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    Idées

    Les régions à l’ère Couillard: la grande mystification

    9 décembre 2017 | Bernard Vachon, Ph.D. - Professeur retraité du Département de géographie de l’UQAM | Québec
    Pour l’équipe Couillard, estime l’auteur, outre l’intérêt pour les ressources et le potentiel énergétique qu’on y exploite, les régions intermédiaires et périphériques appartiennent à une époque révolue.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pour l’équipe Couillard, estime l’auteur, outre l’intérêt pour les ressources et le potentiel énergétique qu’on y exploite, les régions intermédiaires et périphériques appartiennent à une époque révolue.

    Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement libéral de Philippe Couillard aura fait reculer le « projet régional » comme aucun autre gouvernement auparavant. Fondamentalement, parce qu’il ne croit pas au rôle et à la contribution des régions, en dehors des agglomérations de Montréal et de Québec, pour l’épanouissement et la prospérité du Québec tout entier. Montréal la métropole et Québec la capitale sont l’objet de toutes ses attentions, comme les locomotives exclusives de l’essor du Québec.

     

    La loi 122 a floué les municipalités locales et les MRC dans leurs ambitions autonomistes et, par voie de conséquence, les régions qu’elles composent. Les pouvoirs particuliers qui ont été concédés à Montréal la métropole (loi 121) et à Québec la capitale nationale (loi 109) illustrent le choix du gouvernement de favoriser l’essor de ces deux grands centres urbains au détriment des petites villes et des villages en région. La fracture s’institutionnalise entre centre et périphérie.

     

    Pour l’équipe Couillard, outre l’intérêt pour les ressources et le potentiel énergétique qu’on y exploite, les régions intermédiaires et périphériques appartiennent à une époque révolue, étant peu ou pas arrimées à la société moderne et urbaine, des espaces où la présence de communautés et l’offre de services publics sont devenues des problèmes et un fardeau logistique et financier pour la collectivité québécoise.

     

    Le gouvernement Couillard, qui gère les territoires habités selon des méthodes comptables, est obnubilé par les concepts de performance, de rendement et de bilans financiers. Sans que ceux-ci soient traités avec désinvolture, la gestion d’une société fait appel à une philosophie, à des principes et à des règles qui ne sont pas ceux de l’entreprise privée. Il y a des dimensions sociales, culturelles et géographiques au coeur de la rationalité économique à prendre en compte qui font la grandeur des politiques.

     

    Abolition brutale

     

    Poursuivant l’objectif du retour à l’équilibre budgétaire pour l’année 2015-2016 à travers une sévère politique d’austérité, le gouvernement Couillard a procédé à l’abolition brutale, à l’automne 2014, des Conférences régionales des élus (CRE), des Centres locaux de développement (CLD), de la Politique nationale de la ruralité (considérée comme une des plus achevées, selon l’OCDE, à la suite d’un examen de plusieurs politiques rurales, notamment européennes, en 2005), de la Coalition Solidarité rurale, du Programme de soutien aux municipalités dévitalisées et à la mise en hibernation de la Politique pour assurer l’occupation et la vitalité des territoires ainsi que la loi du même nom, etc.

     

    Ces abolitions, conjuguées à des coupes budgétaires dans divers programmes aux incidences territoriales, ont privé les régions et les communautés locales d’outils adaptés qui avaient fait leurs preuves tout en étant fort appréciés des élus locaux et d’autres acteurs de terrain.

     

    Objet de vives critiques et de la colère des régions, le ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire (MAMOT) crée en 2015 le Fonds de développement des territoires (FDT) pour soutenir les initiatives de développement local des MRC. Pour sa première année d’application, en 2016, le FDT a été doté d’une enveloppe de 100 millions. Pour la période 2017 à 2019, une enveloppe totale de 320 millions est prévue. Par ailleurs, pour compenser la perte des crédits entraînée par l’abolition des CRE, le ministère met sur pied le Fonds d’appui au rayonnement des régions (FARR), mis en oeuvre à compter de 2017-2018 pour une période de 10 ans.

     

    Or, les crédits alloués au développement local et régional des FDT et FARR demeurent bien en deçà des montants dont disposaient antérieurement les MRC et les régions par le truchement des CLD, des CRE, de la Politique nationale de la ruralité et du Fonds de soutien aux municipalités dévitalisés. Il faudra attendre 2022-2023 avant que les Fonds FDT et FARR atteignent le montant des crédits contenus dans les programmes et politiques abolis en 2014.

     

    Dans un tel contexte, faut-il s’étonner qu’en région les populations et leurs élus souffrent d’un sentiment d’incompréhension et d’abandon ?

     

    La grande mystification

     

    Qui peut encore supporter ces discours politiques forgés de demi-vérités et d’engagements sans lendemain, cette littérature ministérielle faite de mots choisis pour créer l’espoir sans volonté ni ressources pour passer de la parole aux réalisations ? Ces promesses dont les porteurs ne font pas, délibérément ou inconsciemment, la distinction entre le vrai et le faux, entre la réalité et la fable ? Ces envolées lyriques main sur le coeur, inspirées d’une dialectique dont le sens et la portée sont invariablement au service d’une stratégie électorale récurrente ? En lieu et place d’une véritable et vigoureuse politique de développement régional, on peaufine une opération de mystification.

     

    Maniée habilement durant les années d’austérité de 2014 à 2017, cette dialectique a atteint son point d’orgue avec la mise à jour économique et budgétaire présentée ce 21 novembre par le ministre des Finances Carlos Leitão.

     

    Ont alors été annoncés des « réinvestissements » de l’ordre de 1 milliard en Santé et en Éducation et un allégement fiscal (baisse d’impôt) du même ordre pour les contribuables. Ces cadeaux préélectoraux sont puisés à même une marge de manoeuvre d’environ 2,4 milliards, véritable trésor de guerre, constituée principalement des économies réalisées par une réduction de la croissance annuelle des dépenses publiques passant de 4 % pour la période de 2010-2014 à 0,8 % pour la période 2014-2016.

     

    Cette réduction substantielle des dépenses de l’État s’est concrétisée par des abandons de programmes, des compressions budgétaires dans la majorité des ministères, des abolitions de postes, des réductions de services, qui ont été vécus douloureusement par la population en général et par les organismes et prestataires concernés en particulier.

     

    De quelle gloire ce gouvernement peut-il se draper au vu des résultats d’un tel stratagème comptable ? Toujours la mystification. Et on s’étonne du cynisme de la population à l’égard de la politique !













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