter à l'automne le dépôt d'un projet de loi. Les quelques informations connues jusqu'à maintenant montrent que cette réforme n'aura pas l'ampleur que souhaitait Marc Bellemare.
«Le monde politique doit composer avec plusieurs choses. La société québécoise est faite de toutes sortes d'éléments. Il y a des lobbys, des groupes de pression. Je ne suis pas sensible à certaines pressions de certains groupes. Je suis davantage sensible aux préoccupations des gens ordinaires qui se battent contre le gouvernement qui n'est pas toujours en mesure de répondre à leurs besoins dans un délai raisonnable. La politique, c'est essayer de trouver des compromis, une orientation qui satisfait grosso modo l'ensemble des Québécois. J'estime que je suis peut-être trop vendu à la réalité des gens ordinaires», a-t-il expliqué.
Avant de se lancer en politique, Marc Bellemare a pratiqué le droit pendant 23 ans et défendu les personnes s'estimant lésées par l'assurance automobile, ce qui l'a fait connaître, particulièrement dans la région de Québec. Il continuera de plaider sa cause, cette fois à l'extérieur des officines gouvernementales. «M. Marcoux a le dossier du no fault. Il fait ce qu'il peut. On verra quelle sera la couleur du document de consultation qu'il rendra public en juin [pour consultation à la fin de l'été]. Comme je serai citoyen, j'exprimerai mon opinion», a-t-il lancé.
Qui plus est, la réforme de la justice administrative, chère à M. Bellemare, piétine, puisque le principe du projet de loi qu'il a déposé l'automne dernier n'a pas encore été adopté. Enfin, il n'a pas été en mesure de déposer un projet de loi modifiant la loi sur les victimes d'actes criminels, vieille de plus de trente ans. «Il n'y a pas de goutte qui a fait déborder le vase. C'est un constat que je fais après un an en politique. J'estime que le monde politique ne répond pas à mes attentes. J'estime que je peux faire davantage pour servir les citoyens à l'extérieur qu'à l'intérieur de la politique», a-t-il dit.
La dernière année n'a pas été de tout repos pour Marc Bellemare. Son intervention dans le mégaprocès des Hells Angels et les mouvements de personnel au sein de son ministère ont fait particulièrement jaser. Marc Bellemare a aussi eu des différends avec certains de ses collègues du conseil des ministres, dont Jacques Chagnon et Yves Séguin. Il a aussi fait face à des pressions importantes dans le dossier de la prostitution juvénile, puisque des groupes, dont l'ADQ et la Fondation Scorpion, réclamaient la réouverture de l'enquête policière menée à Québec et la nomination d'un procureur indépendant pour revoir toute la preuve. Son intégrité a aussi été remise en question alors que des révélations ont démontré que sa fille aînée — il est le père de quatre enfants — était danseuse nue et pourrait avoir entretenu des liens avec le monde criminel. Cet épisode, éprouvant pour sa famille, l'a particulièrement affecté. «Tout le monde sait que cela a été pour moi à certains moments un peu difficile. Je fais un constat: c'est un monde qui ne me convient», a-t-il dit.
«Un homme de convictions»
Marc Bellemare a pris sa décision lundi soir et remis sa lettre de démission à 10h30, hier. Il a rencontré le premier ministre Jean Charest en fin d'après-midi, une personne envers qui il a une «grande admiration» et sans qui il n'aurait jamais accepté de faire le saut en politique, a dit M. Bellemare. Jacques Dupuis a ensuite été assermenté en présence de la lieutenant-gouverneure du Québec, Lise Thibault.
«Il m'a exprimé sa frustration pour la vie politique. Il ne pouvait pas savoir ce que la vie politique allait lui réserver» en particulier sur le plan familial, a affirmé hier Jean Charest, se disant déçu par la décision de M. Bellemare qu'il considère comme un «homme de convictions». Le premier ministre a ajouté que son gouvernement entend tout de même aller de l'avant avec les réformes sur lesquelles Marc Bellemare planchait. Jacques Dupuis en a d'ailleurs donné l'assurance.
Selon le leader de l'opposition officielle, André Boisclair, «la démission de M. Bellemare démontre un malaise profond au sein du gouvernement, car c'était une de ses vedettes». «M. Bellemare s'est fait utiliser par Jean Charest» afin de devenir candidat libéral, puisque celui-ci lui a promis de réaliser une réforme du no fault «qui n'a pas de bon sens», a-t-il ajouté.
Le bâtonnier du Québec, Me Pierre Gagnon, s'est dit surpris par la décision de Marc Bellemare, dont il appréciait la «vision du droit administratif». Il espère que la réforme de la justice administrative suivra son cours en dépit du départ de son principal défenseur.
Des élections partielles devront se tenir prochainement dans la circonscription de Vanier, à Québec, afin de trouver un successeur à Marc Bellemare.
Haut de la page

