Traduction libre
Plus un homme politique monte en grade, plus les entrevues qu'il accorde, généralement au compte-gouttes, nécessitent un certain travail de décodage, sans lequel on risque de le trouver assez ennuyeux.
Bien sûr, il serait injuste de les mettre tous dans le même panier. Sur l'échelle de l'ennui, Paul Martin est sans doute celui qui atteint le plus haut niveau au Canada, tellement ses propos sont lénifiants. Inversement, Jacques Parizeau étonnait toujours par sa franchise brutale. À la lecture du compte rendu d'une de ses entrevues, lui-même était parfois surpris. À tel point qu'il a finalement décidé de ne plus en accorder.
Jean Charest se situe nettement plus près du premier que du deuxième, même s'il y a généralement moyen de dégager deux ou trois «leads» convenables de ses entrevues. La plupart du temps, c'est en lisant entre les lignes qu'on peut connaître le fond de sa pensée.
Hier, le premier ministre a pris prétexte de la présentation du budget Séguin pour entreprendre une tournée des tables éditoriales. De toute évidence, il a trouvé bien amusant qu'on puisse y voir un quelconque virage social-démocrate de son gouvernement ou même un «budget péquiste», comme certains l'ont qualifié. «On en est très fier... on est resté centré sur le plan... On a ralenti le paquebot», a-t-il déclaré en entrevue au Devoir.
Traduit librement de la langue de bois, voici ce que cela donnerait: «Oui, on est assez content de notre coup, mais vous ne vous êtes tout de même pas laissé abuser par les trucs de Séguin? Franchement, je vous croyais plus perspicace. Non mais, qu'est-ce que ça vous prend? Regardez-moi ces coupures!» D'ailleurs, il promet de réduire encore les dépenses l'an prochain.
***
Chat échaudé craint l'eau froide. On ne reprendra plus M. Charest à fixer un objectif à la réduction de la taille de l'État en pourcentage ou encore à proposer une «vente de feu» de l'actif public. «On n'a pas une approche dogmatique au Québec, on a un État qui est différent de l'Ontario», assure-t-il.
Traduction libre: «Me prenez-vous pour un cave? J'ai payé assez cher, durant la campagne électorale de 1998, ma comparaison avec l'Ontario de Mike Harris et ma remise en question du sacro-saint modèle québécois. Depuis, j'ai compris que, peu importe ce que vous voulez faire, l'important est de prétendre le faire différemment.»
Plus que sur la «réingénierie» ou la vente d'actif, c'est sur l'augmentation des transferts fédéraux que M. Charest compte pour financer ses engagements, et il compte bien que la question du déséquilibre fiscal sera au coeur de la prochaine campagne fédérale.
Si son gouvernement et le PLQ demeurent officiellement neutres, comment peut-il tolérer que certains de ses députés fassent ouvertement campagne aux côtés des libéraux fédéraux, qui nient l'existence d'un quelconque déséquilibre, alors que le nouveau Parti conservateur la reconnaît d'emblée et promet d'y mettre fin?
Réponse: «Les députés, s'ils choisissent d'être aux côtés d'un candidat pendant une campagne, ils le font en leur nom personnel. Ils ne le font pas au nom du PLQ. À ce que je sache, ce n'est pas la ruée dans les assemblées de mise en candidature. On laisse aux Québécois le soin de décider.»
Traduction: «Même si je le voulais, je n'ai aucun moyen d'empêcher mes députés d'appuyer leurs cousins fédéraux. Vous savez, les rouges... Je peux seulement faire en sorte que le parti et le gouvernement restent neutres. J'espère juste qu'ils ne seront pas trop nombreux. De toute manière, les Québécois n'ont pas besoin d'eux pour savoir où est leur intérêt.»
***
On doit reconnaître à M. Charest un certain sens de l'humour, qui lui permet de se tirer par une boutade de situations, assez fréquentes en politique, où il vaut mieux garder ses impressions pour soi.
Invité à commenter les propos d'Yves Séguin, qui a semé un vent de panique à Télé-Québec, le premier ministre a pris le parti d'en rire. «Le ministre des Finances se mêle de toutes les affaires», a-t-il déclaré en pouffant. Puis, sur un ton plus sérieux: «Ce ne sera jamais une vendetta contre Télé-Québec.»
Traduction libre: «Écoutez, il n'y a rien à faire, ce gars-là est incorrigible. J'ai tout essayé. Ne me demandez surtout pas de dire ce que je pense. Tout ce que je peux faire est d'essayer de recoller les pots qu'il casse.»
Le sarcasme est un autre moyen qu'utilise M. Charest pour éluder une question qui l'agace ou dont il ignore la réponse. Invité à préciser quand auront finalement lieu les 19 forums régionaux dont il a lui-même annoncé la tenue, il a plutôt raillé mon intérêt pour le dossier. Par délicatesse, je m'abstiendrai d'imaginer ce qu'il a dû penser de ceux qui l'ont embarqué dans une opération qui semble gravement menacée de sombrer dans le ridicule.
Il est normal que le premier ministre ne connaisse pas tous les programmes gouvernementaux dans le détail, mais M. Charest a paru réellement surpris, voire décontenancé, quand une collègue lui a signalé que les compressions budgétaires imposées aux programmes d'intégration et d'employabilité des immigrants contredisaient son discours sur le déficit démographique.
«C'est... euh... euh... c'est ce qu'on essaie d'examiner... il peut y avoir des contradictions... ça fait partie de ce qu'on examine... on va se revirer de bord rapidement, s'il y a des décisions qu'on a prises qui peuvent nuire aux objectifs.» Dans ce cas-ci, il n'est pas nécessaire de traduire.
Bien sûr, il serait injuste de les mettre tous dans le même panier. Sur l'échelle de l'ennui, Paul Martin est sans doute celui qui atteint le plus haut niveau au Canada, tellement ses propos sont lénifiants. Inversement, Jacques Parizeau étonnait toujours par sa franchise brutale. À la lecture du compte rendu d'une de ses entrevues, lui-même était parfois surpris. À tel point qu'il a finalement décidé de ne plus en accorder.
Jean Charest se situe nettement plus près du premier que du deuxième, même s'il y a généralement moyen de dégager deux ou trois «leads» convenables de ses entrevues. La plupart du temps, c'est en lisant entre les lignes qu'on peut connaître le fond de sa pensée.
Hier, le premier ministre a pris prétexte de la présentation du budget Séguin pour entreprendre une tournée des tables éditoriales. De toute évidence, il a trouvé bien amusant qu'on puisse y voir un quelconque virage social-démocrate de son gouvernement ou même un «budget péquiste», comme certains l'ont qualifié. «On en est très fier... on est resté centré sur le plan... On a ralenti le paquebot», a-t-il déclaré en entrevue au Devoir.
Traduit librement de la langue de bois, voici ce que cela donnerait: «Oui, on est assez content de notre coup, mais vous ne vous êtes tout de même pas laissé abuser par les trucs de Séguin? Franchement, je vous croyais plus perspicace. Non mais, qu'est-ce que ça vous prend? Regardez-moi ces coupures!» D'ailleurs, il promet de réduire encore les dépenses l'an prochain.
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Chat échaudé craint l'eau froide. On ne reprendra plus M. Charest à fixer un objectif à la réduction de la taille de l'État en pourcentage ou encore à proposer une «vente de feu» de l'actif public. «On n'a pas une approche dogmatique au Québec, on a un État qui est différent de l'Ontario», assure-t-il.
Traduction libre: «Me prenez-vous pour un cave? J'ai payé assez cher, durant la campagne électorale de 1998, ma comparaison avec l'Ontario de Mike Harris et ma remise en question du sacro-saint modèle québécois. Depuis, j'ai compris que, peu importe ce que vous voulez faire, l'important est de prétendre le faire différemment.»
Plus que sur la «réingénierie» ou la vente d'actif, c'est sur l'augmentation des transferts fédéraux que M. Charest compte pour financer ses engagements, et il compte bien que la question du déséquilibre fiscal sera au coeur de la prochaine campagne fédérale.
Si son gouvernement et le PLQ demeurent officiellement neutres, comment peut-il tolérer que certains de ses députés fassent ouvertement campagne aux côtés des libéraux fédéraux, qui nient l'existence d'un quelconque déséquilibre, alors que le nouveau Parti conservateur la reconnaît d'emblée et promet d'y mettre fin?
Réponse: «Les députés, s'ils choisissent d'être aux côtés d'un candidat pendant une campagne, ils le font en leur nom personnel. Ils ne le font pas au nom du PLQ. À ce que je sache, ce n'est pas la ruée dans les assemblées de mise en candidature. On laisse aux Québécois le soin de décider.»
Traduction: «Même si je le voulais, je n'ai aucun moyen d'empêcher mes députés d'appuyer leurs cousins fédéraux. Vous savez, les rouges... Je peux seulement faire en sorte que le parti et le gouvernement restent neutres. J'espère juste qu'ils ne seront pas trop nombreux. De toute manière, les Québécois n'ont pas besoin d'eux pour savoir où est leur intérêt.»
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On doit reconnaître à M. Charest un certain sens de l'humour, qui lui permet de se tirer par une boutade de situations, assez fréquentes en politique, où il vaut mieux garder ses impressions pour soi.
Invité à commenter les propos d'Yves Séguin, qui a semé un vent de panique à Télé-Québec, le premier ministre a pris le parti d'en rire. «Le ministre des Finances se mêle de toutes les affaires», a-t-il déclaré en pouffant. Puis, sur un ton plus sérieux: «Ce ne sera jamais une vendetta contre Télé-Québec.»
Traduction libre: «Écoutez, il n'y a rien à faire, ce gars-là est incorrigible. J'ai tout essayé. Ne me demandez surtout pas de dire ce que je pense. Tout ce que je peux faire est d'essayer de recoller les pots qu'il casse.»
Le sarcasme est un autre moyen qu'utilise M. Charest pour éluder une question qui l'agace ou dont il ignore la réponse. Invité à préciser quand auront finalement lieu les 19 forums régionaux dont il a lui-même annoncé la tenue, il a plutôt raillé mon intérêt pour le dossier. Par délicatesse, je m'abstiendrai d'imaginer ce qu'il a dû penser de ceux qui l'ont embarqué dans une opération qui semble gravement menacée de sombrer dans le ridicule.
Il est normal que le premier ministre ne connaisse pas tous les programmes gouvernementaux dans le détail, mais M. Charest a paru réellement surpris, voire décontenancé, quand une collègue lui a signalé que les compressions budgétaires imposées aux programmes d'intégration et d'employabilité des immigrants contredisaient son discours sur le déficit démographique.
«C'est... euh... euh... c'est ce qu'on essaie d'examiner... il peut y avoir des contradictions... ça fait partie de ce qu'on examine... on va se revirer de bord rapidement, s'il y a des décisions qu'on a prises qui peuvent nuire aux objectifs.» Dans ce cas-ci, il n'est pas nécessaire de traduire.
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