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    Chronique

    La campagne permanente

    Michel David
    23 novembre 2017 |Michel David | Québec | Chroniques

    Le principal objectif de l’élection générale à date fixe était de priver le gouvernement de l’avantage indu d’être le seul à savoir quand les électeurs seraient appelés aux urnes. L’inconvénient est de transformer la dernière année de son mandat en une campagne quasi permanente.

     

    Le porte-parole péquiste, Nicolas Marceau, ne s’y est pas trompé. La mise à jour économique et financière présentée mardi par le ministre des Finances, Carlos Leitão, a bel et bien donné le coup d’envoi, dix mois avant la dissolution de l’Assemblée nationale.

     

    Personne n’a été surpris de ce minibudget qui aurait pu être concocté par un gouvernement caquiste. Amir Khadir a souligné avec justesse que le premier ministre Couillard ne peut pas répéter continuellement que François Legault dit n’importe quoi et adopter son programme, ce qui est précisément le cas.

     

    Le chef de la CAQ savait très bien que le gouvernement allait lui couper l’herbe sous le pied en annonçant la diminution d’impôt qu’il réclame lui-même depuis deux ans et que le budget du printemps prochain sera encore plus généreux. Il aura beau clamer qu’on lui vole ses idées, le contribuable-électeur se soucie très peu des droits d’auteur.

     

    Malgré sa grande sollicitude envers le contribuable, M. Legault est bien conscient qu’il y a des limites à renchérir. Il a souligné avec insistance qu’après une remarquable croissance en 2017, le ministère des Finances reconnaît lui-même que l’économie québécoise progressera à un rythme significativement moindre au cours des prochaines années, ce qui se traduira nécessairement par un ralentissement de l’augmentation des revenus de l’État.


     

    Il y a au moins une idée que François Legault a volée au premier ministre. Durant la dernière campagne électorale, M. Couillard soutenait que la simple élection d’un gouvernement libéral aurait un effet quasi miraculeux sur l’économie en redonnant confiance aux acteurs économiques. À en croire le chef de la CAQ, son arrivée au pouvoir aurait un effet similaire.

     

    Le chef caquiste dit avoir d’autres propositions en réserve, mais qu’il les garde pour la prochaine campagne, de peur de voir le gouvernement lui damer le pion encore une fois. Une de celles qui seront présentées au conseil général de la fin de semaine prévoit une « bonification des allocations familiales ». Voilà une autre idée que M. Leitão pourrait retenir dans son prochain budget ! Il est certainement frustrant de jouer le rôle de boîte à idées au profit des autres, mais il le sera tout autant de devoir rester muet pendant que le gouvernement multipliera les annonces.

     

    Aussi bien M. Legault que son homologue péquiste, Jean-François Lisée, ont dénoncé le « détournement des fonds publics » et la « propagande pure » que constituent les messages publicitaires à saveur électorale qui se font de plus en plus nombreux. C’est là un autre effet de l’élection à date fixe avec lequel il faudra apprendre à composer.

     

    Contrairement à l’Ontario, qui a fixé un plafond de 1 million aux dépenses de « publicité politique » qui sont faites dans les six mois qui précèdent l’élection, le Directeur général des élections a décidé de ne pas intervenir. En 2018, il se contentera « d’observer attentivement le comportement des principaux acteurs politiques dans un contexte préélectoral » avant d’en tirer des conclusions pour l’avenir, a expliqué une porte-parole dans une entrevue au Journal de Montréal.


     

    Jean-François Lisée en avait surpris plus d’un lors de la dernière course à la chefferie, quand il avait exclu d’entrée de jeu toute baisse d’impôt tant que les services publics n’auraient pas été remis à niveau, même si un gouvernement péquiste n’irait pas jusqu’à annuler celles qui auront été accordées par son prédécesseur.

     

    M. Lisée a raison de dire que « la misère humaine considérable provoquée par l’austérité des libéraux n’était pas nécessaire ». Le gouvernement Couillard a fait preuve d’un manque d’empathie choquant et d’un électoralisme cynique en imposant des compressions qui auraient été moins douloureuses si elles avaient été étalées sur une plus longue période, mais qui ne lui auraient pas permis de jouer au père Noël. C’est comme si on avait calculé froidement que les électeurs reconnaissants de bénéficier d’une baisse d’impôt seront plus nombreux que les victimes de l’austérité.

     

    Il n’y a aucune raison de douter de la sincérité de l’indignation du chef péquiste, mais le positionnement du PQ est également politique. Si le PLQ et la CAQ se disputent le titre de champion des contribuables, lui-même ne peut pas se permettre d’abandonner à Québec solidaire celui de défenseur de l’État et des services publics.

     

    Selon lui, les électeurs sauront très bien que le chèque qu’ils recevront ne viendra pas de la générosité des libéraux, mais de la misère humaine créée sans raison pendant trois ans, et ils agiront en conséquence dans l’isoloir. Il faut admettre que c’est un beau pari.













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