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    La soif de renouveau pourrait changer la donne à Montréal

    De nombreuses luttes s’annoncent serrées dans plusieurs circonscriptions pivots de la métropole lors des prochaines élections provinciales

    11 novembre 2017 |Isabelle Paré | Québec
    L’appui massif donné à Valérie Plante pourrait réserver des surprises lors des élections provinciales de 2018 dans certaines circonscriptions pivots réinvesties par des familles.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’appui massif donné à Valérie Plante pourrait réserver des surprises lors des élections provinciales de 2018 dans certaines circonscriptions pivots réinvesties par des familles.

    La vague Valérie Plante fait déjà saliver certains partis provinciaux qui rêvent de réussir le même tour de force, dans un an, aux prochaines élections. Survol des joutes qui se trament dans la métropole et sa vaste banlieue, à la lumière du récent coup de fouet municipal.


    Dans un petit café de Villeray, les mines sont lumineuses en ce petit matin de novembre. Porte-bébé à l’épaule, plusieurs jeunes clients de la boulangerie Le Pain dans les voiles de la rue Castelnau sirotent un café, encore ébahis de se réveiller dans une ville maintenant dirigée par une mairesse qui circule à vélo et s’est fait élire en promettant une ligne rose pour le métro. Un résultat presque surréaliste.

     

    « Pour une fois, on a gagné nos élections ! » tranche Marc Olivier, jeune papa, résidant depuis 10 ans de ce quartier en pleine gentrification. On est pourtant ici en plein territoire libéral, dans la circonscription de Laurier-Dorion, rouge depuis des lustres, tout comme une dizaine d’autres circonscriptions de l’île où les troupes de Valérie Plante ont balayé l’administration Coderre.

     

    Hors de sa sphère d’influence, l’équipe de Valérie Plante a frappé partout, remportant même la faveur populaire dans des châteaux forts libéraux comme Outremont, Notre-Dame-de-Grâce ou même Nelligan, patelin de son nouvel interlocuteur du ministère des Transports, Martin Coiteux. La tempête a eu l’effet d’un coup de fouet sur les « nouveaux partis », qui rêvent déjà de mettre la main sur plusieurs circonscriptions pivots.

     

    C’est le cas dans Laurier-Dorion où, lors des élections de 2014, le représentant de Québec solidaire, Andrés Fontecilla, avait chauffé son rival libéral, arrivant bon deuxième avec 28 % des voix. « Valérie Plante, on ne l’avait pas vue venir. Peut-être que tout est possible. Québec solidaire pourrait rentrer dans cette partie de Villeray, même si Parc-Extension reste encore très libéral. C’est clair que la circonscription est en train de changer », pense Chloé, jeune maman, dont la famille tient à rester dans ce nouveau quartier branché situé à deux pas du marché Jean-Talon, où le prix des logements a monté en flèche. « Pour nous, c’est important de voter pour quelqu’un qui aidera les jeunes familles », dit-elle.

     

    Le vent pourrait aussi changer dans d’autres circonscriptions voisines que les sondages qualifient maintenant de circonscriptions pivots, notamment dans le fief libéral de Maurice-Richard (anciennement Crémazie), et surtout dans Rosemont, où la machine de Québec solidaire, en pleine ébullition, se fait de plus en plus menaçante pour le péquiste Jean-François Lisée. « Est-ce que les gens vont voter pour le changement au provincial ? Bonne question. Il y a une volonté de se défaire des vieilles façons de faire, mais je pense aussi qu’il y a toute une partie de la population qu’on n’a pas entendue dimanche dernier », nuance Joakim, une résidante de Rosemont qui donnera encore volontiers son vote à Québec solidaire.

     

    Ça risque aussi de brasser fort dans Hochelaga-Maisonneuve, une des quatre seules circonscriptions péquistes de l’île où les derniers sondages placent aussi les solidaires en avance. À deux jets de pierre de Sainte-Marie–SaintJacques et de Mercier, circonscriptions détenues par Manon Massé et Amir Khadir, Hochelaga-Maisonneuve est dans la mire des stratèges de QS. À en croire les commentaires recueillis au marché Maisonneuve, un vent de « dégagisme » souffle aussi sur le quartier. Pas moins de 55 % des électeurs ont voté pour Plante et ont dégommé le maire d’arrondissement, Réal Ménard, pourtant très aimé dans le quartier.

     

    « Coderre n’a jamais rien fait pour les gens pauvres, affirme Hector, attablé avec ses chums pour boire un café. Il y a des travaux de construction ici depuis des mois. On est mûrs aussi pour changer Couillard et Barrette », grommelle ce résidant qui a grandi et travaillé toute sa vie dans le quartier.

    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Hector habite dans Hochelaga-Maisonneuve, une circonscription qui pourrait changer d’allégeance.

    Yves, un autre sexagénaire du quartier, scrutateur le soir des élections, était aux premières loges de la dégringolade de Coderre. Mais selon lui, QS a peu de chances de l’emporter contre la députée péquiste. « Carole Poirier fait un très bon travail et a même déposé une pétition de 60 000 noms pour que les gens obtiennent l’accès à un médecin de famille. »

     

    La banlieue, terrain de jeu de la CAQ

     

    De l’autre côté du fleuve, si un vent de renouvellement souffle sur les banlieues, il aura une tout autre couleur que celle de QS. Les caquistes, en pleine montée dans les sondages, salivent déjà à l’idée de voir les couronnes se colorer du bleu ciel qui domine déjà sur la Rive-Nord et en Montérégie-Est. Contrairement à QS, la CAQ n’associe pas du tout la victoire spectaculaire de Plante à un appétit pour la gauche, mais plutôt au besoin criant d’authenticité exprimé par les électeurs.

     

    « Dans le fond, Valérie Plante a parlé de s’attaquer à la congestion, d’offrir un meilleur transport en commun. Ce n’est pas une question de gauche ou de droite, c’est le gros bon sens que les gens veulent entendre », affirme Stéphane Le Bouyonnec, directeur général de la CAQ, venu nous rencontrer dans un petit resto vietnamien de Brossard. « Ce sont les mêmes préoccupations très pragmatiques qu’ont les familles de la banlieue qu’on veut représenter », dit-il.

    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Autour de Montréal, le dégagisme pourrait servir la Coalition avenir Québec, notamment dans La Prairie, selon Stéphane Le Bouyonnec.

    Ce sont ces électeurs hautement pragmatiques — parmi les plus discrets dans les sondages — que visera en priorité la CAQ aux prochaines élections, dit-il. « Nous, ce qu’on retient pour l’année à venir, c’est l’importance de l’authenticité. On veut des candidats près des gens, beaucoup de femmes, oui, parce qu’elles sont souvent les mieux placées pour être sensibles aux problématiques quotidiennes », insiste cet ancien député de La Prairie, battu de peu en 2012, qui prépare son retour en force.

     

    Sur la Rive-Sud, la CAQ règne déjà sur les circonscriptions de Montarville, Borduas, Saint-Jean, Iberville et, sur la Rive-Nord, dans Blainville, Deux-Montagnes, Mirabel, Groulx (maintenant indépendant) ainsi que Repentigny et L’Assomption. Les baromètres électoraux fondés sur les derniers sondages octroient déjà l’ensemble des circonscriptions de la Rive-Nord au parti de François Legault, qui plus que jamais veut incarner la solution de remplacement aux « vieux partis ».

     

    Une chaude lutte est à prévoir dans les circonscriptions pivot de La Prairie, ainsi que dans Beauharnois et Sanguinet, deux circonscriptions péquistes reluquées par la CAQ. Autant de terrains de chasse où dominent les Québécois de souche francophone, clientèle de rêve la plus favorable au parti de François Legault, selon les plus récents sondages, avec 37 % d’appuis. Cette lointaine banlieue abrite aussi ces fameux électeurs discrets, qui font souvent pencher la balance le jour du vote. « L’enjeu, c’est de rester près de ces discrets », dit Stéphane Le Bouyonnec.

     

    Dans les centres commerciaux de Brossard, où le maire Paul Leduc vient de subir une sérieuse dégelée, Denise et Jean-Claude, des retraités qui habitent cette ville depuis sept ans, étaient mûrs pour un coup de balai au palier municipal. « Fallait que ça change ! » assurent-ils. Mais comme pour bien d’autres banlieusards interviewés, difficile de savoir où ira leur vote aux prochaines élections. Des discrets, à n’en pas douter.













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