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De méga à super à hôpital

Budget oblige, les projets d'hôpitaux universitaires pourraient passer de 700 à 550 lits

Isabelle Paré   17 avril 2004  Québec
Pour ne pas faire exploser les budgets imposés par Québec, les deux hôpitaux universitaires devront faire le deuil de leurs projets initiaux et se contenter de complexes universitaires de 550 lits chacun et d'un fonctionnement sur deux sites.

Tel est du moins ce qu'ont recommandé hier, après quatre mois d'étude, les deux ex-premiers ministres Brian Mulroney et Daniel Johnson, qui avaient reçu du gouvernement Charest, à l'automne 2003, le mandat d'analyser les coûts et le bien-fondé des deux projets d'hôpital universitaire à Montréal.

En clair, les commissaires affirment que les coûts des projets initiaux présentés en décembre dernier, tant par le Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) que par le Centre universitaire de santé McGill (CUSM), excèdent de loin la limite financière que s'était fixée le gouvernement libéral. Cette limite était de 1,1 milliard par hôpital, dont 800 millions provenant de fonds publics, 200 millions de fonds privés et 100 millions de fonds fédéraux. Or la commission estime que les coûts de réalisation du projet du CHUM excèdent de 490 millions ce plafond et ceux du CUSM, de 265 millions.

Budget oblige, les commissaires proposent donc de ramener de 700 à 500-550 le nombre de lits prévu dans le CHUM et de 608 à 500-550 lits le nombre prévu dans le CUSM. Pour MM. Mulroney et Johnson, il s'agit de la seule équation possible pour éviter une explosion des coûts de ces deux superprojets. «On ne peut pas lancer deux projets de 1,1 milliard à Montréal sans contrôler les coûts», a défendu Daniel Johnson, expliquant que sa commission avait choisi de respecter strictement son mandat en recommandant un projet fidèle aux balises budgétaires.

«Si c'était 1,2 milliard, on pourrait avoir 750 ou 800 lits. Mais dans les paramètres prévus, tout ce qu'on voit, c'est la possibilité de 550 lits», a renchéri de son côté Brian Mulroney, ajoutant que les lits manquants pourront plutôt être ajoutés à moindre coût dans les hôpitaux «complémentaires» qui viendront épauler les deux complexes universitaires au centre-ville.

En fait, la commission propose d'ajouter 150 lits à l'hôpital Notre-Dame, qui agirait en tandem avec le CHUM, et de 50 à 60 lits à l'Hôpital général de Montréal pour épauler le CUSM. Ce faisant, l'ex-premier ministre du Canada a reconnu qu'il faudrait deux sites pour répondre tant aux besoins des patients qu'aux besoins d'enseignement.

«Les lits seront là, mais sur deux sites», a-t-il concédé, ajoutant que cette solution, bien qu'imparfaite, était préférable à la situation actuelle.

La gifle est encore plus importante pour le CHUM, puisque les commissaires font table rase du projet de construction du 6000 Saint-Denis, dans le quartier Petite-Patrie, que favoriseraient le conseil d'administration du CHUM et l'Université de Montréal. On propose plutôt d'ériger le CHUM à l'emplacement actuel de l'hôpital Saint-Luc, jugé «plus facilement accessible et plus compatible avec la mission suprarégionale d'un centre hospitalier universitaire».

Invité à expliquer cette volte-face, Daniel Johnson a insisté notamment sur la proximité du métro et de l'autoroute Ville-Marie du site Saint-Luc et sur les avantages de développer le CHUM dans le «même axe est-ouest que le projet Glen», mis en avant par l'université McGill.

«Le site du 6000 Saint-Denis exigeait une décontamination et l'achat des terrains. Ce sont donc des dizaines de millions qui devaient être consacrés à ces fins», a-t-il dit.

D'après les chiffres dévoilés par la commission, les coûts de construction d'un CHUM de 700 lits sur le site de l'hôpital Saint-Luc, aussi appelé «1000 Saint-Denis», s'élèveraient à 1,5 milliard, contre 1,592 milliard sur le site du «6000 Saint-Denis». Le coût du projet du CUSM, avec 608 lits sur le site de l'ancienne cour de triage Glen dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce, frôlerait quant à lui la somme de 1,366 milliard. Tous, donc, dépassent le cap du 1,1 milliard établi par Québec.

Dans tous les cas, ce sont essentiellement les coûts de construction qui ont été sous-évalués, affirme M. Johnson, ajoutant que dans les deux projets les provisions pour des imprévus étaient également insuffisantes.

Le comité a aussi insisté sur l'apport majeur que devrait jouer le secteur privé dans la construction des CHUM et identifie même 13 secteurs où devraient être favorisés des partenariats publics-privés (PPP) pour réduire les coûts de construction et d'entretien des bâtiments. «Ce n'est pas une privatisation de la médecine que de demander au secteur privé de mettre ensemble des briques avec du mortier et de prendre les risques associés à un contrôle des coûts», a affirmé Daniel Johnson. Brian Mulroney a notamment fait référence à la Grande-Bretagne, où la création de PPP dans le secteur de la santé a donné lieu à des réductions de coûts de l'ordre de 39 %.

S'inspirant du rapport Clair, la commission suggère en sus qu'une part des activités cliniques des futurs CHUM soient réalisées «de façon plus économique» dans des cliniques affiliées. Elle propose aussi que l'apport du gouvernement fédéral, qui devrait atteindre 100 millions, soit essentiellement concentré dans les immobilisations.

Très conscients que leurs propositions sont de nature à décevoir les milieux universitaires, les commissaires ont souligné qu'il revenait maintenant à Québec de prendre une décision finale et de voir «si des discussions étaient possibles». Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, qui a salué «l'analyse rigoureuse» produite par les commissaires, a indiqué hier que ce rapport ferait maintenant l'objet d'analyses devant mener à une décision prochaine du gouvernement.

Les réactions n'ont pas tardé à se faire entendre. Le doyen de la faculté de médecine de l'Université de Montréal, le Dr Jean Rouleau, s'est montré très inquiet de la réduction du nombre de lits proposée. «L'offre de service doit être maintenue à 700 lits, si on veut continuer à former 40 % des médecins du Québec et 50 % des spécialistes. Ça va être impossible de remplir notre mandat académique sur deux sites. Ça ne tient pas la route», a-t-il dit, ajoutant de sérieuses réserves sur le choix du site de l'hôpital Saint-Luc. «Les possibilités d'expansion n'y sont pas évidentes», croit-il.

Le président du conseil d'administration du CHUM, Patrick Molinari, a répété que le site du «6000 Saint-Denis» demeurait le premier choix de son institution et que 700 lits étaient nécessaires pour réaliser le plan clinique du CHUM. Toutefois, il s'est dit encouragé par le fait que le feu vert soit donné aux projets de construction et se dit prêt à continuer les négociations pour respecter les contraintes budgétaires. Décontenancée, le Dr Hélène Letendre, présidente du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP) du CHUM, ne voit rien d'autre dans cette proposition qu'un retour à la case départ. À son avis, le gouvernement doit donner la priorité au CHUM, quitte à sabrer d'autres projets d'immobilisation moins prioritaires. «On n'a absolument rien réglé si on revient à un CHUM sur deux sites. On s'en va vers un compromis bancal, pour des raisons budgétaires, avec lequel nous et nos patients allons devoir vivre pour les 30 prochaines années», a-t-elle déploré hier.
 
 
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  • Pierre Rollin
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    samedi 17 avril 2004 11h20
    Et les autres établissements des réseaux hopitalo-universitaires ?
    Les commissaires Mulroney et Johnson ont rempli leur mandat dans les limites du cadre financier qui leur avait été tracé et en évitant de soulever la controverse entre les deux communautés linguistiques (budget identique).
    La recommnadation de maintenir deux des trois CHU Montréalais (CHUM et CUSM) sur deux sites peut décevoir car l'espoir de regrouper chacun d'entre eux dans un complexe immobilier unique a été entretenu, même par les gouvernements en place.
    Rappelons-nous,toutefois, que le modèle recommandé existe et est même préconisé dans plusieurs pays d'Europe, aux USA et même au Canada (Toronto par exemple).

    Il est toutefois étonnant que les autorités universitaires et gouvernementales ne soulèvent pas le problème aigü que constitue la désuétude architecturale et technologique de l'ensemble du parc des établissements à vocation universitaire que sont les CHU, les CHA (centre hospitalier universitaire affilié) et les instituts universitaires(gériatrie,cardiologie, etc).Ces établissements ont été volontairement intégrés dans des "réseaux universitaires intégrés de soins de santé" (RUIS). Cette architecture est considérée comme celle qui répond le mieux aux besoins de la formation des futurs professionnels de la santé.
    La question est d'autant plus pertinente que l'on pourrait croire que les investissements requis par le CHUM et le CUSM aura pour effet de mettre à sec la capacité d'investissement du gouvernement québécois dans ses établisssements de santé.
    En effet, si les CHU de Montréal sont sur le plan architecural et technologique des taudis dans certaines de leurs composantes, la situation est parfois pire dans certains autres établisssments Montréalais (un hôpital à vocation universitaire ne disposait pas, jusqu'à tout récemment de canalisation de gaz médicaux dans ses murs ni de salles de toilettes dans ses chambres).

    La situation n'est pas plus rose dans les autres régions universitaires (Sherbrooke et Québec). Si des investissements significatifs sont annoncés ou en voie de réalisation dans ces régions, il ne semble pas exister de plan d'ensemble visant la mise à niveau du parc québécois d'établissements de santé.Cette planification doit être faite dans les meilleurs délais afin que soient connue l'ampleur des investissements à faire pour amener nos établissements aux normes et en garantir la pérennité. Les décideurs pourront alors prendre des décisions éclairées quant aux priorités d'investissement et aux modalités de financement à mettre de l'avant.Les conclusions de cet éxercice pourraient également faciliter la réflexion de nos politiciens sur la pertinence et probablement l'urgence d'associer le secteur privé au financement des infrastructures immobilières et technologiques du réseau de la santé

    Pierre Rollin

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