Le spectre de #MoiAussi hante les partis politiques

Dans la foulée du mouvement #MoiAussi, les partis politiques cherchent par tous les moyens à détecter et écarter tout candidat ayant des antécédents de harcèlement psychologique ou sexuel. 
Photo: Mathieu Nivelles CC Dans la foulée du mouvement #MoiAussi, les partis politiques cherchent par tous les moyens à détecter et écarter tout candidat ayant des antécédents de harcèlement psychologique ou sexuel. 

Vérification des antécédents judiciaires, questionnaire « intrusif », longue entrevue : les partis politiques se lancent aux trousses des squelettes dans le placard de leurs recrues.

Dans la foulée du mouvement #MoiAussi, ils cherchent par tous les moyens à détecter et écarter toute personne ayant des antécédents de harcèlement psychologique ou sexuel parmi celles désireuses de briguer les suffrages. Les partis politiques demeurent toutefois tributaires de la parole de leurs candidats potentiels, a constaté Le Devoir à moins de huit mois des prochaines élections générales.

Un candidat qui a commis des actes d’intimidation ou de harcèlement ne passera pas, cette fois-ci, entre les mailles du filet, assure l’organisatrice en chef du Parti libéral du Québec, Josée Lévesque, au lendemain de la vague de dénonciations, qui a notamment secoué sa formation politique.

Le « traumatisme Louis-Hébert » demeure aussi frais à l’esprit du PLQ. Son candidat vedette Éric Tétrault avait été contraint d’abandonner la course après la mise au jour d’un rapport d’enquête commandé par son ex-employeur ArcelorMittal. L’homme avait harcelé psychologiquement deux femmes, en plus d’intimider et de menacer des employés, pouvait-on lire dans le document. Le hic : le PLQ a dit n’avoir jamais eu vent des faits reprochés à M. Tétrault avant d’avoir misé sur lui pour préserver Louis-Hébert dans le giron du PLQ.

Josée Lévesque a pris bonne note de la consigne du premier ministre Philippe Couillard « d’examiner et de resserrer le plus possible le processus [de sélection des candidats] » au sein de sa formation politique.

Elle s’y est attelée, indique-t-elle. Elle a notamment révisé au fil des dernières semaines le formulaire destiné aux candidats potentiels. En plus de confier à une firme privée spécialisée la tâche de scruter leur passé, Josée Lévesque rencontre une à une les personnes pressenties pour porter les couleurs du PLQ. Elle leur demande de la regarder dans les yeux, puis les interroge sur leur passé. Ces derniers s’engagent, par écrit, à lui exposer toute la vérité. L’organisatrice politique aguerrie veut avoir l’heure juste. Elle a en horreur les mauvaises surprises. Elle veut retenir ou rejeter une candidature en toute connaissance de cause.

Test réussi par presque tout le monde

Pour l’instant, toutes les personnes interviewées en vue de la prochaine campagne électorale ont passé le test, précise Mme Lévesque. « Et, en 2014, ce n’est pas arrivé… sauf un [candidat potentiel] qu’on a rejeté. On avait eu une plainte. On l’a rencontré », relate-t-elle au Devoir.

En revanche, les élus sortants Gerry Sklavounos et Pierre Paradis ont, eux, passé le filtre libéral de 2014. Des allégations de comportements inappropriés ont fait surface durant la 41e législature.

Par ailleurs, chaque candidat doit s’engager, par écrit, à respecter à la lettre le Code d’éthique et de déontologie qui a été adopté par les membres du PLQ avant les élections générales de 2014, ajoute l’organisatrice en chef. Le document rédigé par le député — et ex-policier — Robert Poëti prescrit à toute personne d’« agir avec respect et équité à l’égard de toute personne » et proscrit « le sexisme », entre autres choses.

Les députés sortants ou anciens députés libéraux doivent aussi y adhérer. Du coup, il apparaît fort improbable que M. Sklavounos ou encore M. Paradis aient le feu vert pour réintégrer l’équipe libérale à la faveur des prochaines élections générales, souligne-t-on au Devoir.

Les autres partis politiques croient aussi être en mesure de reconnaître et de disqualifier tout individu coupable d’intimidation, de harcèlement ou d’inconduite sexuelle — à commencer par ceux ayant fait l’objet de plaintes (formelles ou informelles).

À la CAQ, le chef François Legault se mêle à l’opération. « Quand je le rencontre [le candidat potentiel], je lui pose des questions, affirme-t-il. On fait des vérifications. C’est verbal et par écrit. »

Le processus de sélection des candidats caquistes a d’ailleurs été perfectionné au fil des quatre dernières années, soutient le favori des sondages. « Notre questionnaire ne fait que s’allonger. Nos vérifications aussi. Et on demande la permission à nos candidats d’aller faire toutes les vérifications possibles sur leur passé. »

Au Parti québécois, les candidats doivent, eux aussi, remplir un questionnaire détaillant « leurs implications et leur parcours professionnel », explique le porte-parole Yanick Grégoire. Il n’a toutefois pas été possible de consulter le questionnaire puisqu’il « n’est pas de nature publique ». Même chose au PLQ et à la CAQ.

« Je vais vous donner l’exemple de Christian ! » lance le chef péquiste, Jean-François Lisée, tout en pointant le candidat du PQ dans Chambly, Christian Picard. « On a regardé d’abord si son CV était véridique. Tout était vrai. On a regardé sur ses réseaux sociaux s’il avait utilisé des images, un langage [inappropriés], etc. [Dans son cas], c’était parfait. On a regardé au plumitif criminel et civil pour voir s’il y avait des causes pendantes. Il n’y avait rien. On fait le tour. » Une fois la vérification de leurs antécédents judiciaires effectuée, les recrues du PQ passent sur le gril du directeur général du parti, Alain Lupien. Celui-ci a plusieurs questions en tête : « Est-ce qu’il a quelque chose qui pourrait rebondir ? On essaie d’aller le plus haut possible. On regarde aussi les dons aux partis politiques. Tout ce qui pourrait intéresser [les médias] et nos adversaires nous intéresse nous aussi », explique M. Lisée.

Chez Québec solidaire, les candidats pressentis doivent remplir une « déclaration » les obligeant à signaler « tout élément qui pourrait porter préjudice au parti ». Le comité d’investiture local ou le bureau national du parti organise par la suite une rencontre avec le candidat. « En douze ans d’existence, nous n’avons jamais eu de mauvaises surprises », mentionne l’attachée de presse de QS, Stéphanie Guévremont. Elle rappelle que les associations locales participent activement au premier tri des candidatures. « Elles sont vigilantes et sont les mieux placées pour connaître leur monde. »

« Moi, par exemple, j’ai gagné l’investiture et, ensuite, je me suis assis avec le comité électoral du parti. On m’a demandé : “Est-ce qu’il y a des choses qu’on devrait savoir ? Est-ce qu’il y a des choses qui iraient contre les valeurs de Québec solidaire ?”, illustre le député de Gouin, Gabriel Nadeau-Dubois. On se base sur la bonne foi des gens. »

5 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 10 février 2018 04 h 36

    Négligence ?

    Un menteur est un menteur. Et pareil pour une menteuse.
    Mentir pour gagner, pour se remplir les poches, pour tromper, mentir à ses proches ou à qui est loin de nous, mentir pour de l'argent, du pouvoir sur l'autre ou les autres, pour satisfaire son cul, son propre cynisme, ses besoins, envies, goûts, etc., cela est rarement anodin.
    Et quand pour gagner ses élections en tant qu'électeur ou électrice on est prêt ou prête à voter pour quelqu'un qui de toute évidence nous ment dans ses discours, c'est qu'on le fait en se mentant à soi-même.
    Et alors, comme le disait si bien René Lévesque, on n'a simplement les politiciens et politiciennes qu'on mérite.
    Qu'ils soient célèbres, beaux ou belles, riches, puissants-puissantes ou bien simplement qu'ils et elles ambitionnent à le devenir, "qu'on mérite" parce qu'en plus de leur ouvrir nous-mêmes la porte pour qu'ils passent on les protège quand ils prennent le contrôle de nos affaires et qu'en plus, ils nous ferment porte au nez.
    Pour ma part, j'ai toujours refusé de voter pour une personne en qui je n'avais pas confiance.
    Et ce, même lorsque cet éventuel(le) député(e) était "de mon bord".
    C'est dire que bien que j'observe la vie politique depuis plus de 40 ans et que je me sois parfois impliqué modestement dans ses processus électifs et de réflexion, souvent j'ai dû en annuler mon vote...
    La meilleure méthode, je crois, pour limiter la venue d'abuseurs parmi nos députés, c'est de commencer par ne voter que pour des gens qui nous inspirent confiance.
    On peut se tromper aussi ?
    Bien sûr. Mais entre deux maux, ne faut-il pas choisir le moindre à notre propre jugement ?
    Moi j'aime tout simplement mieux me tromper ainsi que par insouciance ou pire, par complaisance, en ayant voté pour un abuseur évident des mots. Des mots, des opinions généralement et surtout, parfois des gens eux-mêmes...
    Et cela, même par simple négligence ou insouciance de respect personnel dans mes choix de représentation.
    Merci de votre lecture.

  • Jacques Lamarche - Abonné 10 février 2018 05 h 40

    Un climat de terreur!

    Jadis, Robespierre faisait tomber les têtes qui, pour un soupçon, avaient terni la pureté de la vertu républicaine. Aujourd'hui, la méfiance et la suspicion, pour des raisons bassement politiciennes, menacent celui qui aura péché sur le lit de l'infidélité, aura failli sur le terrain de la sexualité. Les bigots, à gauche, à droite, ne cessent de proliférer!

  • Sylvain Auclair - Abonné 10 février 2018 12 h 20

    Question de perception

    Selon moi, il est assez évident que dans plusieurs de cas récemment dénoncés de harcèlement sexuel, la personne mise en cause n'avait pas du tout l'impression de mal agir. Alors, questionnaire ou pas, ça ne sortira pas avant que la victime, qui a un point de vue différent, se fasse entendre.

  • Jana Havrankova - Abonnée 10 février 2018 13 h 34

    Un certificat de sainteté exigé

    Les aspirants politiciens sont avisés d’examiner tous les recoins de leurs placards pour s’assurer qu’aucun squelette — que dis-je ! aucun petit os du petit doigt - ne s’y trouve. Ils sont priés de scruter leur passé. Ai-je insisté un jour auprès de mon subordonné pour qu’il termine sa tâche avec plus de célérité et d’application, ce qui pourrait être pris pour un harcèlement psychologique ? Ai-je posé la main sur l’épaule d’un(e) collègue, ce qui pourrait être interprété comme de l’inconduite sexuelle ?

    Bien entendu, le harcèlement psychologique et l’inconduite sexuelle méritent d’être dénoncés et punis. Mais à force de répéter que « les apparences sont plus importantes que la réalité », on éloigne des aspirations politiques beaucoup de personnes de valeur.

    Le puritanisme peut aussi cacher des règlements de compte; ce ne serait pas la première fois dans l’histoire.

  • Marc Therrien - Abonné 11 février 2018 16 h 29

    Justes pour le Bien


    Voilà bien que, pour paraphraser Albert Camus, les justes qui ont commencé par vouloir la justice finissent par organiser la police. La police de la pensée et des moeurs est maintenant prête à faire oeuvre d’épuration pour le bien du futur vivre-ensemble encore à définir. Par ailleurs, puisque nous sommes abandonnés à nous-mêmes sans secours divin, il faudra peut-être éviter de se soumettre à la tentation pour espérer être délivré du mal en attendant que les utopistes, qui pensent qu'on peut faire un saut quantique pour devenir un ange sans avoir complété la phase d'humanité trop humaine, se fatiguent de réaliser que le retour rêvé au Jardin d'Eden est peine perdue.

    Marc Therrien