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    Chronique

    La grande illusion

    Michel David
    13 janvier 2018 |Michel David | Québec | Chroniques

    Àla mi-décembre, les dirigeants des centrales syndicales avaient lancé un cri d’alarme devant la perspective de voir la CAQ former le prochain gouvernement. Après les années d’austérité libérale, la présidente de la CSQ, Louise Chabot, mettait la population en garde contre « les intentions à peine voilées de démantèlement caquiste de l’État ».

     

    En fin de semaine dernière, Mme Chabot promettait plutôt de talonner le gouvernement Couillard d’ici les prochaines élections. « On n’en veut plus, d’un gouvernement qui va nous imposer des sacrifices insensés pendant les trois quarts de son mandat, alors que dans la dernière année il sort de son chapeau magique des lapins à coups de millions de dollars », a-t-elle déclaré. Bref, le Québec tomberait de Charybde en Scylla.

     

    Manifestement, les syndicats ne sont pas sur la même longueur d’onde que la population. Selon le dernier sondage Léger-Le Devoir, la CAQ et le PLQ totalisent 68 % des intentions de vote, alors que les partis dits « progressistes », le PQ et Québec solidaire, n’en recueillent que 30 %.

     

    De deux choses l’une : ou bien le penchant naturel pour la social-démocratie que certains prêtent aux Québécois est très exagéré, ou bien ces derniers ne croient pas que la capacité d’intervention de l’État soit sérieusement menacée. En réalité, il y a probablement un peu des deux.

     

    Le PLQ et la CAQ sont peut-être situés à la droite du spectre politique québécois, mais ils n’ont pas grand-chose en commun avec ce qu’on appelle la droite aux États-Unis ou en Europe. Même si les compressions budgétaires des dernières années ont fait mal et auraient pu être échelonnées sur une plus longue période, le prétendu désengagement de l’État demeure très relatif.

     

    Si besoin était, le « Bilan de la fiscalité au Québec », rendu public jeudi par le Centre de recherche en fiscalité de l’Université de Sherbrooke, montre que le Québec demeure de loin l’endroit où la fiscalité est la plus lourde en Amérique du Nord. Sur ce plan, il se compare plutôt à des pays comme l’Allemagne, la Norvège ou les Pays-Bas.

     

    Aux yeux des dirigeants syndicaux, les baisses d’impôt annoncées par le gouvernement Couillard ou promises par la CAQ constituent du « gaspillage » et cet argent devrait plutôt être réinvesti dans les services publics. De plus en plus de contribuables croient toutefois que le vrai gaspillage consiste à engloutir année après année plus de milliards dans un système de santé qui ne donne aucun signe d’amélioration.


     

    Depuis un demi-siècle, la question nationale a conditionné la dynamique politique québécoise, même dans les périodes où la possibilité d’un référendum sur la souveraineté était plus théorique que réelle.

     

    Jusqu’à la création de Québec solidaire, le PQ était le refuge presque exclusif des électeurs qui se définissaient comme progressistes, et les gouvernements qu’il a fait élire ont globalement contribué à faire du Québec une société plus juste, même si des épisodes comme les décrets de 1982 ou les compressions budgétaires imposées par le gouvernement Bouchard en ont indisposé plusieurs.

     

    Le programme qui a été adopté au congrès de septembre dernier est le plus social-démocrate depuis celui de 2005. Pourtant, les 19 % d’intentions de vote dont le sondage Léger-Le Devoir de décembre créditait le PQ constituent un plancher historique.

     

    Jean-François Lisée a fait le pari de ne pas tenir de référendum et de proposer plutôt une alternative progressiste au gouvernement Couillard. Au vu des résultats, on peut se demander si le référendum était réellement le problème ou si c’est le modèle social proposé qui n’est pas au diapason de l’électorat.


     

    Au début de la campagne référendaire de 1995, le camp du Oui avait lancé un manifeste intitulé Le coeur à l’ouvrage, d’ailleurs rédigé par M. Lisée, qui présentait la souveraineté du Québec comme un « projet de société » unique en Amérique du Nord, avec une fiscalité plus progressive, un filet social plus généreux, de meilleures protections pour les travailleurs, etc.

     

    Mario Dumont et ses compagnons qui avaient claqué la porte du PLQ en 1992 ne pouvaient pas souscrire à cette vision aux antipodes de celle de l’ADQ, mais ils n’ont pas quitté la coalition souverainiste pour autant.

     

    À l’instar de M. Dumont, de nombreux électeurs ont décidé de reporter ce débat à plus tard. Bien plus que l’idéal social-démocrate, c’est le ciment de la souveraineté qui a permis au Oui de recueillir près de la moitié des voix au référendum.

     

    Pendant des décennies, la gauche québécoise a déploré que la fixation sur la question nationale occulte les enjeux sociaux et l’empêche de prendre son envol. Maintenant qu’elle n’est plus à l’ordre du jour, c’est à se demander si ce n’était pas une illusion.













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