L'appartenance des anglophones du Québec préoccupe le PLQ

La ministre responsable des Relations avec les Québécois d’expression anglaise, Kathleen Weil, en août dernier
Photo: Annik MH de Carufel Archives Le Devoir La ministre responsable des Relations avec les Québécois d’expression anglaise, Kathleen Weil, en août dernier

Les militants du Parti libéral du Québec (PLQ) ne font pas grand cas de l’apparence d’effritement du vote francophone pour leur parti : ils ont adopté samedi une série de propositions visant à « prendre davantage en compte » la réalité des anglophones, mais n’ont pas abordé, en revanche, les enjeux linguistiques qui touchent les francophones.

 

« Le sentiment d’appartenance [au Québec] est faible, chez les anglophones et chez les jeunes, surtout dans les régions », a lancé la ministre responsable des Relations avec les Québécois d’expression anglaise, Kathleen Weil, à son arrivée au Congrès des membres du PLQ, à Québec.

 

« C’est inquiétant », a-t-elle ajouté. « On veut que tout le monde se sente québécois à part entière. Que ce soient des gens qui viennent d’ailleurs ou des anglophones ; il faut travailler ce sentiment d’appartenance », a-t-elle fait valoir.

 

La ministre s’est réjouie des propositions de la commission politique de son parti, qui suggérait notamment au gouvernement du Québec de se préoccuper des « citoyens d’expression anglaise » lors de l’élaboration de « tout nouveau projet de loi, règlement ou politique qui les concerne ». L’ensemble de ces propositions ont été adoptées samedi. Un amendement visant à rendre les services publics bilingues obligatoires a été retiré.
 

Avant la ministre Weil, le député libéral de D’Arcy-McGee, David Birnbaum, avait loué la « tradition du Parti libéral de comprendre qu’il y a un Québec inclusif ». Le vote des « Québécois d’expression anglaise » n’est pas acquis, et le PLQ fait « les bons gestes », a-t-il constaté.

 

Le ministre des Finances, Carlos Leitão, a apporté une lecture différente. « Je suis un élu d’un comté dans l’Ouest-de-l’Île de Montréal, où il y a beaucoup d’anglophones et d’allophones. Je ne sens pas un sentiment de non-appartenance », a-t-il déclaré.

 

Il a néanmoins évoqué une « question sociétale ». « [C’est] une communauté qui est très active, qui travaille, qui contribue à l’essor du Québec et qui ne se sent pas représentée dans les institutions québécoises », a-t-il expliqué.

 

Les plus récents sondages sur les intentions de vote des Québécois font état d’une diminution du vote libéral chez les francophones. Des coups de sonde effectués aux mois de mai, d’août et d’octobre donnent 25 %, 22 % et 21 % du vote francophone au PLQ. La Coalition avenir Québec (CAQ) récolte en revanche 35 %, 33 % et 34 % des intentions de vote chez les Québécois francophones.

 

La CAQ lorgne, elle aussi, les anglophones

 

Le PLQ recueille 60 % des intentions de vote des non-francophones contrairement à 17 % pour la Coalition avenir Québec, 7 % pour Québec solidaire et 4 % le Parti québécois, selon un sondage effectué par Léger il y a moins d’un mois. La popularité de l’équipe de Philippe Couillard s’effrite, note Nathalie Roy à 311 jours des élections générales. « Ça descend, ça descend, ça descend », a-t-elle répété devant les quelque 500 militants caquistes rassemblés à l’Hôtel Delta de Sherbrooke ce week-end.

 

Questionnée par un militant anglophone de Mont-Royal–Outremont sur les moyens mis en branle par la CAQ afin de gagner l’appui des membres des communautés anglophones et allophones, Mme Roy a répondu : « Nous devons vous parler plus. Nous devons vous écouter, et nous vous écoutons. Et vous devez écouter ce que nous avons à offrir parce que nous avons beaucoup à offrir. »

 

Dans cet esprit, le chef de la CAQ, François Legault, promet de maintenir le Secrétariat aux relations avec les Québécois d’expression anglaise seulement si celui-ci s’avère « vraiment utile ».

 

La ministre Kathleen Weil a annoncé la création du Secrétariat à quelques heures du coup d’envoi du congrès du PLQ vendredi. Survivra-t-il à l’élection d’un gouvernement caquiste ? « Je veux voir ce que ça va donner. Si ça donne de bons résultats, si c’est vraiment utile, puis ce n’est pas seulement de la bureaucratie additionnelle, je n’ai pas de problème à le garder », a répondu M. Legault en marge du congrès général de la CAQ samedi.

 

« Pour nous, un Québécois, c’est un Québécois, peu importe s’il est anglophone ou francophone. Nous, on est ici pour tous les Québécois », a affirmé Nathalie Roy durant une période de questions et réponses avec les militants. La députée de Montarville a rappelé s’être ralliée à des dizaines de professionnels en soins infirmiers et cardio-respiratoires du Centre universitaire de Santé McGill (CUSM) afin d’exiger auprès du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, la fin des coupes budgétaires dans le mégahôpital. La CAQ n’a pas raté cette occasion de « défendre les intérêts des Montréalais de la communauté anglophone » dans ce dossier.

 

Aux yeux de la CAQ, les anglophones constituent non pas des « étrangers », mais des « partenaires », a renchéri le député de La Peltrie, Éric Caire. L’élu caquiste n’a pas manqué de rappeler que le parti politique de François Legault était « monté aux barricades » afin de « protéger » les municipalités anglophones qui craignaient de se voir arracher leur statut de ville bilingue par le gouvernement Marois. « [Nous allons] nous assurer que la minorité anglophone voit ses droits entièrement protégés », a-t-il promis, s’attirant les applaudissements des membres du parti.

 

Avec La Presse canadienne

26 commentaires
  • Pierre Robineault - Abonné 25 novembre 2017 12 h 16

    Ils n'ont rien compris !

    Alors que tout le monde sait que quel que soit le pays où l'on vit, il est difficile d'en faire partie si l'on refuse de faire l'effort de s'exprimer dans la langue de la majorité, et surtout d'en être fier. Exemple: Je suis anglophone mais je me considère comme québécois à part entière, c'est pourquoi je demande à mes anglologues de faire comme moi et d'apprendre la langue de la majorité, car chez nous au Québec, c'est le français d'abord!

    • Michel Bouchard - Abonné 25 novembre 2017 14 h 18

      Félicitations M.Robineault mais tous n'ont pas la volonté de le faire. Dans l'ouest de la ville de Montréal le '' je m'en foutisme '' du français est omniprésent.

    • Pierre Robineault - Abonné 25 novembre 2017 16 h 00

      À monsieur Bouchard:
      Vos félicitations me rendent perplexe. J'aurais dû mettre l'exemple entre guillemets, soit ce que pourrait dire un anglophone en mal de reconnaissance québécoise ... s'il en était vraiment sincère!
      Pour le reste, tout comme vous, je sais très bien que la plupart s'en fouent "comme de l'an 40" ... alors que pas un n'osait s'exprimer en français sauf en cas de solicitation de vente.

  • André Tremblay - Abonné 25 novembre 2017 12 h 34

    Normal...

    C'est le "Liberal Party of Quebec" !!!

    • Serge Picard - Abonné 25 novembre 2017 17 h 37

      Kathleen Weil ancienne conseillère juridique et directrice d’Alliance Québec adversaire acharnée de la loi 101 qui est pour le bilinguisme intégral au Québec mais accepte l'unilinguisme anglais dans le reste du Canada et elle nous fait la moral sur l'ouverture et l'inclusion au Québec.
      Mme Weil fait parti de la communauté anglophone qui a votée à 95 pour cent contre la souveraineté du Québec et les aspirations légitimes de la nation Québécoise lors du dernier référendum.
      Voilà une forme de racisme systémique.

    • Jean-François Trottier - Abonné 26 novembre 2017 08 h 04

      C'est aussi, de façon plus immédiatement pragmatique, la démonstration que l'échec de la francisation des immigrants n'en est pas un, mais bien la réussite d'une stratégie pensée et préparée à long terme.

      Depuis des mois le PLQ fait de grands efforts pour re-créer une tension raciale entre Anglais et Français, tout en poussant pour agrandir le nombre d'anglophones de toute ses forces.
      Il ne peut plus se servir de l'épouvantail-référendum alors il tombe dans le tripotage de l'identité des anglophones, ce qui en fin de compte relève de l'analyse la plus réaliste que j'aie vue depuis longtemps sur notre société :

      La tare identitaire, elle est dans le West-Island avant tout. La peur de l'autre, elle sourd de partout chez ces gens qui votent expressément pour rester dans un passé mythique, quasi-colonial et malsain pour tous.

      La crise identitaire est vécue par procuration par tous les autres groupes culturels, parce que le plus puissant de ces groupes, anglais, reste dans une immobilité mortifère comme toujours.

      J'en ai assez de ce boulet névrotique dont le PLQ est le fer de lance.

  • Claude Gélinas - Abonné 25 novembre 2017 12 h 49

    Une minorité enviée par les francophones hors Québec

    Après avoir échouée lamentablement au Ministère de l'Immigration dans la francisation des immigrants, comme prix de consolation à défaut de retourner sur les banquettes arrières, Madame Weil devient responsable du Secrétariat aux anglophones une minorité s'est bien connue malheureuse et mal traitée au Québec.

    • Robert Beauchamp - Abonné 25 novembre 2017 15 h 00

      Mme Weil est retournée à ses anciennes amours avec ce nouveau mandat.
      Elle a été cnseillère juridique chez Alliance-Québec, dont le mandat était de combattre la loi 101. Elle et son gouvernement ont le culot d'assimiler l'expression allophones avec anglophones.

  • Bernard Plante - Abonné 25 novembre 2017 12 h 51

    Très préoccupant

    En effet, que se passerait-il donc si les anglophones du Québec se rendaient (enfin) compte que le PLQ n'est en fait qu'une machine servant à enrichir ses amis au détriment de la population dans son ensemble, incluant les anglophones?

    Le début de la fin pour ce parti nauséabond.

  • Gilles Teasdale - Abonné 25 novembre 2017 13 h 37

    inutile

    Les anglos et les italos vont votés PLQ-C à nimporte quel prix .

    • Lise Bélanger - Abonnée 25 novembre 2017 18 h 42

      Oui bien sur, et les grecs les indiens (des Indes) etc... à 100%. Il n'y a aucun peuple d'immigrant favorable au français. Ils nous tolèrent, nous accomodent devrait-on dire. Sans la Loi 101 le Québec serait presque totalement anglicisé. Il ne sert à rien de seulement dire, cet état de mépris contre nous, il fait perndre des mesures concrètes, un virage à 180 degré. Qui aura le courage d'un Camille Laurin aujourd'hui? Peut-être Martine Ouellet.

      Si on agissait, au lieu de se plaindre, on avancerait.

      Est-ce que les québécois se respectent. Car quand on se respecte on prend les moyens pour se faire respecter. À mon avis un nombre suffisant de québécois se respecte pour faire bouger les choses mais les partis politiques mettent des freins pour favoriser le mulitculturalisme anglophone et monolithique et dont le but avouerest de bien nous montrer notre insignifiance et surtout ne nous dérangez pas avec votre langue d'inférieurs.

      Même au PQ la frilosité est omniprésente. Pourtant il me semble qu'on est plus heureux debout que piétinés. Ce que pense ces allophones qui nous ignorent ou méprisent en nous traitant de faciste dès qu'on tente de se faire simplement respecter dans notre pays, on s'en fout. C'est de nous qu'il faut s'occuper et en vitesse.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 26 novembre 2017 13 h 25

      @ Lise Bélanger

      J'ajouterais, à votre fort bon commentaire, que TV-5 Québec (un poste que j'aime beaucoup regarder) passe sur ses ondes, présentement, une publicité que voici: " TV-5, moi j'y tiens...faites-le savoir ! "

      J'aime bien TV-5...de très bonnes émissions.! MAIS cette publicité, dans UNE PORTION, de son message, nous présente le commentaire (commandé ou spontané, d'UN artiste dont j'ignore le nom! ) où, ce dernier fait l'éloge du merveilleux monde du MULTICULTURALISME (sic) qui est, selon lui, la panacée au Québec. &%$*&$"&

      J'ai agi...j'ai envoyé un commentaire à TV-5.
      Je leur ai demandé de retirer cette PORTION de leur publicité au Québec.
      La raison de mon commentaire aujourd'hui...le rendre public.