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    Chronique

    La métropole orpheline

    Michel David
    2 décembre 2017 |Michel David | Québec | Chroniques

    Depuis des décennies, on se plaint un peu partout au Québec du poids excessif de Montréal au Conseil des ministres. D’un gouvernement à l’autre, près de la moitié de ses membres représentent une circonscription de la métropole. Dans le cabinet Couillard, c’est le cas de 14 sur 30.

     

    La prochaine élection générale pourrait toutefois créer une situation qui apparaissait jusqu’à maintenant totalement impensable. Si ses résultats étaient ceux du dernier sondage Léger–Le Devoir, la CAQ pourrait former un gouvernement majoritaire sans avoir fait élire un seul député à Montréal, qui s’en trouverait de facto exclu.

     

    Même Duplessis avait réussi à inclure un Montréalais dans son cabinet, en nommant Paul Dozois, élu en 1956 dans Montréal-Saint-Jacques, aux Affaires municipales. Son prédécesseur dans la même circonscription, Omer Côté, avait occupé l’ancien poste de secrétaire de la province de 1944 à 1956.

     

    Le sondage crédite la CAQ de 27 % des intentions de vote dans l’ensemble de la région métropolitaine, mais cela inclut les couronnes nord et sud, où elle pourrait réaliser un balayage. Sur l’île, la seule circonscription où elle peut entretenir quelque espoir est Pointe-aux-Trembles, où elle avait terminé deuxième à l’élection générale de septembre 2014, 5329 voix derrière la péquiste Nicole Léger.

     

    Le scénario le plus probable est toutefois que le PLQ maintiendra son emprise sur l’ouest de la ville, où la récente entreprise de séduction du gouvernement Couillard semble avoir convaincu les anglophones tentés par la CAQ de rentrer au bercail. Le PQ devrait se contenter des deux ou trois circonscriptions que QS n’arriverait pas à lui arracher.

     

    En 2006, Stephen Harper, qui n’avait fait élire aucun député à Montréal, avait nommé Michael Fortier ministre responsable de la Métropole et l’avait casé au Sénat en attendant qu’il se déniche un siège, mais il s’était fait battre à l’élection générale.

     

    François Legault pourrait nommer lui aussi un ministre non élu, ou encore confier la responsabilité de Montréal à un député de la banlieue, mais la métropole n’en serait pas moins soumise au bon plaisir de Québec et des régions. Imaginez les cris d’horreur, notamment dans les milieux d’affaires ! Même Valérie Plante en perdrait le sourire.


     

    M. Legault préférerait sans doute que l’élection ait lieu maintenant. Depuis mars dernier, la progression de la CAQ a été constante, mais son chef sait d’expérience qu’il est risqué de monter trop vite. En décembre 2011, il se voyait déjà premier ministre et il est toujours le chef du deuxième parti d’opposition.

     

    Six ans plus tard, la situation est cependant bien différente. La CAQ est vraiment identifiée à ce que son chef appelle « l’équipe du changement », même si la plupart des électeurs auraient sans doute du mal à expliquer en quoi consisterait ce changement, outre de mettre les libéraux à la porte.

     

    Il y a déjà un moment que M. Legault est perçu comme le chef le plus apte à occuper le poste de premier ministre. La nouveauté est que 40 % des électeurs et surtout 46 % des francophones croient maintenant que la CAQ est « prête à gouverner le Québec », ce dont l’ADQ n’avait jamais réussi à les convaincre. Il reste à recruter des candidats crédibles aux Finances et à la Santé.


     

    « Ça ne me dérange pas que la CAQ passe en avant, on va crever cette baloune-là », a lancé Jean-François Lisée cette semaine au cours d’une entrevue accordée à un collègue du Journal de Montréal. « Tout ce qu’on a à faire, c’est de préparer notre remontée. »

     

    Certes, rien n’est impossible en politique, mais la pente paraît bien abrupte. Les choses en sont au point où le PQ n’incarne pas plus le changement que le PLQ, qui est au pouvoir depuis près de 15 ans. Et la population ne perçoit pas son chef comme un meilleur premier ministre potentiel que Manon Massé ou Gabriel Nadeau-Dubois.

     

    La première chose à faire pour M. Lisée serait de convaincre ses propres troupes qu’il est toujours l’homme de la situation plutôt que de faire partie du problème. Une nette majorité d’électeurs libéraux (64 %) et surtout de caquistes (82 %) estiment que leur chef respectif est le plus apte à gouverner, mais à peine la moitié des péquistes (49 %) sont de cet avis. Quand on leur demande qui gagnera la prochaine élection, seulement le quart (26 %) choisissent leur parti.

     

    S’il faut trouver une bonne nouvelle pour le PQ dans le sondage, c’est que l’exode vers Québec solidaire semble bel et bien terminé. Il reste à espérer que la fusion avec Option nationale ne rendra pas QS plus acceptable aux yeux de ceux qui ne digèrent pas que le référendum ait été placé sur une voie de garage.













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