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    Le nouveau NPD-Québec s’apprête à se choisir un chef

    Ni vu ni connu, le parti a tenu sa première course à la chefferie cet automne

    28 décembre 2017 | Marie Vastel - Correspondante parlementaire à Ottawa | Québec
    Les aspirants chefs Raphaël Fortin, 37 ans, et Raymond Côté, 50 ans
    Photo: NPDQ Les aspirants chefs Raphaël Fortin, 37 ans, et Raymond Côté, 50 ans

    Peu l’ont vue passer cet automne, mais le tout nouveau NPD-Québec a tenu sa première campagne à la direction. Le Nouveau Parti démocratique du Québec, créé il y a quelques années, s’apprête ainsi à choisir son chef le 21 janvier. Et il compte faire partie de la prochaine campagne électorale provinciale. L’échiquier politique déjà chargé ne l’effraie pas. L’électorat a soif d’un parti progressiste qui ne soit pas souverainiste, insistent ses membres.

     

    Inscrit officiellement auprès du Directeur général des élections du Québec en 2014, le NPDQ rassemble environ 600 membres, selon son chef intérimaire Pierre Ducasse — un ancien proche conseiller de feu Jack Layton. Mais nombreux sont les Québécois progressistes et fédéralistes, à son avis, et ceux-ci n’ont pas de famille politique. « Il y a des gens qui sont de gauche et de centre gauche et qui ne sont pas nécessairement souverainistes. Et ils sont orphelins », fait valoir M. Ducasse.

     

    Cette frange de l’électorat est d’autant plus isolée, selon lui, que la formation progressiste de la province, Québec solidaire, a fait le pari de s’unir au parti résolument souverainiste Option nationale. « Québec solidaire se peinture dans un coin en durcissant sa position sur la souveraineté, plaide Pierre Ducasse. C’est leur décision, ça leur appartient. Mais il y a certaines personnes qui ne se reconnaissent pas là-dedans. »

     

    D’autres, comme l’un des deux candidats à la chefferie du NPDQ, Raphaël Fortin, estiment que QS est « trop à gauche » en prônant la « nationalisation de beaucoup de choses ». « Il y a une place sur l’échiquier politique pour un parti de gauche pragmatique qui ne souhaite pas l’indépendance du Québec, fait-il valoir au Devoir. Moi, je crois en une gauche pragmatique, qui est capable d’amener ses propositions et de les faire adopter par une majorité de la population. »

     

    L’ancien député néodémocrate fédéral Raymond Côté est le second candidat de cette course à la chefferie, entamée le 1er septembre dernier. Après sa défaite électorale en 2015, M. Côté se faisait demander ce qu’il devenait. Il expliquait à ses commettants qu’il planchait, avec d’autres ex du NPD fédéral, sur un NPD québécois. La réponse était souvent positive, dit-il. « Si ça s’était limité à deux ou trois personnes, il n’y aurait pas eu de phénomène. Mais quand des dizaines de personnes reviennent avec la même réflexion, mon expérience et mon instinct me disaient qu’il y a carrément un vide sur la scène provinciale. Et le NPDQ peut combler ce vide », estime M. Côté.

     

    Encore un nouveau parti ?

     

    L’ancien stratège néodémocrate Karl Bélanger consent qu’il existe une « fenêtre théorique » d’appuis pour un NPD québécois. Québec solidaire peut déplaire aux progressistes fédéralistes, tandis que le Parti libéral n’offre pas nécessairement de politiques progressistes aux fédéralistes qui ne veulent pas voter pour un QS souverainiste. « Est-ce que les électeurs sont prêts à abandonner ce que sont actuellement ces véhicules de rechange, pour aller vers un NPD-Québec ? Ça reste à voir, prévient-il cependant. Mais la théorie est solide. »

     

    Reste que les électeurs ne votent pas toujours de manière théorique, admet Karl Bélanger. Pour convaincre et espérer percer, il faudra d’autant plus se faire connaître. « C’est tout un défi », note ce stratège de longue date, puisque les deux aspirants chefs ne sont pas connus du public. Raymond Côté, 50 ans, a été député fédéral de Beauport-Limoilou le temps d’un seul mandat, tandis que Raphaël Fortin, 37 ans, s’est présenté sans succès à trois élections fédérales.

    Est-ce que les électeurs sont prêts à abandonner [Québec solidaire et le Parti libéral] pour aller vers un NPD-Québec ? Ça reste à voir. Mais la théorie est solide.
    Karl Bélanger

    Le système électoral uninominal à un tour n’encourage en outre pas nécessairement l’électorat à donner une chance aux petits partis, car l’électeur préfère souvent voter stratégique pour bloquer la route à une formation qu’il aime moins. « Ça rend l’émergence de nouveaux partis difficile. Mais pas impossible », dit M. Bélanger, rappelant, optimiste, que le Parti québécois a réussi à former le gouvernement huit ans après sa création.

     

    Pierre Ducasse ne se fait pas d’illusions. « Est-ce que ça va être facile ? Personne ne le pense. » Notamment parce que le NPDQ ne pourra financer sa première campagne électorale qu’avec ses dons, puisqu’il n’aura pas récolté l’allocation versée aux partis pour chaque vote reçu. En date du 20 décembre, le NPDQ avait récolté 4260 $ pour l’année 2017, de la part de 128 donateurs. L’année d’avant, 100 donateurs lui avaient versé 4500 $, contre 14 dons d’un total de 870 $ en 2015. Le parti aurait 30 000 $ en banque, selon M. Ducasse.

     

    Bien qu’il martèle qu’un électorat du NPDQ existe au Québec, Pierre Ducasse ne prédit pas pour autant que sa formation fera élire un député en 2018. « Je pense que c’est un projet à long terme, avoue-t-il. Mais en politique, tout est possible. »

     

    Le défi sera de taille, prédit Karl Bélanger, rappelant que le NPDQ est arrivé septième dans l’élection partielle de Louis-Hébert le 2 octobre.

     

    Pierre Ducasse estime qu’il pourrait récolter des appuis là où les militants du parti ont mis sur pied des organisations régionales : dans l’ouest et le sud-ouest de Montréal, en Outaouais, en Montérégie et même dans la région de Québec, selon lui.

     

    Loin de la vague orange

     

    Quand l’idée d’une renaissance d’un NPD québécois s’est mise à circuler, c’était au lendemain de la victoire-surprise de Jack Layton en 2011, lorsque le NPD fédéral a été propulsé au rang d’opposition officielle à Ottawa. La vague orange venait de déferler sur le Québec. Six ans plus tard, le NPD fédéral n’a plus le même vent dans les voiles. Il traîne plutôt de la patte dans les sondages, et son nouveau chef, Jagmeet Singh, n’a pas connu de lune de miel pour l’instant.

     

    « C’est sûr que le contexte actuel est défavorable. C’est vrai que le NPD fédéral en arrache », observe Raymond Côté. Mais le parti jouit néanmoins selon lui d’une « image de marque déjà connue ». « On est capables de faire beaucoup mieux qu’un parti qui serait parti de zéro, sans identité. C’est un avantage qu’il va falloir exploiter. Mais il va falloir se retrousser les manches. » Et expliquer aux électeurs que le parti québécois n’est pas l’équivalent du fédéral, mais bien une entité distincte, indique Raphaël Fortin. « Ce sera à nous de faire notre marque individuelle. »

     

    L’arrivée d’un NPD québécois était de toute façon « inévitable », selon Karl Bélanger, qui en entendait parler depuis ses premiers congrès néodémocrates à son arrivée au parti il y a 20 ans. Le NPD québécois a disparu du paysage politique dans les années 1990, lorsqu’il est devenu le Parti de la démocratie socialiste.

     

    Raymond Côté propose un salaire minimum de 17 $ l’heure ; de bonifier les prestations de la Régie des rentes du Québec ; de faire des médecins des salariés de l’État, payés à l’heure plutôt qu’à l’acte, et de les ramener dans les CLSC pour en faire une porte d’entrée du système de santé ; et de créer une société d’État pour la lutte contre les changements climatiques qui favoriserait la transition énergétique en investissant dans les énergies vertes ou en offrant des options abordables pour réduire la consommation d’énergie.

     

    Raphaël Fortin propose un salaire minimum de 15 $ l’heure, mais dans un premier temps un revenu de base garanti non imposé de 18 000 $ ; l’éducation postsecondaire gratuite et la fin graduelle des subventions des écoles privées ; que les médecins soient des salariés ; une réforme du mode de scrutin — mais il n’a pas fait son choix de système à privilégier ; et il n’imposerait la ligne de parti qu’aux politiques de sa plateforme électorale ou aux questions budgétaires.













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