La CAQ à 39% vers un gouvernement majoritaire

Selon le sondage, la Coalition avenir Québec — et son chef, François Legault —serait assurée d'une majorité à l’Assemblée nationale. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon le sondage, la Coalition avenir Québec — et son chef, François Legault —serait assurée d'une majorité à l’Assemblée nationale. 

La Coalition avenir Québec (CAQ) augmente encore son attrait auprès de l’électorat, à neuf mois des élections : le parti gagne trois points dans le nouveau sondage Léger-Le Devoir pour grimper à 39 % des intentions de vote par rapport à 36 % il y a un mois seulement, en décembre.

À ce seuil, étant donné la domination de la CAQ auprès de la majorité francophone (à 46 %), la formation de François Legault serait assurée d’une majorité à l’Assemblée nationale.

Le Parti libéral du Québec (PLQ) chute de quatre points pour atteindre un creux historique de 28 %. Le Parti québécois (PQ) reprend pour sa part un point à 20 % et Québec solidaire (QS) en perd deux pour passer à 9 %.

En fait, tous les indicateurs principaux mesurés par la firme de sondage s’avèrent favorables à la jeune formation, qui n’a jamais pris le pouvoir.

« Comme sondeur, on regarde ce qu’on appelle la matrice des tendances, dit Jean-Marc Léger, président de la firme éponyme. L’ensemble des éléments favorise la CAQ. Elle domine le vote francophone et il y a une forte insatisfaction à l’égard du gouvernement. Elle incarne la volonté de changement, les gens pensent qu’elle peut gagner et son chef, François Legault, est le plus populaire. Elle domine aussi dans le détail des enjeux politiques, en santé ou en éducation, par exemple. La CAQ fait un six sur six dans ces grands facteurs qui déterminent le vote. Une force se démarque donc et se maintient vers le haut. »

Le sondage Web Léger sur les intentions de vote aux élections provinciales de 2018 a été réalisé pour le compte du Devoir du 22 au 24 janvier, avec une marge d’erreur de plus ou moins 3,1 %. Au total, 983 électeurs potentiels ont répondu aux questions et le sondeur en chef explique que le taux de réponse a été plus élevé qu’à l’habitude. Même par ce bout, on comprend l’appétit de l’électorat pour la bataille politique en gestation.

L’attrait de la Coalition semble tellement fort en ce moment que la formation accuse un rejet absolu beaucoup moins important que les autres partis. Le sondage a demandé « pour lequel des partis politiques vous ne voteriez jamais » et le PLQ a fait le plein de 33 % des réponses, QS, de 24 %, le PQ, de 22 % tandis que la CAQ n’est rejetée dans l’absolu que par 5 % des électeurs.

« La CAQ devient comme un parti du compromis, dit M. Léger. Si vous êtes un souverainiste fatigué, vous pouvez voter CAQ. Si vous êtes un libéral qui veut changer les choses, vous pouvez voter CAQ. Si vous êtes un Québec solidaire pressé de sortir les libéraux, vous pouvez voter CAQ. Il n’y a que 5 % des électeurs qui ne voteraient jamais pour ce parti. C’est très faible par rapport aux autres. La Coalition ramasse tous les insatisfaits à la manière d’une auberge espagnole. »
 

 

Ce que révèle le sondage

La tendance. La CAQ a gagné 17 points depuis mars 2017. À l’inverse, le PLQ perd six points et QS, cinq parts pendant ce temps, tandis que le PQ stagne, si on considère la marge d’erreur. « La première montée de la Coalition s’est faite contre le Parti québécois, commente le sondeur Léger. Là, les libéraux commencent à perdre des points au profit de la CAQ. Est-ce qu’elle peut continuer de monter ? Oui, c’est fluide. La tendance est quand même forte. »

Les régions. La CAQ écrase toute concurrence dans la capitale (53 %) et dans les régions (44 %), tout en talonnant le PLQ (34 %) dans la marge d’erreur avec 32 % des intentions de vote dans la métropole. « Partout au Québec, sauf à Montréal, la CAQ est en avance, dit Jean-Marc Léger. Sur l’île de Montréal, cette situation s’explique par la clientèle non francophone qui reste assez fidèle au PLQ. »

La jeunesse. Les 18-34 ans continuent de favoriser le PLQ (34 %) par rapport à la CAQ (21 %), au PQ (22 %) et à QS (15 %). À l’inverse, la CAQ est plus populaire auprès des deux autres tranches d’âges (35-54 ans et 55 ans et plus), avec des attraits respectifs de 42 et 45 %. Le score du PQ oscille dans les trois catégories autour de son résultat synthèse de plus ou moins 20 %. « La CAQ gruge des points partout, sauf chez les 18-34 ans, résume M. Léger. C’est le seul endroit où le Parti libéral demeure fort. Même si les libéraux sont au pouvoir depuis 15 ans, les jeunes ne sont plus péquistes. »

L’insatisfaction. Le gouvernement libéral retombe au taux de satisfaction de 25 % atteint au plus fort de la période d’austérité. C’est un recul de quatre points par rapport à décembre. Les deux tiers (66 %) des Québécois se disent plutôt ou très insatisfaits du gouvernement.

Le changement. De même, plus de deux électeurs sur trois (67 %) souhaitent du changement et la CAQ (34 %) est perçue comme la formation incarnant le plus cette mutation, suivie de QS (15 %) et loin derrière du PLQ (8 %) et du PQ (9 %), qui traînent en fond de cale.

Le favori. Les gens pensent en plus que la Coalition est la plus susceptible de gagner les prochaines élections, à 34 % contre 30 % pour le PLQ et 5 % pour le PQ. C’est la première fois que la CAQ passe en tête de ce facteur. « La partielle de Louis-Hébert, arraché en octobre par la Coalition, a déclenché quelque chose, dit le sondeur. Les majorités se forment avec les 80 % de francophones et la majorité d’entre eux pense que la CAQ va l’emporter. »

Les chefs. François Legault est choisi comme meilleur premier ministre potentiel par 31 % des répondants, suivi par Philippe Couillard (16 %), Jean-François Lisée (10 %) et les deux porte-parole de QS, Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois, à 5 %.

Les enjeux. Le sondage questionne les électeurs pour savoir quel parti est le meilleur à leurs yeux en fonction de différents domaines d’intervention du gouvernement. La Coalition domine partout : l’accès à un médecin de famille, la réduction des temps d’attente aux urgences, l’accès aux centres de la petite enfance, la création d’emplois, la réduction des impôts ou le maintien de l’équilibre budgétaire. Partout, sauf pour trois facteurs : la promotion de la langue française et de la culture québécoise, où le PQ se démarque, le partage de la richesse et la protection de l’environnement, deux points forts de QS. Par ailleurs, les électeurs se disent aux deux tiers (66 %) plus favorables à un réinvestissement en santé ou en éducation, pour les familles ou les aînés, qu’à une éventuelle baisse d’impôt pour les particuliers (34 %).

Deux défis. « La force de la CAQ aujourd’hui, c’est de démontrer qu’elle peut devenir une solution de remplacement au Parti libéral, conclut M. Léger. En conséquence, elle est en train de fédérer les insatisfaits. Ce qui lui donne deux défis. Le premier, c’est que quand on monte trop fort, trop vite, c’est difficile d’aller plus haut. La formation va atteindre son plafond rapidement, et on se retrouve à neuf mois des élections. Le deuxième facteur, c’est que les votes pour la CAQ ne sont pas nécessairement pour elle : ils expriment un choix des électeurs contre le gouvernement actuel. Au fil des mois, il faudra leur démontrer pourquoi il serait juste de voter pour la CAQ. »

Le combat des chefs

Qui ferait le meilleur premier ministre ?
  janvier 2018 décembre 2017
François Legault 31 % 29 %
Philippe Couillard 16 % 17 %
Jean-François Lisée 10 % 9 %
Massé-Dubois 5 % 8 %

36 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 27 janvier 2018 00 h 42

    les peuples ont-ils parfois leur ras de bolle

    sommes-nous sur la voie d'élire notre Donald Trump serait que les gens sont tellement écoeurés des politiques actuels qu'ils sont près a élire des marginaux, peut-être est-ce l'époque qui veut cela, les chinois ont bien éluent un président qui était près a faire disparaitre toute une génération, bizarre qu'il existe de telles alternatives, cette alternative de pouvoir procéder par l'absude ,enfin ne dit-on pas qu'un mauvais gouvernement vaut peut-être mieux que pas de gouvernement

    • Chantale Desjardins - Abonnée 27 janvier 2018 15 h 04

      On ne gagne pas des élections avec des sondages mais avec des VOTES.
      Un pourcentage fait rire Legault mais il ne réalise pas que nous sommes à 8 mois des vraies élections qui lui enlevera son rire...

  • André Joyal - Abonné 27 janvier 2018 04 h 03

    Je fais partie des 5%

    Pourquoi je ne voterai jamais pour la CAQ? Parce que je ne veux pas de baisse d'impôts qui pourraient compromettre nos acquis sociaux. Ce parti ne m'offre absolument rien d'inspirant. Mais, bien sûr, comme il valait mieux Justin que Harper, il en va de même avec F. Legault vs P. Couillard.

    Je me demande ce que pensent nos «amis», voire nos «frères» souverainistes de QS dont le parti bisounours caracole à 9%.

    • Christian Montmarquette - Inscrit 28 janvier 2018 06 h 57

      À André Joyal,

      "QS dont le parti bisounours caracole à 9%."- André Joyal

      Le dernier sondage Too Close To Call affiche non pas 9% mais 12% pour Québec solidaire, ce qui situe Québec solidaire à 3 députés de différence avec le Parti québécois.

      Qui plus est, que Québec solidaire vient d'atteindre le million$ de financement et dispose d'un solide appui chez communautés culturelles..

      De la manière que ça se présente pour les prochaines élections..

      Ça l'air que le PQ va encore se faire battre par l'argent et le vote ethnique..

      Référence Too Close To Call :

      http://www.tooclosetocall.ca/

      .

  • Pierre Deschênes - Abonné 27 janvier 2018 05 h 32

    Le grand démanteleur

    À l’électeur qui ne voterait pour la CAQ que pour exprimer son mécontentement envers le PLQ, je recommanderais de s’informer sérieusement avant de constater trop tard qu’il a participé à installer un démanteleur d’État pire que le précédent.

  • Michel Lebel - Abonné 27 janvier 2018 06 h 34

    Incroyable!


    Incroyable, mais c'est ainsi! Quand la déferlante du changement s'empare de l'électorat, la raison en prend pour son rhume! Mais ''que voulez-vous'', comme disait le grand philosophe politique de la Mauricie!

    M.L.

    • Marc Therrien - Abonné 27 janvier 2018 15 h 12

      Ou encore: "quessé tu veux qu'un gars faise", comme le disaient plusieurs bons voisins.

      Marc Therrien

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 28 janvier 2018 09 h 30

      Le plus important ,c'est d'éliminer les libéraux du tandem funeste de Charest-Couillard.C'est l'ABC =Anybody but Couillard.
      Subir Legault quatre ans,c'est moins pire que Couillard.Ainsi les citoyens
      se rendront compte rapidement que les fédéralistes québecois nous menent nulle part que sous le joug du ROC aussi bien dire contre un mur.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 28 janvier 2018 19 h 26

      Quand on parle du grand philosophe de la Mauricie me revient toujours en mémoire ce grand chef gallo-romain battu par Abraracourcix dans le Combat des Chefs dans Astérix le Gaulois .
      "Que voulez-vous"quand la fierté va du coté des ennemis et il n'est pas seul dans cette équipe .....

  • Jean-François Trottier - Abonné 27 janvier 2018 07 h 46

    Bravo pour l'événementiel !! Ceci dit, dans un programme près de chez vous...

    Est-ce qu'un seul journaliste a pris la peine de se promener sur le site officiel de la CAQ ?

    Si oui, qui parmi ce groupe tout de même nombreux a relevé le vide intégral de ce site ? Le flou voulu, remplacé par de belles photos ? L'enflure assez ridicule ?

    "Une fois élue, la CAQ s'engage à diminuer les impôts de chaque Québécois de 500$, soit une baisse de 1000$ par famille."
    Dois-je vraiment commenter ? Avoir le front de doubler comme ça, ça indique un peu comment ce parti dirigera : à la Barrette, avec des quarts de vérité, ou à la Couillard, avec de complets mensonges.

    Ceci. à la rubrique "Réduire les impôts des Québécois". À retenir!

    Sous la rubrique "Un nouveau projet nationaliste" :
    "Le niveau de richesse collective du Québec est inférieur à celui du reste du Canada. Il est urgent d’éliminer cet écart. Cet objectif doit devenir LA priorité du gouvernement du Québec."

    D'abord, si c'est LA priorité, où passe l'éducation ? Aucune idée, mais c'est aussi LA priorité ailleurs.
    L'écart dont parle la CAQ est un manque de capital local chronique qui vient de 200 ans d'histoire, du peu de temps depuis les débuts de la prise en charge de soi des Québécois, et d'un manque.... d'éducation!
    Si c'est en réduisant les impôts que la CAQ croit y arriver, y a une petite gêne là. Tout ça signifie, si je comprends bien, un retrait du gouvernement suite à une baisse de revenu inévitable : si on baisse les impôts, d'une part, et que d'autre part on veut inciter les gens à investir plus, et donc acheter moins, donc baisse du revenu de taxes, il y a un trou que je ne puis combler. Mais bon, voilà, LA priorité est l'éducation, qu'on se payera avec pas-d'argent... sauf si on pousse vers la privatisation.

    Il n'en est pas question sur le site, mais je suppose que la solution vient d'une "meilleure administration"? Faut le faire ! Les sous ont déjà été découpés en dix, faudrait quand même que qu'on les en informe.

    Ou bien ils le savent ?

    • Luc Bertrand - Abonné 27 janvier 2018 18 h 18

      Oui, c'est totalement ahurissant que la CAQ s'engage, sérieusement, à réduire l'écart du niveau de richesse collective entre le Québec et le reste du Canada en occultant TOTALEMENT les causes historiques et politiques de cette situation.

      Car, pour quiconque, connaissant le moindrement notre histoire nationale, il/elle sait pertinemment bien que cet écart ne date pas d'hier. On n'a qu'à considérer la situation qui existait au début du 19e siècle. Après la Conquête de 1760, le gouvernement colonial anglais a encouragé le développement économique de ce qui est devenue l'Ontario (Haut-Canada) en offrant des terres et une maison aux loyalistes et commerçants en provenance des États-Unis et du Royaume-Uni, alors qu'au Québec (Bas-Canada), ce sont les colons français qui ont dû défricher leurs terres et construire leur maison.

      Ce fut le point de départ d'une importante vague d'immigration en provenance des îles britanniques qui a fini par renverser la démographie de façon à définitivement placer les anglophones, majoritairement en Ontario, en majorité par rapport aux francophones du Québec, au tournant des années 1850.

      Par la suite, avec la poursuite de cette politique d'immigration massive et la création de nouvelles provinces, le gouvernement fédéral, qui a succédé au gouvernement colonial en 1867, a profité de la mise en minorité du Québec pour adopter des politiques qui ont systématiquement favorisé le développement économique de l'Ontario au détriment du Québec. Comme la création de la Voie maritime du St-Laurent, en 1959, qui a permis au commerce maritime de joindre les Grands Lacs, permettant l'essor de Toronto au détriment de Montréal. Ou encore le Pacte de l'automobile, en 1965, qui a concentré toute l'industrie automobile en Ontario, la seule usine du Québec ayant fermé ses portes en 2002.

      C'est ce qu'on appelle des investissements structurants. Sans contrôle du gouvernement, à Ottawa, cette tendance ira en s'accentuant.

      Luc Bertrand
      Pointe-aux-Tr