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    Aide sociale: le gouvernement créera une nouvelle classe de pauvres, dénonce un collectif

    Ceux qui seront admissibles au revenu de base devront patienter durant 66 mois

    12 décembre 2017 | Marco Bélair-Cirino - Correspondant parlementaire à Québec | Québec
    Québec établit un revenu de base qui atteindra 18 000 $ en 2023, mais ceux qui se qualifieront devront être bénéficiaires de l’aide sociale depuis 65 mois avant de pouvoir obtenir ce soutien.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Québec établit un revenu de base qui atteindra 18 000 $ en 2023, mais ceux qui se qualifieront devront être bénéficiaires de l’aide sociale depuis 65 mois avant de pouvoir obtenir ce soutien.

    Les prestataires d’aide sociale ayant des contraintes sévères à l’emploi devront attendre au moins 5 ans et demi avant d’être admissibles au programme de « revenu de base ». Il n’y aura pas d’exception, avertit la garde rapprochée du ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais.

     

    Cela signifie que toute personne handicapée devra patienter 66 mois afin de bénéficier du nouveau programme, et ce, peu importe la nature et la gravité de son handicap physique, mental ou psychologique.

     

    « Ici, il y a un ancien horticulteur qui a des problèmes de dos épouvantables. Il devrait attendre cinq ans et demi avant d’avoir droit au plein montant. C’est ça que ça veut dire », affirme le porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté, Serge Petitclerc. Même chose pour les personnes ayant une déficience physique ou intellectuelle sévère, et qui sont incapables de trouver et d’occuper un emploi leur permettant de gagner leur vie dignement — malgré toute leur volonté.

     

    « Il y a désormais les “mauvais pauvres” [ceux sans contraintes sévères à l’emploi], les “bons pauvres” [ceux ayant des contraintes sévères à l’emploi reconnues par le ministère depuis moins de 66 mois], puis les “bons pauvres plus, plus” [ceux ayant des contraintes sévères à l’emploi reconnues par le ministère depuis plus de 66 mois] », se désole M. Petitclerc au lendemain du dévoilement du Plan d’action gouvernemental pour l’inclusion économique et la participation sociale 2017-2023. Il exhorte M. Blais à rompre avec cette « logique de catégoriser » les quelque 400 000 prestataires de la solidarité sociale.

     

    Au 31 mars 2017, 128 320 adultes prestataires du Programme de solidarité sociale avaient des contraintes sévères à l’emploi. Mais plus de 44 000 d’entre eux (35 %) seraient inadmissibles au Programme du revenu de base puisqu’ils n’ont pas été inscrits « au moins 66 mois au cours des 72 derniers mois ».

     

    La « règle du 66 mois » est là pour rester, indique un membre du cabinet ministériel de M. Blais. « Malheureusement, il n’y aura pas d’exceptions, même pour les cas flagrants », a-t-il dit dans un échange avec Le Devoir lundi.

     

    Période d’évaluation

     

    « Cette période permettra d’évaluer la persistance des limitations socioprofessionnelles de ces personnes ainsi que leur capacité à intégrer le marché du travail », peut-on lire dans le Plan d’action 2017-2023. « Il a d’ailleurs été observé que l’intégration à un emploi des prestataires de la solidarité sociale ralentit après le 72e mois suivant leur première admission au Programme. »

     

    M. Petitclerc reproche au gouvernement libéral de perpétuer « un cercle vicieux » dans lequel « plus une personne est longtemps sur l’aide sociale, plus sa santé se dégrade », et plus elle a de la difficulté à trouver du travail.

     

    L’entourage de M. Blais martèle que la mise sur pied du programme du revenu de base constituera une « grosse avancée » pour le Québec.

     

    Le ministère entend garantir, en 2023, un revenu disponible de 18 000 dollars par année — 5280 $ de plus qu’aujourd’hui — aux personnes seules souffrant de contraintes sévères à l’emploi. En 2018, celles-ci toucheront 13 625 $ — 876 $ de plus qu’aujourd’hui —, soit 75,6 % de la mesure du panier de consommation (MPC). « C’est quand même un montant important », reconnaît M. Petitclerc à moins de 10 mois des prochaines élections.

     

    D’ailleurs, le porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté soupçonne le gouvernement d’avoir « axé principalement et uniquement [son Plan assorti de 43 mesures] sur les gens qui ont des contraintes sévères de longue durée » pas seulement par conviction. « C’est plate à dire, mais c’est astucieux. C’est dur d’être contre. Si les libéraux ont fait ça, c’est probablement entre autres pour embêter la CAQ », est-il d’avis.

     

    D’ailleurs, la Coalition avenir Québec s’est abstenue lundi — pour une deuxième journée de suite — à tout commentaire sur le Plan d’action gouvernemental.

     

    De son côté, le Parti québécois a salué les « choses positives » du Plan, sans pour autant occulter les « points négatifs », dont la règle des 66 mois. « Ça va prendre cinq ans avant que la personne soit reconnue [comme ayant] vraiment des contraintes sévères. Ça veut dire que le papier du médecin ne sera pas suffisant pour le ministre. […] Il faudra qu’il la laisse vivre dans la pauvreté pendant cinq ans avant d’allumer », a dit le député Harold Lebel lundi. « C’est un peu fort ! »













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